I.TSANIIBE
Qui , à la moindre contrariété , peste , gronde , jure, bat...
SËAPIN.
Il dit que cela est nécessaii'e à sa ^anté.
LYSAnnaE.
Ah ! mon cher Scapin , puissesrtu souvent contribuer à prolonger ses jours!
SCAPIN
Je vous remercie de la pr^érence !
LTSANINftE y reprenant le ton noble.
De plus, ma maîtresse... la charmante Isabelle...
SCAPIN
Nous y voilà !
LTSANDRE,
Depuis un mois , je n'ai reçu aucune nouvelle de cette tendre amante.
SCAPIN
£t un mois , c^est un siècle pour des cœurs tels que les ndtres !
LTSANDEE.
Dans le fond de Tltalie! s^il lui était arrivé quelque malheur ! elle était sans fortune ! . . .
SCAPIN
St par conséquent sans embarras... Les fîOes
i84 L'IRATO,
jolies ne manquent jamais absolument de ressources. Il y a toujours le chapitre des evénemens.
LYSANDRE , avec indignation , et mettant la main sur ion épée.
Scapin!
SCAPIN
Pardon , Seigneur! Oui, je connais comme vous la vertu de la respectable Isabelle , et je sais...
LYSANDRE
Elle n^a pas repondu à la lettre la plus passionnée , la plus . . .
SCAPIN
Une lettre que j'ai mise moi-même à la poste !
LYSANDRE
Ah , mon cher Scapin t
SCAPIN« Ah , mon cher mattre ! ( Voyant que son maître reite appuyé sur lui , il se dégage. ) A mon tOUr , sHl VOUS plaît
En confident discret, j'ai écoute vos chagrins, qu'il me soit permis à présent d'exiger que vous entendiez le récit lamentable de mon sensible cœur.
( Il recule , et marolie en acteur tragique.) Yciltre ! té te ! saug !
VOUS souvient-il de la suivante d*Isabelle, compagne et amie de sa maîtresse, plutôt que sa femme de chambre ? Elle était la dépositaire de tous ses secrets ; c^est dans son sein qu'Isabelle avoua qu'elle vous aimait , et sans doute c^est dans le sein d'Isabelle que Nérine déposa ses tendres sentimens pour l'aimable Scapin. Eh bien! Seigneur, eh bien ! le croirez-vous? Deipuis un mois séparés , fugitifs, errans, Nérine n'a pas instruit son amant
OPÉRA-COMIQUE. i85
de son sort ; son amant n*a pas reçu une seule lettre de la belle main de Nérinc. Et, pourquoi n'en a-t-il f-as reçu ? Pourquoi ? C'est que Nérine sait aimer et ne sait pas écrire.
LTSAKDRE.
As-tu tout dit ?
se API H.
Tout.
LTSAMBRS.
Tant mieux ! Je reprends : Oui , divine Isabelle , TOUS m'aimez encore !
Je continue : Oui , céleste Nérine , vous... Mais pourquoi nous gêner. Monsieur ? Parlons tous les deux à-la-fois, pour qu'aucun des deux ne soit obligé d'écouter Tautre ?
LTSAKDRE.
Je le Tcux bien. Parlons à-la-fois.
DUO
ENSEMBLE
Jurons de les aimer tonjonrs ; Promettons-leur les plus tendres anioars.
LTSAKDRE.
Je perdrais mille fois la TÎe...
SCkPIS.
Le soleil finira son croors... ,
G maftiesse chérie !
Avant que je t'oublie.
LTSA^a>R£.
Paisse le del et sa yengeauce Me poursuivre jusqu'au tombeau!
i86 L'IRATO,
SCAPIN
Puhse mon maître et sa pnidence Me poursuivre jusqu'au;., caveau.
ENSEMBLE
O mattresse chérie!
Avant que je t'oublie.
LYSANORE.
Toutes deux méritent un cœur.
SCAPiN.
C'est peu qu'un coeur!... une couronne !
LTSANDRE.
Bien plus encor!
SCAPIN
Bien plus , SeigneurP
LYSANDRE
Oui, bien plus.
SCAPIN
\j est...
LTSANDRE.
Notre personne !
ENSEMBLE
Jurons de les aimer toujours ; Promettons-leur les plus tendres amours.
Bonheur et tendresse!
Soupirs et caresse, Transports, allégresse, Trop heureuse ivresse , Doux épanchemens , Doux ravissemcns ! Non , jamais sur terre , On n'aura goûté De félicité Plus extraordinaire.
SCAPV
Maisque dites -voui$ d
On assure qu'il fait venir de je ne sais où , je ne sais quelle parente de sa femme, dont nous n'avons jamais entendu parler.
LYSANDRE
Ni lui non plus!
SCAPIN
Et pour la marier à votre ancien précepteur , le docteur Balouard , vénitien de naissance , pédant de profession , sot par nature , rampant par habitude , et qui se laisse quereller et battre , dans Fespoir de vous souffler la succession.
LTSANDR£ , prenant sa tabatière.
Scapin , sais-tu bien que je crains qu'il n'y réussisse?
Quelle tranquillité ! peut-on . . .
LYSANDRE , prenant du tabac.
Moi , tranquille ! Tu t'y connais ! je suis furieux !
SCAPIN
Il y paraît!
LYSANDRE ^ froidement, et tirant sa montre.
Mais à propos , je crois me rappeler que tu m'as dit que mon cher oncle m'attendait depuis une heure... J'y cours. (U reste.) Je te laisse, Scapin, rêve, imagine, trouve surtout, et souriens-toi que , dans les affaires importantes , rien n'est plus dangereux que de perdre un seul instant.
la *