‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 21 sur 145 · LE REVEIL · texte numérisé non relu

LE REVEIL

ROMANCE

Sur ce lit de roseaux puis-je dormir encore? Je sens l'air embaumé courir autour de toi; Ta bouche est une fleur dont le parfum dévore : Approche, ô mon trésor, et ne brûle que moi. Éveille, éveille-toi!

Mais ce souffle d'amour, ce baiser que j'envie, Sur tes lèvres encor je n'ose le ravir; Accordé par ton cœur, il doublera ma vie. Ton sommeil se prolonge, et tu me fais mourir : Je n'ose le ravir.

Viens, sous les bananiers nous trouverons l'ombrage. Les oiseaux vont chanter en voyant notre amour. Le soleil est jaloux, il est sous un nuage, Et c'est dans tes yeux seuls que je cherche le jour : Viens éclairer l'Amour.

Non, non, tu ne dors plus, tu partages ma flamme; Tes baisers sont le miel que nous donnent les fleurs. Ton cœur a soupiré, viens-tu chercher mon âme? Elle erre sur ma bouche et veut sécher tes pleurs. Cache-moi sous des fleurs.

i. Cette romance rappelle le ciel brûlant des Antilles, où le poète fit tout enfant un voyage. — On dirait une imitation, une réminiscence lointaine de quelque naïve chanson créole. (Lacaussade, édit. Lemerre.) Le commentateur que nous venons de citer émettait d'autant plus justement cette réflexion que lui-même était un poète né à l'Ile-Bourbon et que ses peintures les plus séduisantes eurent pour inspiratrice la nature éblouissante des tropiques.

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