‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 27 sur 74 · LE PREMIER DIMANCHE DE L*AVENT · texte numérisé non relu

LE PREMIER DIMANCHE DE L*AVENT

Tune videbunt Filium hominis venientevê in nube eum potestate moffna , et majestale.

Alors ils verront le Fils de l'homme qui viendra sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté.

(Luc, XXI, Î7.)

Sire,

Tel doit être le dernier spectacle qui finira les révolutions éternelles que la figure de ce monde offre tous les jours à nos yeux, et qui, ou nous amusent parleur nouveauté, ou nous séduisent par leurs charmes. Tel sera Tavénement du Fils de Thonime le jour de sa révélation, r accomplissement de son règne, l'entière rédemption de son corps mystique. Tel le jour de la manifestation des consciences, ce jour de calamité et de désespoir pour les uns, pour les autres, de paix, de consolation et d'allégresse ; l'attente des justes , la terreur des méchants , le jour décisif de la destinée de tous les hommes.

C'est l'image toujours présente que les prédictions du Sauveur sur ce jour terrible en avoient laissée aux premiers fidèles, qui les rendoit patients dans les persécu-

lions, joyeux dans les souffrances, glorieux dans les opprobres. C'est elle qui depuis soutint la foi des martyrs, anima la constance des vierges, adoucit aux anachorètes les horreurs des déserts; c'est elle qui encore aujourd'hui peuple ces solitudes religieuses que la piété de nos pères éleva contre la contagion du siècle.

Vous-mêmes, mes frères, rappelant quelquefois l'appareil formidable de ce grand événement, n'avez pu* refuser à ce souvenir des sentiments de componction et de crainte. Mais ce n'ont été là que des frayeurs passagères; des idées plus douces et plus riantes les ont à l'instant effacées, et ont ramené votre premier calme. Hélas I dans les temps heureux de l'Église , c'eût été renoncer à la foi, de ne pas désirer le jour du Seigneur. Toute la consolation de ces premiers disciples de la foi étoit de l'attendre , et il falloit même que les apôtres modérassent là-dessus le saint empressement des fidèles ; et aujourd'hui il faut que l'Église emploie toute la terreur de notre ministère pour en rappeler le souvenir aux chrétiens , et tout le fruit de nos discours se borne à le faire craindre.

Je ne me propose pas cependant de vous étaler ici toute l'histoire de ce terrible avènement. Je veux me renfermer dans une de ses circonstances, qui m'a toujours paru la plus propre à faire impression sur les cœurs : c'est la manifestation des consciences.

Or, voici tout mon dessein. Ici-bas le pécheur ne se connott jamais tel qu'il est, et n'est connu des hommes qu'à demi : il vit d'ordinaire inconnu à lui-même par son aveuglement , aux autres , par ses dissimulations et par ses artifices. Dans ce grand jour il se connoitra, et il sera

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