LES AMITIES DE LA JEUNESSE
A Pauline Duchambge.
Des nœuds dont sa vie est liée Soulevant un moment le poids, Et d'un long orage essuyée, Mon àme se cherche une voix.
Comme sur le bord de sa cage L'oiseau contraint de s'arrêter, Sur ma bouche, ainsi qu'au jeune âge, L'àme est assise et veut chanter.
Mon jeune âge a fait deux amies, Dont l'une1 est partie avant moi, Parfum de mes fleurs endormies; L'autre fleur vivante, c'est toi!
Celle qui dort, je l'ai rêvée Son bras enlacé dans le mien, Tandis que toi, ma retrouvée2, Tu la retenais sous le tien.
Nous allions, comme trois colombes, Effleurant à peine le blé; Et vers le doux sentier des tombes Le triple essor s'est envolé.
Pour panser un peu nos blessures, Nous nous abattions dans les fleurs; Et ses angéliques censures Ne s'aigrissaient pas de nos pleurs.
Son ombre qui battait des ailes, Charmante, nous disait tout bas :
« Allons voir des choses nouvelles; Allons vers Dieu, qui ne meurt pas! »
Elle marchait, pâle et contente, Sans sourire, mais sans pleurer; Son âme, couchée à l'attente3, Avait fini de soupirer.
Des ombres lui criaient : « Madame, Pour nous répondre arrêtez-vous!
Vous qui prenez âme par âme, Où vous allez emmenez-nous!
i. Albertine Gantier.