‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 87 sur 145 · LA FLEUR DU SOL NATAL · texte numérisé non relu

LA FLEUR DU SOL NATAL

A monsieur Duthillœul.

O fleur du sol natal ! ô verdure sauvage ! Par quelle main cachée arrives-tu vers moi? O mon pays! quelle àme aimante, à ton rivage, A compris qu'une fleur me parlerait de toi? Quel charme m'environne, et quel Dieu rompt ma chaîne? La vie est libre encor... je lui pardonne tout! Sol natal! sol natal! dans ta suave haleine, Dans tes parfums, la vie a comme un autre goût. Voilà le souvenir au pénétrant silence; Sans philtre, sans breuvage, il endort la douleur : Sur mes jours fatigués son aile se balance; C'est une halte du malheur.

Le voilà ce beau lac dont l'eau n'est point amère;

Ma nacelle dormeuse y flotte seule en paix!

Le voilà le doux chaume où m'enfanta ma mère,

Où, cachée au malheur, je ne pleurai jamais!

Cette jeune Albertine, à nos foyers restée,

Ce lilas embaumé que je croyais perdu,

O fleur, sauvage fleur de ma rive enchantée,

Transfuge de nos bois, tu m'as donc tout rendu!

i. En 1824, Marceline, alors à Bordeaux, recevait de Douai un petit panier rempli de mousse fraîche où étaient conservées des fleurs des champs cueillies à son intention sur les remparts de la ville, vers la porte Notre-Dame. A l'ami qui avait eu pour elle cette pensée délicate, à M. Duthillœul, elle adressa, de retour, l'élégie ravissante que nous allons lire.

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