CHANSON
EDMOND
Nice , Alain , dans notre village , S'àimaiént dès leurs plus jeunes ans ; Nice n'avait rien en partage ; Alain avait de rich' parens.
N'écoutant que leur viv^ tendresse, Ils s'unir' par les plus doux nœuds.
Le pèi^ d'Alain les chass' tous deux ; Mais tous deux répétaient sans cesse :
Il devrait bien lious pardonner, Car, lorsqu'arrive la vieillesse, On a besoin d' s-^environner
Et de tendresse ,
Et de caresse.
( Ils répètent le refrain en duo.)
Etre entouré de ses enfans la port' bonbeur , on vit long-temps; Ùre cbéri de ses enfans Ça port* bonbeur, on vit long-temps.
CAROLINE
Par une affreuse maladie
Le pèr' voit ses jours menacés ;
Pour étr' servi faudra qu'il s'âe
A des valets intéressés...
Dans la douleur qui les oppresse ^
Nice, Alain, n'osaient pas entrer,
Le pei^ alors s'met à pleurer
Et dit : venez ; j'éprouv' sans cesse ,
J^éprouv' le besoin de pardonner;
Car, dans nos maux , ^ns not' vieillesse ,
Il est si doux d' s'environner
Et de tendresse ,
Et de caresse I
OPfiRA-COMIQUE. 445
E(re soigné par scsenfans
Ça port' bonheur, on vit long-temps.
DUBREUIL
£l)e n^est pas mal , votre chanson ; mais , tenez , je suis aussi fin que tous... Vous ne me Tarez pas fait entendre sans dessein. Vous avez touIu parler pour vos protégés... Je vous le passe , n'y revenez plus... Le père d* Alain était bonhomme ; moi , je n'aurais pas fait comme lui , je n^aurais pas pardonné.
EDMOND
Dam! chacun a son idée , c'est la vôtre ! Le père d^Alain était apparemment plus clément*
DUBREIlt.
Ou plus faible ! Mais l'heure s'avancie , et personne de leur part.. M'aurait-on trompé ?
EDMOND
Us ont peut-être renoncé à leur projet.
DinSBEUIL.
Renoncé !... Ça prouverait qu'ils y tenaient bien peu... Des gens qui prétendaient me fléchir, me plaire !
CAROLINE
Vous avez raison , ils n'y auront pas renoncé.
DUBREUIL
Cependant , vous voyez qu'on n'entend pas parler d'eux.
Eh bien ! moi , j'ons dans l'idée ; il me semblerait quelquefois que vous voudriez qu'ils vinssent...
CAROLINE
Que vous ne seriez pas trop fâché s'ils osaient ..
DUBREUIL
Je n'aime pas les questions.
EDMOND
C'csl que , si on savait deviner , voyez-vous. - . on pourrait vous dire , ou ne pas vous dire . . .
DUBREUIL
Me dire... Quoi? que signifie?... vous savez qucilque chose... Oui , vous le savez : il sont venus ; je veux en être instruit... je le veux.
EDMOND
Vous le voulez? eh bien! oui, ils sont venus...
/ DUBREUIL
Ah ! ils ont eu cette hardiesse !
CA.AOLINE.
V'ià que vous vous fâchais déjà.
DUB4EUU.
Au contraire , je suis ravi , enchante , transporté... Ah ! ils sont ici !
Nous irons leur dire de repartir , comme vous nous avez ordonne.
DUBREUIL
Non , non , j'ai change d'avis ; je veux à présent qu'ils viennent.
EDMOND
Vous leur permettez de vous voir ?
DUBREUIL
Non , parbleu ! mais c'est moi qui les verra^ \ je veux rendre hommage au bon goût de mon .neveu ; je* veux admirer le charmant objet auquel il a sacrifié sa fortune et mon amitié.
EDMOND
. Et comment ça se pourraU-il ?
DUBaEITIL.
Le voici. D'abord vous retournerez vers Edmond : vous rengagerez à venir revoir Tancienne démeure de sa mère, la vôtre <» ce château enfin ! Tous aurez soin de commencer par le bien assurer que je suis absent pour quelques heures, que j*ai été parcourir les environs.
EDMOND
Bon ! les voilà tous deux dans Y château.. . Après ?
DUBREUIL
Moi, je serai dans ce cabinet, pendant que vous resterez ici avec eux.
EDMOND
Ah ! nous resterons ici avec eux ?
DVEREtlL.
Oui ^ vous les ferez causer sans quHls pbissent soupçonner que je les écoute.
CAROLINE
Ah ! c'est encore nous qui les ferons causer,
DIîBREUIL.
Sans doute ! c'est bien aisé , ce me semble.
EDMOND
Aisé !.•. il y a pourtant à cela quelque petite difificulté.
DUBREITIL.
Laquelle ?
EDMOND
Ccst que... c'est que sachant que je vous ser- ^. , que je devons vous être attachés ^ et que ,
us EDMOND ET CAROLINE,
d'après ça , je ne pouvons pas trpp approuver leur conduite et leur arrivée , ils ne se livreront peut-» être pas à jaser devant nous.
DUBREUIL
Edmond ne se défiera pas de4oi ; c^est ta mère qui Ta nourri , il a vu ta femme enfant , il vous aime Tun et l'autre.
EDMOND
Eh bien! c^est encore là une raison pour que je ne veuille pas contribuer.
DUBREUIL
Faisons mieux : après les avoir conduits dans le salon, vous feindrez d'avoir quelqu'^affaire , vous les laisserez ici et vous viendrez me retrouver dans ce cabinet ; je suis bien aise que vous entendiez avec moi ce qu^ils pourront dire tous deux«
EDMOl^D*
Ah ! nous les laisserons dans le salon et nous irons vous rejoindre dans le cabinet ?
DUBREITIL
C^est ça. Vas-tu encore trouver quelque difficulté ?'
EDMOND
Ma fine , oui , j'en trouvons encore , je Tavoue.
DUBREUIL
Tu m'impatientes à la fin , plus d'objections , je ne les aime pas. Il faut que ce soit ainsi. Courà les chercher.
EDMOND
Allons.
DUBREUIL , retenant Caroline.
Et toi , la petite femme , tu vas rester , tu tae tiendras compagnie.
OPÉRA-COMIQUK. 449
EDMOND
Quoi ! vous voulez que ma femme reste ?
DUBREUIL
Oui , Monsieur , si vous le permettez ; je nç serai pas fâché de causer un peu «avec elle ; allons , ne perds pas de temps, et ramène-les bien «vite.
EDMONP.
Les ramener , oui , not' maître. ( A pari.) Je veux mourir si je sais comment je m^en tirerai.