‹ Œuvres choisies de MarsollierChapitre 204 sur 219 · DUBREUIL, EDMOND, CAROLINE · texte numérisé non relu

DUBREUIL, EDMOND, CAROLINE

EDMOND

Oui , not' maître , nous v'ià.

OPÉRA-COMIQUIL 43;

CAROLINE, àpirl.

Je suis toute tremblante!

EDMOND, bas.

Je ne te reconnais p^ là,.

BUBREI7II..

Ëh bien ! avancez , avancez donc.

EDMOND

Pardon , QOt' msatre , si je venons si tard ; faut nous excuser ; )*ëtions tout au bout du clos » et puis j^avons voulu, avant d^ paraître , nous... vous entendais.

DUBREUIL

Ah ! une toilette ! un marin nVst pas difficile ; approchez.

EDMOND

Dam ! il est des occasions. Le conciei^e dSin château !

CAEOLINE.

Et sa femme !

DUBREUIL

C'est juste , et je vous remercie de votre attention... au reste , cela vous va très bien , et la petite femme surtout est..

EDMOND

N'est-il pas vrai qu*elle est bien jolie , et que y dans toutes les mers que vous avez parcourues , on n'en trouverait pas de pareilles ? ( Se remettait ) C^est Tair de ce pays.

DURREUIL.

Ah! c^est Tair ? est-ce l'air aussi qui vous donne

TOM. IL a8

438 EDfrfOfNli Et CAROLIKE,

ce maintien , vif, leslè , sautillant ? tous ne touchez pas terre.

EDMONB.

Ah ! l'exercice... le travail.., ( Ba» à Cirdbué- ) nous sommes trop aimables, corrigeons -nous : l'air plus gauche.

CAROUNE , bas.

Les pieds bien en dedans,

EDMOND , reprend le ton pajtan.

Nous y voilà.

( PendaDt ce temps, Dubttuil mi allé s'asseoir contre le bureau. ) DUBREUIL , assû

A présent , parlons du sujet qui m'amène ; mes enfans , vous savez pourquoi je suis venu ipe retirer dans ce château.

EDMOND

On nous en a dît quelque chose-

CAROlIItE.

£t ça nous a bien chagrïne's.

DUBREUIL

Pourqiioi ?

CAROLINE

Parce que ce jeune homme est comnïè qai dirait not' frèi-e , et que fe Sommes fâches qu'il ait eu le malheur de vous déplaire.

EDMOND

aie vouloir, toujours

. OPÉKA-COMIQUE. 43^

CARdUNK.

Et moi , je réponds aussi que;..

DUBRfiUIL.

Voilà de bons rcpondans! faire un sot mariage!

EDMOND

Est-ce qu'il n'aime pas celle qu'il a e'poùsee ?

CAROLINE

Est-ce que ce n'était pas une brave fille?

EDMOND

Est-ce que ce serait la fortune seule qui aurait pu le de'cider ?

•DUBREUIJ4.

Ta! ta! ta! qu'elle soit belle,, sage, pauvre» veptueuse,, totit cela est bon; pais il fallait de plus qu'elle me convînt , qu'elle pût contribuer à mon bonheur, embellir mes d.erniers jours, quand j'aurais tout-à-fait renoncé à mes voyages, à mes campagnes ; et voilà ce à quoi mon cher neveu n'a pas pensé un seul instant) il prend une fille élevée à Paris, et Dieu sait confine p^^ Jes y élève ! bien folle ! bien légère ! bien ridicule ;' lui , un étourdi , un fou , un exIi'aVagant ; ils sont bien faits l'un pour T^utré ; et c'est ifaii luenage ^out-àfait bien assorti.

EDMOND. "^ '

Sarpédié, not' boiii^eèlè {' tomme vous dégoisez'ça.'J. ' • • • ".u')' ' '

mjBREFtL

Comme je le pense ;: ehfm, tout est dit :. je me mii brouillé avec moti' associé, j'ai donné au diable le neveu,' ta inièce, le coamt&rc^i hi viHe, et. ja^

44o EDJMLOND ET CAROLINE,

m'entetre ici : je n'ai plus besoin de travailler, puisqu'il n'y a plus personne au monde à qui je veuille laisser le fruit de mes économies.

CAROLINE

Ainsi y y\sL not' pauvre frère...

DUBREUIIi.

Deshérité ! j'ai fait l'acte avant de partir.

Ma fine , au moins à présent , s'il vous témoigne de l'amitié , vous saurez que ce n'est pas pour votre argent.

DUBREUIL

Vous croyez ça ? Eh bien ! il n'y renonce pas à mon argent, et pour vous le prouver , apprenez 1^ déi^arche qu'il se promet dé faire aujourd'hui ^éme.

EDMOND , à pari.

Ociel! (Haut.) Quelle démarche!

DUBREUIL

C'est le' comble de l'audace !

' EDMOND ET CAROLINE , à pari.

Ddei»i! '

DUB9JE1JIL.

Imagine»... qu'iji^ sont id tous deux.

EDMOND ET CAROUNS.

Ils sont?

Oui, malgré la défense expresse que je leur ai faite de se présenter devant moi , ils sont partis de Paris avant^hier ; leur poitijet «st de me voir, sans me laisser connaiire/qui ils sont, de diercher à mi'attendrir , de me tromper sous un faux nom.

OPÉRA-COMIQUE. 44i

EDMOND ET GABOUNE.

Ah ! mon dieu ! mon dieu ! mon dieu !

EDMOKD, à part.

II sait tout ! ( Haut.) £t vous dites quHls sont chez ▼ous!

DUBREUIL

Chez moi , non pas précisément ; ils n^ont pas été assez osés pour y venir tout de suite.

CAROLINE, bas.

Il y a encore de Tespoir !

DUBREUIL

Cela aurait été aussi par trop imprudent ; mais ils sont sûrement cachés dans quelque maison du village , et bientôt ils vous feront avertir de venir les trouver , afin de se concerter avec vous.

EDMOND

£h bien ! nous refuserons d'y aller.

DUBREUIL

Au contraire , vous y irez ; mais pour leur apprendre que leur projet est découvert , et quMls peuvent s'en retourner tout comme ils soQt venus.

EDMOND

Ah ! ils seront bien attrapés alors.

DUBREUIL

Je le crois, et j'en ris d'avance.

EDMOND

Et nous!... Mais s'ils ne voulaient pas croire qu^un si bon oncle ait la rigueur...

S'ils osaient venir eux-mêmes pour s'assurer...

44î EDMOND ET CAHOLINE,

DUBREUIL

QuHls s^en gardent bien ; car je juré que s'ils s'avisaient d'entrer ici $ans ma permission, cette nouvelle offense...

EDMOND

Je suis sûr qu'Edmond n'oçera pas ^e montrer devant yous.

DUBREUIL

Ni sa femme ^ surtout ?

CAROLINE

Ni sa femme— Vous serez obéi.

DUBREUIL

J'y compté , et me voilà tranquille.

CAROLINE , bas à Edmond.

Et nous sommes bien avancés!

DXJBREUÎL.

A présent, dites-moi... Que prétendes- vous faire pour me désennuyer dans ce triste séjour?

EDMOND

D'abord , je vous mènerons voir vos fermes , qui sont belles et dans le meilleur état.

DIJRREUIL.

Tout cela aurait été pour lui.

EDMOND

Sans doute, mais à présent... Quant au jardin...

DUBREUIL

Il est en friche ; je l'ai vu.

EDMOND

ïîous le travaillerons.

DUBREUUU

Êtes-vouft bien habiles P

EDMOND^

Mais sur ça, je dis... Monsieur s'y connaît?

DUBREUIL

Pas beaucoup... Vous concevez qu^un marin ! Je n'y entends rien du tout.

EDMOND

Oui ? En ce cas là vous serez étonne de la besogne que nous ferons.

DUBREUU..

Tant mieux... Et le soir, comment passerai- je mon temps?

EDMOND

Le soir, nous vous raconterons l€s aventures du canton.

Quelque chanson, gaie ou triste, suivant le goût de Monsieur.

EDMOND

Si vous en désirez , je vais vous en dianter une... Ça ne nous embarrassera pas du tout.

CAROUKE.

J'en serons aussi, not' homme.

EDMOND

Oui , femme , tu diras ton couplet.

DUBREUIL

Il y en a plus d'un ?

EDMOND

Deux , ni plus ni moins, si vous le permettez : il faut le commencement et la fin.

DUBREUIL

Va pour les deux couplets ; je me résigne.

m EDMOND ET CAROUNE,

Page 1