‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 20 sur 145 · LA PROMENADE D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

LA PROMENADE D'AUTOMNE

Te souvient-il, ô mon âme, ô ma vie!

D'un jour d'automne et pâle et languissant?

Il semblait dire un adieu gémissant Aux bois qu'il attristait de sa mélancolie. Les oiseaux dans les airs ne chantaient plus l'espoir, Une froide rosée enveloppait leurs ailes, Et, rappelant au nid leurs compagnes fidèles, Sur des rameaux sans fleurs ils attendaient le soir.

Seule, je m'éloignais d'une fête bruyante,

Je fuyais tes regards, je cherchais ma raison.

Mais la langueur des champs, leur tristesse attrayante,

A ma langueur secrète ajoutait leur poison.

Sans but et sans espoir suivant ma rêverie,

Je portais, au hasard, un pas timide et lent.

L'Amour m'enveloppa de ton ombre chérie,

Et, malgré la saison, l'air me parut brûlant.

Je voulais, mais en vain, par un effort suprême,

En me sauvant de toi me sauver de moi-même.

Mon œil voilé de pleurs, à la terre attaché,

Par un charme invincible en fut comme arraché.

A travers les brouillards, une image légère

Fit palpiter mon sein de tendresse et d'effroi;

Le soleil reparaît, l'environne, réclaire1,

i. Les joies d'un amour partagé prêtent des couleurs de feu aux plus som, bres paysages.

Il entrouvre les cieux... Tii parus devant moi. Je n'osai te parler; interdite, rêveuse, Enchaînée et soumise à ce trouble enchanteur, Je n'osai te parler : pourtant j'étais heureuse; Je devinai ton àme, et j'entendis mon cœur.

Mais quand ta main pressa ma main tremblante, Quand un frisson léger fit tressaillir mon corps, Quand mon front se couvrit d'une rougeur brûlante,

Dieu! qu'est-ce donc que je sentis alors? J'oubliai de te fuir, j'oubliai de te craindre, Pour la première fois ta bouche osa se plaindre, Ma douleur à la tienne osa se révéler, Et mon âme vers toi fut prête à s'exhaler! Il m'en souvient! T'en souvient-il, ma vie,

De ce tourment délicieux, De ces mots arrachés à ta mélancolie :

« Ah! si je souffre, on souffre aux cieux! »

Des bois nul autre aveu ne troubla le silence. Ce jour fut de nos jours le plus beau, le plus doux; Prêt à s'éteindre enfin il s'arrêta sur nous, Et sa fuite à mon cœur présagea ton absence!

L'àme du monde éclaira notre amour ; Je vis ses derniers feux mourir sous un nuage; Et dans nos cœurs brisés, désunis sans retour, Il n'en reste plus que l'image.

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