L'ENFANT BENI
A Marie Bertlioud.
Puisque la Vierge vous défend, Je vais là-bas, mon doux enfant, Vous chercher des choses jolies, Des fuseaux, des perles polies, Qu'on donne aux anges d'ici-bas :
Vous en aurez; ne criez pas!
Laissez couver le feu qui dort; Jouez loin de ses rayons d'or :
Il consumerait vos dentelles Et vous, nos espérances belles!
Le feu ne doit pas se toucher :
Il ne vient que trop nous chercher.
En prière il faut vous tenir, Pour m'entendre au loin revenir.
Gardez-vous d'ouvrir à personne, Aussi fort que la cloche sonne; Quand même ce serait le roi, N'ouvrez qu'à Dieu, n'ouvrez qu'à moi!
Enfant, puisque Dieu vous bénit Et verse du blé sur le nid,
A présent tout rit sur la terre; Car, dans un doux coin solitaire, Un fruit mùr, un peu de froment, Font tourner la terre gaîment.
La Vierge aime à suivre des yeux L'âme qu'elle a nourrie aux cieux; Et quand votre mère est sortie, Près de l'Enfant-Jésus blottie, Vous n'avez qu'à bien écouter :
Votre âme l'entendra chanter!