Lettre inédite à .tf">« Pape-Carpantier, 29 octobre
Elle eut des heures abattues, des heures de désespérance morne et de doute. Néanmoins, elle se ranimait assez vite, au souffle des espérances divines. Car elle était fermement et ardemment pieuse. Son âme vibrait de la dévotion passionnée des Flandres.
Le courage que Dieu me donne, a-t-elle dit1, est presque égal aux épreuves dont il me charge, et c'est bien à lui que je dois ce courage, que rien de terrestre n'a soutenu depuis longtemps; j'ai la foi profonde qu'il nous réserve un meilleur avenir; alors, nous n'aurons qu'à le bénir et à pardonner à ceux qui nous ont oubliés dans l'orage.
Pareils à toute sa vie, les derniers moments de Desbordes-Valmore furent marqués par de profondes souffrances et par les efforts d'une intelligence supérieure s'appliquant à les surmonter. Sur la fin de ses sombres jours, plus rien ne l'attache à la terre que l'affection de son mari tombé définitivement de ses hautes ambitions d'artiste et réduit au calme d'un modeste emploi d'administration. Elle se dérobe au monde et à la gloire. Deux ans, la maladie la plus cruelle la torture sur son lit, qu'elle ne peut quitter. Enfin la grande libératrice lui accorde le repos tant demandé. Son âme meurtrie s'envole vers des sphères où l'on ne sait plus le nom de la douleur.
Quand on a suivi le parcours d'une telle vie, quand on pense aussi qu'à travers les angoisses d'une pauvreté qui dura toujours, Marceline Desbordes-Valmore trouva mille occasions de se répandre en bienfaits, combien nous deviennent plus pathétiques les effusions de sa poésie!
Elle n'avait été ni très belle, ni très parée d'élégance, ni charmeresse. Mais elle fut bonne, elle fut pauvre, elle eut du génie. Elle avait fait de la poésie vraiment féminine avec les larmes de ses yeux, avec le sang de
i. Lettre inédite à Félix Délitasse, 12 janvier i85o.
son cœur. Presque sans y songer, sans autre science que sa propre émotion, sans autre moyen que la note naturelle, elle avait, maintes fois, touché le sublime du lyrisme. « Elle avait chanté, dit Sainte-Beuve, comme l'oiseau chante, comme la tourterelle gémit. »
Depuis longtemps, la beauté des vers de Desbordes- Valmore avait donné la mesure de son génie ardent et tendre. On savait qu'en les formant du meilleur d'ellemême, elle s'était placée au niveau des premiers poètes d'un âge très riche, très fécond en lyrisme. Mais on ne connaît, au vrai, que depuis la mise au jour de ses lettres intimes, auxquelles nous reviendrons dans une étude particulière, tout ce qu'elle enfermait en elle de sentiments généreux, de grâce naturelle et de vive originalité. Maintenant seulement nous apparaît complète l'œuvre de cette muse plaintive, œuvre intense et diverse dont on pourrait exprimer d'un mot tout le caractère en disant d'elle qu'elle aura été le battement de cœur le plus fort du dix-neuvième siècle1.
Frédéric Loliée.
i. On l'avait dit, pour le dix-huitième, de M1'0 de Lespinasse.