‹ Œuvres choisies de MarsollierChapitre 211 sur 219 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

LES PEÉCÈDENS, CAROLINE.

EDMOND

Viens donc , viens donc , ma bonne amie.

DDBEEÛIL.

Oh ! oh ! je ne la croyais pas si jolie !

CABOUNE.

J'ai triomphé de ma crainte et de mon trouble.

EDMOND

^^^ Et Luc^is, ri s» femme?

^^^^k CAROLINE.

I^^^BUs guettent le retniir de M. Dubreuil, l'un à la

porte du château , Tautre à celle du jardin , j^ai eu bien de la peine à les y décider ; mais jie ne serais jamais montée ici , s^ils n 'avaient eu Cjette complaisance pour moi.

DUBRGtJIL, à pap^

Allons, ils ne reviendront pas! il semble que tes deux êtres- là aient juré de me contrarier en tout

GÂROÏJNE.

Me voilA donc chez celui (|ui me hait sans me Connaître , et qui ne veut pas même m^entendre.

EDMOKD.

Je*gage quHi ne sera pas heureux ici; quelle idée de venir dans Ce vieux château !

CAROLINE

Il a été piqué de ta désobéissance.

EDMOND

Je t'aimais déjà, je ne pouvais plus lui obéir.

bUBREUIL , \ part.

Vous verrez que t'est moi qui lui ai manqué.

EDMOND

U va s'ennuyer.

CAkoiiNE.

A périr ! et nous qui sommes d'un caractère si

gai , si aimable !

EDMOND

Nous le feripns rire tout le jour! il sei'ait heureux de notre tendresse.

CÂRQUNE.

Au milieu de nous, l'ennui, lé chagrin n'oseraient jamais rapprochek^;

EDMOND

Yeut-il se promener , je raccompagne ; aimet-il la chasse, je pars de grand matin. Le soir, réunis , nous écoutons avec intérêt le récit de ses voyages , nous tremblons des dangers qû*îl a cou-^ rus, des tempêtes qu'il a essuyées. Tiens,. Caroline , il faut convenir qu^en nous éloignant ainsi de lui , il se prive d^un bien grand plaisir.

. CAaOIiE£f E.

Du charme de toute la vie.

DUiQREUIii, à part.

Ils sont modestes!

Avec cela , s'il revenait de bonne foi , nous oublierions tout.

CAROLINE

Oh! oui, nous n'avons pas de rancune.

DOBREUIL,, à part.

Ils sont bien bons !

EDMOND

Et il ne connaîtra j.amais nos bonnes diq)ositions !

CÀROUNE.

Il ne saura pas même que nous aurons été si près de lui !

EDMOND. .:'

Il faut le lui dire*

CAROLINE

Comment?

EDMOND

Ecoute , il faut lui laisser ici une lettre qui 1 ins-* Tliise de no^ regrets, de notre amourpouf ||C|i.

,46o EDMOND ET CAROLINE,

CAROUNE.

Il ne la lira pas.

EDMOND

Il ne répond jamais à celles que je lui écris ; mais je suis sûr qu'il les lit toujours.

I DUBREUILyàpart.

Gomme il me connaît bien !

EDMOND

Écrivons.

Caroline.

Veux-tu que je dicté ?

( Dubreuil se cache tout-à-fait. ) ^ EDMOND.

Allons, soit! j'écris. (Il se met au bureau.)

CAROLINE, dictant.

« Mon cher oncle. »

EDMOND, s'arréUnt.

« Mon cher!... » Tu n'y penses pas; il faut plus de respect. « Moh chlïr oncle ! » c'est tout ce que nous pourrions dire s'il nous aimait.

CAROUNE.

Eh bien! mets « Mon oncle. »

EDMOND

C'est trop familier.

CAROLINE

« Monsieur et cher oncle ; » à la bonne heure , forme polie , usitée , et qui n'engage à rien»

DUBREUIL , à part.

Et qui n'engage à rien ! je m'en souviendrai

CAROLINE

« Vous nous haïssez. » Ce mot ftiit mal à dire.

EDlteOND.

Et II écrire encore plus... Un autre plus dout.

CAROLINE

« Vous ne nous aimez pas. »

EDMOND , ëcrirant. ^

« Vous ne nous aimez pas. » Très bien.

CAROLINE

« Il y a à vous trop de sévérité. »

EDMOND

« Trop de sévérité. »

CAROLINE

« Ihe la barbarie même. »

EDMOÏ9D.

Encore mieux!

« Â nous traiter ainsi y nous qui vous aimons , » nous!... » (A Edmond.) Pcut-on risqucr?...

EDMOND

Oh ! oui ! au fait , c^est la vérité , et , il a beau faire , nous Taimerons toujours.

CAROLINE. ^

Je ne demande pas mieux.

DUBREUIL

Us m^attendrissent malgré moi.

EDMOND

Ecris à présent; il faut quHl voie que nous sommes unis en tout , de cœur , d^èsp^t : placetoi là.

' Caroune.

y suis.

EDMOND. i

« Nous vous respectons comme le frère dSme ;

» mère adorée, i» \

46ï EDMOND ET CAROLINE,

CABOUNE, écrivant,

« D'une mère adorée. >>

EDMOND

- « Et c'est en son nom que nous osons Màmer une rigueur . , . »

CABUUNE.

« Blâmer!... « C'est bien fort.

EDMONa

En con^ience . . . nous ne pouvons pas Papprouver.

CABOUNE.

Non , mais en gémir.

EDMOND

Tu as raison ; gémir vaut mieux : écris gémir.

(RcBardantiurum épaule.) RellSOnsà pFcfsent... Ah ! moa

dieu ! mais cette lettre est pleine de ratures.

CABOUNE.

Si tu veux , je vais la recommencer.

EDMOND

No», tout bien considéré , il vaut mieux qu'il ignore que Lucas a osé , malgré sa défense , nous introduire ici... Il nous rend si peu de justice que nous aurions l'air d'être venus le braver jusque dans sa maison.

CABOUNE.

Le braver t le ciel nous en fktéserve ! déchiron»-

la plutftt. ^

IDMUND. ,

Oui , cl*'cliî!

EDMOND

OÙ nous ne lui dirons pas : Mon père ! Mais il le veut ; Caroline , partons.

DUO

EOMOVD.

Adiea ^ séjour calme et champêtre ,

Nous ne te reverrons jamais ;

Cache surtout , cache k ton mahre

Et notre audace et nos regrets.

caholiiie* Mais c'est pourtant dommage.

EDMOND

Qu'avec ce minois séduisant..

CAEOU19E.

Ton repentir que je partage...

ENSEMBLE

Nous ayons yainement Entrepris ce voyage.

( Silence. Ils écoutent si Duhreoil sort du caUnH. ) EDMOND.

Aucun espoir pourtant.

CABOLINE.

Aucun... Partons... en répétant :

ENSEMBLE

Adieu f séjour calme et champêtre , etc , ( Caroline se retourne vers l'endroit où Dubreuil est cachr.)

Et toi qui nous fuis -en ce jour.

EDMOND, de même.

Qui nous punis par ton absence.

TOUS DEUX

En nous éloignant sans retour, Nous prouvons notre obéissance, 'ous te laissons ton opulence ; us ne voulons que ton amour.

Adieu , adieu, adiev.

Page 1