‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 83 sur 145 · L'ENFANT ABANDONNE · texte numérisé non relu

L'ENFANT ABANDONNE

Ah! mon père! mon père! où retrouver mon père? Cette chambre, où j'ai peur, serait pleine avec lui ; Son enfant, qu'on effraye, aurait un doux appui ; Il dirait : « Taisez-vous ! » à qui me désespère. Ah! mon père! mon père! où retrouver mon père? Dieu dit toujours : un jour! et jamais : aujourd'hui!

Un enfant ne sait pas comme la vie est grande, Et longue! et froide! et sourde à ses cris superflus! Quelle terreur attend ses pas irrésolus; Ce qu'il donne d'amour avant qu'on le lui rende ! Un enfant ne sait pas comme la vie est grande : Si mon père vivait, je ne le saurais plus!

Vous ne laisseriez pas votre enfant dans la foule, Vos bras m'enfermeraient : vos bras étaient si doux! Et le sommeil aussi, car on dort avec vous, Mon père! et sans sommeil toute ma nuit s'écoule. Vous ne laisseriez pas votre enfant dans la foule, Ni longtemps, ni tout seul, votre enfant à genoux!

Sous mon pauvre oreiller j'ai caché vos prières;

Ce livre vous parlait : je l'ouvre quand j'ai peur;

Nos mains l'ont tant tenu qu'il est chaud sur mon cœur,

C'est comme une aile d'ange entre eux et mes paupières.

Sous mon pauvre oreiller j'ai caché vos prières,

Et je les apprendrai pour plaire au Créateur!

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