ADOLPHE , DE LIMBOURG
ADOLPHK.
Oui, Monsieur, jVimc à croire que ce n'est qu'une mc^prise... une erreur de nom... El bientôt vous saurez « • .
DK LIMBOURG.
Non ; vous êtes bien drsignd , Adolphe de llumberg. Mais, r^il(*chisse% , ny a-t-il pas quelques motifs secrets P... des dettes , par exemple ?
ADOI^PMK.
Des dettes!... JV9 ai fait beaucoup^*, mais je les ai toutes payées.
DE UMBOURG.
Une affaire d'honneur ? . . .
ADOLPHE
Dix... Dans notre dtatL.. Mais j'ai çu le bonheur de les terminer trOutes sans mériter un reproche.
DE LIMBOrRG.
C'est donc quelques parens de mauvaise humeur P
Je viens d^hériler du dernier. I) ne pourrait y avoir qu'un oncle de ma femme... ministre estimé , respectable , et qui aurait pu... Mais c'est impossible* li faisait grand cas de moi , c'est à lui
OPÉRA-COMIQUE. i35
que je confiais mes chagrins ; il me plaignait , il m'avait même promis un ordre pour qne ma chère moitié* • •
Vous étiez mal avec Madame ?
ADOLPHE
On n'a pas d'idée de ça.
OK LEMBOUHG.
Sa figure n^est peut-être pas ?. . •
ADOLPHE
La plus jolie femme de Berlin... On nous a mariés , je ne sais pourquoi ; nous nous aimicHis pcmrtant , nous nous adorions même , cela a duré six mois ; cela aurait duré toute la vie ; mais bientôt je trouvai un caractère —
DE UMBOUR6.
Altier... dur?. • .
ADOLPHE
Non , non : c'était un assez joli caractère ; mais singidier... bizarre... Et puis une hqmcur...
K UMBOUBG.
Revéche... acariâtre...
ADOLPHE
Non pas , non pas... mais maligne , pétulante... qui variait à chaque instant, et qui... lorsque je lui pariais raison...
DE LIMBOIJ1IG.
Ah ! vous lui pariiez raison !
ADOLPHE , étoDtié im peu.
Quelquefois... Vous avez Tair de rire?
i36 ADOLPHE ET CLARA,
DE UMBOURG.
Je n'ai garde ; mais je pensais qu^à l'âge que vous aviez tous deux , elle trouvait peut-être extraordinaire que vous lui parlassiez raison , quand elle n*aurait voulu parler que d*amour...
ADOIiPHE.
Non , Monsieur , elle ne m'aimait pas... elle ne m'écoutait pas... elle me contrariait sans cesse... Occupée , à chaque instant , de bals , de fêtes , de parure, elle me laissait souvent des jours .entiers sans que je pusse la rejoindre ; elle me grondait si je parlais à une jolie femme ; elle me boudait si je la louais devant elle ; elle avait Fair d'écouter, avec plaisir, les sots propos des jeunes étourdis qui Tentouraient. . . Enfin, Monsieur, le croiriez-vous? elle a fini par vouloir un appartement séparé... Oui , Monsieur , séparé ; et depuis ce moment là... ( II luî parle à PoreUle. ) Ce qUC je VOUS dis CSt
l'exacte vérité...
Mais voilà des choses affreuses... Dès-lors c'est une femme à ne pas regretter; je vois qu'elle est , à la fois , coquette , méchante , et peut-être encore...
ADOLPHE
Non : oh! non !... Il faut lui rendre justice , jamais rien dans sa conduite...
DE UMBOURG.
A la bonne heure. Mais, malgré cela , c'est une femme avec laquelle vous ne pon- — ^
OPÉRA-COxMIQUE. 137
et c'est toujours un grand avantage pour vous que d'en être sépare*
ADOLPHE
Oui, c'est même une espèce de consolation.
< Riant.) Il aurait mieux valu pourtant que ce fut elle qu'on eut amenée ici.
I^ LIMBOURG
J'entends bien ;'mais, consolez-vous... J'écrirai au ministre , et je lui ferai ou^Tir les yeux.
ADOLPHE , arec affection.
Bien obligé ! . . .
Je ne désespère pas même que votre femme ne >denne prendre ici votre place.
ADOLPHE
Ah ! ce serait bien heureux !
DE LIMBOURG
En attendant , vous jouirez d'une honnête liberté ; le jardin est grand , les ombrages* frais . . . Un peu de société dans l'intérieur; entre autre une très jeune , très douce personne, arrivée aujourd'hui.
ADOLPHE
Une jeune femme, *vous dites?:., jolie, sans doute ! . . . .
DE LIMBOURG
' Très bonne , très sensible. *
ADOLPHE
. Ah! c'est charmant cela : cette pauvre petite , Un mari jaloux. . .
i38 ADOLPHE ET CLARA,
DE UMBOUBG.
Oui y quelque chose comme cela. Vous pourrez la voir... Elle va descendre.
ADOLPHE
Tout-à-rhem'e ?... Je serais bien flatte de... de faire sa connaissance,
DE UMBOtJRC^.
Mais j'espère que vous vous conduiifez avec elle... et puis, vous êtes si chagrin, èi malheureux , si raisonnable . . .
ADOLPHE
Oh ! trop , trop pour mon âge... Elle ne descend pas. (Se remettant.) Ce n'cst pas que je sois presse. . .
DE UMBOUBG.
Je le vois bieii ; mais il faut que j'aille vaquer à mes nombreuses occupations , je vous laisse ; et , si cette dame vient , vous voudrez bien , )usqu'au souper , lui tenir compagnie.
ADOLPHE
De tout mon cœur...