‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 133 sur 145 · A ONDINE · texte numérisé non relu

A ONDINE

20 juin 1040.

Je voulais t'écrire, ce matin, à travers tout le soleil des trois chambres1. Je n'ai pu que t'embrasser dans mon cœur. Tu sais, mon bon ange, qu'il ne m'est pas donné d'accomplir ma volonté. Tout le monde en dispose, et j'ai, en ce moment, plusieurs bons bourreaux qui entrent par les fenêtres et les serrures; un peintre qui me cloue quatre et cinq heures pour te faire une mère verte et giroflée. Comme c'est avec une profonde innocence qu'ils croient me faire jolie, je le lui pardonne.

J'ai donc à répondre à deux chères lettres de toi; car il faut convenir, comme dit Pela, que tu es bien la plus amour d'enfant que l'on puisse voir! Embrasse et remercie ma chère Héloïse pour la robe de Marianne reçue exactement avec ta seconde lettre et une ligne de son cœur. Toutes les tiennes, vois-tu, m'entrent dans l'âme comme si tu m'embrassais, pauvre enfant! Je te laisse à penser si je vais souvent te chercher où tu es, et si je m'y promène avec toi, tantôt avec inquiétude et tantôt avec toute la joie de ta santé. — M. Lire2, que j'ai vu, veut lui-même que tu ne fasses rien, en ce moment. Sa nièce est très bien rétablie d'avoir suivi ce régime. Elle s'était, comme toi, brûlé le sang et le cerveau par

1. On venait de changer d'appartement, pour habiter, au 345 de la rue Saint-Honoré, un logement situé au nord, mais d'où l'on voyait le soleil sur trois façades de la cour.

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