PREMIÈRE PARTIE
« Tout se réserve pour l'avenir, dit le Sage, et demeure ici -bas incertain, parce que tout arrive également au juste et à l'injuste, au bon et au méchant, au pur et à l'impur, à celui qui immole des victimes et à celui qui méprise les sacrifices. » (Eccle., ix,2.) Quelle idée en eflet, mes frères, aurions-nous de la Providence dans le gouvernement de l'univers, si nous ne jugions de sa sagesse et de sa justice que par les diverses destinées qu'elle ménage ici-bas aux hommes ? Quoi ! les biens et les maux seroient dispersés sur la terre, sans choix, sans égard, sans distinction ? Le juste gémiroit presque toujours dans l'affliction et dans la misère, tandis que l'impie vivroit environné de gloire , de plaisir et d'abondance ; et après des fortunes si difllérentes, et des mœurs si dissemblables, tous deux tomb^roient également dans un oubli étemel ; et le Dieu juste et vengeur qu'ils trouveroient au delà ne daigneroit pas peser leurs œuvres et discerner leurs mérites ? Vous êtes juste. Seigneur, et vous rendrez à chacun selon ses œuvres.
Ce grand point de la foi chrétienne, si conforme même à l'équité naturelle, ici supposé, je dis que dans ce jour terrible où, à la face de l'univers, le pécheur paroîtra devant le tribunal redoutable, accompagné de ses œuvres, la manifestation des consciences sera le supplice le plus affreux de l'âme infidèle. Un examen rigoureux la mon-
trera d'abord à elle-même; et voici toutes les circonstances de cette formidable discussion.
Je ne m'arrête pas à vous faire observer tous les titres dont sera revêtu celui qui vous examinera, et qui annoncent toute la rigueur dont il doit user, en pesant dans sa balance vos œuvres et vos pensées. Ce sera un législateur sévère, jaloux de la sainteté de sa loi, et qui ne vous jugera que par elle : tous les adoucissements, toutes les vaines interprétations que l'usage ou une fausse science avoit inventées , s'évanouiront : l'éclat de la loi les dissipera, les ressources dont elles avoient flatté le pécheur tomberont; et le législateur irrité examinera presque plus rigoureusement les fausses interprétations qui en avoient altéré la pureté que les transgressions manifestes qui Tavoient violée. Ce sera un juge chargé des intérêts de la gloire de son Père contre le pécheur, établi pour juger entre Dieu et l'homme; et ce jour sera le jour de son zèle pour l'honneur de la Divinité, contre ceux qui ne lui auront pas rendu la gloire qui lui est due : un Sauveur qui vous montrera ses plaies pour vous reprocher votre ingratitude; tout ce qu'il a fait pour vous se tournera contre vous; son sang, le prix de votre salut, élèvera sa voix et demandera votre perte , et ses bienfaits méprisés seront comptés parmi vos plus grands crimes : le scrutateur des cœurs, aux yeux duquel les conseils les plus cachés et les plus secrètes pensées seront découvertes : enfin, un Dieu d'une majesté terrible, devant lequel les cieux se dissoudront, les éléments se confondront, toute la nature se bouleversera , et dont le pécheur tout seul sera obligé de soutenir l'examen et la terreur de sa présence.
Or, voici les circonstances de cet examen redoutable.
Premièrement, il sera le même à l'égard de tous les hommes : Et congregabuntur arUe eum omnes gentes^ dit un autre évangéliste (Matth., xxv, 32). La différence des siècles, des âges, des pays, des conditions, de la naissance, du tempérament, n'y sera plus comptée pour rien; et comme l'Évangile, sur lequel vous serez jugé, est la loi de tous les temps et de tous les états, et n'a que les mêmes règles à proposer au noble et au roturier, au prince et au sujet , aux grands et au peuple , au solitaire et à l'homme engagé dans le tumulte du monde, au fidèle qui vivoit dans la ferveur des premiers temps , et à celui qui a eu le malheur de vivre dans le relâchement des siècles, on n'usera d'aucune distinction dans la manière de procéder à l'examen des coupables. Vaines excuses sur le rang, sur la naissance, sur les périls de son état, sur les mœurs de son siècle, sur la foiblesse du tempérament, vous ne serez plus alors écoutées ! Et sur la chasteté , sur la modestie, sur l'ambition, sur le pardon des offenses, sur le renoncement à soi-même, sur la mortification des sens, le juste Juge demandera un compte aussi exact au Grec qu'au Barbare; au pauvre, qu'au puissant ; à l'homme du monde, qu'à celui qui vit dans la retraite; au prince, qu'au simple citoyen; enfin, aux chrétiens de ces derniers temps, qu'aux premiers disciples de l'Évangile : Et congregabuntur ante eum omnes gentes.
Vains jugements de la terre, que vous serez alors étrangement confondus ! Et que nous ferons peu de cas de la noblesse du sang, de la gloire des ancêtres, de l'éclat de la réputation, de la distinction des talents, et de tous ces titres pompeux dont les hommes tâchent ici -bas d'exhausser leur bassesse, et sur lesquels ils fondent tant de distinctions et de privilèges, lorsque nous verrons dans cette
foule de coupables le souverain confondu avec l'esclave, les grands avec le peuple ; les savants placés au hasard parmi les ignorants et les simples ; les dieux de la guerre, ces hommes invincibles et glorieux qui avoient rempli l'univers du bruit de leur nom , à côté du vigneron et du laboureur; que vous avez seul,^ ô mon Dieu, la gloire, la puissance, l'immortalité; et que, tous les titres de la vanité étant détruits et anéantis avec le monde qui les avoit inventés, aucun ne paroltra environné que de ses œuvres !
En second lieu, cet examen sera universel, c'est-à-dire qu'il rappellera les divers âges et toutes les circonstances de votre vie : les foiblesses de l'enfance, qui ont échappé à votre souvenir ; les emportements de la jeunesse , dont tous les moments ont presque été des crimes; l'ambition et les soucis d'un âge plus mûr ; l'endurcissement et les chagrins d'une vieillesse peut-être encore voluptueuse. Quelle surprise , lorsqu'en repassant sur les divers rôles que vous avez remplis sur la terre , vous vous retrouverez partout profane, dissolu, voluptueux, sans vertu, sans pénitence , sans bonnes œuvres , n'ayant passé par différentes situations que pour amasser un trésor plus abondant de colère, et ayant vécu dans ces divers états comme si tout avoit dû mourir avec vous I
La variété des événements qui se succèdent ici-bas les uns aux autres, et qui partagent notre vie, ne fixent notre attention qu'au présent, et ne nous permettent* pas de la rappeler tout entière et de voir tout ce que nous
1. L*ordre de U phrase est brusqaement interrompu, mais la rapidité y gigne.
2. Fixent, permettent, au lieu de fixe, permette que voudrait la rigueur de la grammaire. Mais, pour Torateur, le sujet véritable est plutôt événe^ mente que variété.
sommes. Nous ne nous envisageons jamais que dans le point de vue que notre état présent nous offre ; la dernière situation est toujours celle qui nous fait juger de nousmêmes ; un sentiment de salut dont Dieu nous favorise quelquefois nous calme sur une insensibilité de plusieurs années ; un jour passé dans les exercices de la piété nous fait oublier une vie de crimes; la déclaration de nos fautes au tribunal de la pénitence les efface de notre souvenir, et elles sont pour nous comme si elles n'avoient jamais été ; en un mot, nous ne voyons jamais de l'état de notre conscience que le présent. Mais devant le Juge terrible tout se présentera à la fois : l'histoire se dépliera^ tout entière. Depuis le premier sentiment que forma votre cœur jusqu'à son dernier soupir, tout se rassemblera sous vos yeux ; toutes les iniquités dispersées dans les différents âges de votre vie seront ici réunies : pas une action , pas un désir, pas une pensée, pas une parole n'y sera omise; car si nos cheveux sont comptés, jugez de nos œuvres 1 ' Nous verrons revivre tout le cours de nos années, qui étoit comme anéanti pour nous, et qui vivoit pourtant aux yeux de Dieu ; et nous retrouverons là , non pas ces histoires
1. L*édition Didot, ici et un peu plus loin, met à tort se déploiera, qu*on dirait plutôt aujourd'hui. Les éditions Renouant et Gaume, plus exactes, donnent se dépliera, conformément à Toriginal. Déplier et déployer ne sont que deux prononciations différentes du même mot, et le choix entre les deux était libre au ivn* siècle et au commencement du xviii*. 11 nous suffira de produire ces deux exemples de remploi de déplier pour déployer :
C'est là véritablement qu'il s'est montré tout entier; c'est là qu'il a déplié tous les trésors de son &me. (Patrd, Éloge de M. de Pompone,)
Comme il ne pouvoit déplier sa phalange , il fit plusieurs replis et plusieurs mouvemens pour tâcher de dérouter l'ennemi. (Folard, Traité de la colonne, c. 4.)
2. Ton énergique et simple qui semble appartenir à Bossuet plutôt qu'à Massillon.
périssables, où nos vaines actions dévoient être transmises à la postérité ; non pas ces récits flatteurs de nos exploits militaires « de ces événements brillants qui avoient rempli tant de volumes et épuisé tant de louanges ; non pas ces mémoires publics où étoient marqués l'élévation de notre naissance, l'antiquité de notre origine, la gloire de nos ancêtres, les dignités qui les ont illustrés, Téçlat que nous avons ajouté à leur nom, et toute Tbistoire, pour ainsi dire, des illusions et des erreurs humaines : cette immortalité tant vantée, qu'elle nous promettoit, sera ensevelie dans les ruines et les débris de l'univers ! mais nous y verrons l'histoire la plus affreuse et la plus exacte de notre cœur, de notre esprit, de notre imagination, c'est-à-dire cette partie intérieure et invisible de notre vie, aussi inconnue à nous-mêmes qu'au reste des hommes. Oui, mes frères, outre l'histoire extérieure de nos mœurs , qui sera toute rappelée , ce qui nous surprendra le plus, ce sera l'histoire secrète de notre cœur, qui se dépliera alors tout entière à nos yeux : de ce cœur que nous n'avions jamais sondé, jamais connu; de ce cœur qui se déroboit sans cesse à nous-mêmes, et qui nous déguisoit la honte de ses passions sous des noms spécieux ; de ce cœur dont nous avons tant vanté l'élévation, la droiture, la magnanimité, le désintéressement, la bonté; que l'erreur publique et l'adulation avoient regardé comme tel,^ et qui nous avoit fait placer au-dessus des autres hommes. Tant de désirs honteux, et qui à peine étoient formés que nous tâchions de nous les cacher à nousmêmes ; tant de projets ridicules de fortune et d'élévation , douces erreurs où notre cœur séduit se livrait sans
1. Encore une petite négligence. L^eiactitude grammaticale voudrait que ce tel se rapportât, non pas à des substantifs, mais à des adjectifs.
cesse ; tant de jalousies basses et secrètes que nous nous dissimulions par fierté , et qui cependant étoient le principe invisible de toute notre conduite; tant de dispositions criminelles, qui nous avoient portés mille fois à souhaiter que les plaisirs des sens pussent être ou étemels ou impunis; tant de haines et d'animosités , qui nous avoient corrompu le cœur à notre insu ; tant d'intentions souillées et vicieuses, sur lesquelles nous étions si habiles à nous flatter ; tant de projets de crimes auxquels l'occasion seule avoit manqué, et que nous n'avions comptés pour rien, parce qu'ils n' étoient pas sortis de notre cœur; en un mot, cette vicissitude de passions qui s' étoient toujours succédé les unes aux autres au dedans de nous : voilà ce qu'on étalera à nos yeux. Nous verrons sortir, dit saint Bernard, comme d'une embuscade, des crimes sans nombre, dont nous ne nous serions jamais crus coupables : Prodient ex improvisa^ et quasi ex insidiis. On nous montrera nous-mêmes à nous-mêmes ; on nous fera rentrer dans notre cœur, où nous n'avions jamais habité ; une lumière soudaine éclairera cet abîme ; ce mystère d'iniquité sera révélé, et nous verrons que ce que nous connoissions le moins de nous, c'étoit nous-mêmes.
A l'examen des maux que nous avons faits succédera celui des biens que nous avons manqué de faire. On nous rappellera les omissions infinies dont notre vie a été pleine, et sur lesquelles nous n'avions pas eu même de remords; tant de circonstances où notre caractère nous engageoit de rendre gloire à la vérité , et où nous l'avons trahie par de vils intérêts ou par de basses complaisances ; tant d'occasions de faire le bien que la bonté de Dieu nous avoit ménagées, et que nous avons presque toujours négligées; tant d'ignorances coupables et volon-
taires, pour avoir toujours craint la lumière, et fui ceux qui pouvoient nous instruire; tant d'événements si capables de nous ouvrir les yeux, et qui n'ont servi qu'à augmenter notre aveuglement; tant de bien que nous aurions pu faire par nos talents et par nos exemples, et que nous avons empêché par nos vices : tant d'âmes dont nous aurions pu préserver l'innocence par nos largesses, et que nous avons laissées périr pour n'avoir rien voulu rabattre de nos profusions ; tant de crimes que nous aurions pu épargner à nos inférieurs ou à nos égaux par de sages remontrances et des conseils utiles, que l'indolence, la lâcheté, et peut-être des vues plus coupables nous ont fait supprimer ; tant de jours et de moments que nous aurions pu mettre à profit pour le ciel, et que nous avons passés dans l'inutilité et dans une indigne mollesse. Et ce qu'il y a ici de plus terrible , c'est que c'étoit là la partie de notre vie la plus innocente à nos yeux , et qui n'offroit tout au plus à notre souvenir qu'un grand vide.
Quel regret alors pour l'âme infidèle , de voir une si longue suite de jours perdus, sacrifiés à l'inutilité, au inonde qui n'est plus, tandis qu'un seul moment consacré à un Dieu fidèle dans ses promesses eût pu lui mériter la félicité des saints ! de voir tant de bassesses, tant d'assujettissements pour des biens et une fortune misérable qui ne dévoient durer qu'un instant, tandis qu'une seule violence soufferte pour Jésus-Christ eût pu lui assurer un royaume immortel ! Quel regret de voir qu'il n'eût pas fallu tant de soins et de peines pour se sauver qu'elle en a souffert pour se perdre , et qu'un seul jour de cette longue vie tout employée pour le monde eût suffi pour l'éternité I
A cet examen succédera , en quatrième lieu , celui des
n6 SERMONS DE MASSILLON.
grâces dont vous avez abusé : tant d'inspirations saintes ou rejetées ou suivies à demi ; tant de soins et de ménagements de la Providence sur votre âme rendus inutiles ; tant de vérités entendues par notre ministère, qui ont opéré en plusieurs fidèles la pénitence et le salut, et qui sont toujours tombées en vain dans votre cœur; tant d'afflictions et de contre-temps que le Seigneur vous avoit ménagés pour vous rappeler à lui , et dont vous avez toujours fait un si indigne usage; tant de dons, même naturels, qui étoient en vous comme des espérances de vertu, et dont vous avez fait des ressources de vice. Ah ! si le serviteur inutile est jeté dans les ténèbres extérieures pour avoir seulement caché son talent, de quelle indulgence pourrez-vous vous flatter, vous qui en avez tant reçu, et qui les avez tous employés contre la gloire du maître qui vous les avoit confiés ?
C'est ici où * le compte sera terrible. Jésus-Christ vous
i. Où, faisant pléonasme pour que.
Cet emploi , aujourd'hui rigoureusement proscrit par la grammaire , disons-nous dans notre Lexique comparé de la langue de Corneille , était au XVI* et au xvn* siècle regardé comme très-correct, et se rencontre encore assez fréquemment chez les meilleurs écrivains du commencement du xviu* siècle et môme chez plusieurs du xix* :
Ce n'est pas là , madame , où je prends intérêt.
( P. Corn., Sophan., t. 4.)
Anssi ce n'est qu'en eux où mon espoir se fonde.
(Racan, Lts Berg., t. i.)
C*est à Tauris où se fait la plus grande partie des peaux de chagrin qui se consomment en Perse (Tavbrn., Voyage de Perse, i, 4). — C'est dans cette province de Kerman où presque tous les Gantes se sont retirez (Id., ibid., I, 8). — Apprenons à ne perdre jamais l'espérance, dans quelque abîme de maux où nous soyons plongés (Boss., MédiUUions sur VÉvang. , Dernière semaine du Seigneur, ex). — C'est en ces occasions où l'on devroit bien sentir (M"*« de S^^vigné, Lettre à M^ de Grignan, 13 mars 1(>86).
Voir dans le Lexique de M. Génin les exemples de Molière.
Au dix-huitième siècle on trouve , entre autres emplois :
C'est là où j'ai connu Antoine (J.-J. Rousseau, Emile, v). — C'est en
redemandera le prix de son sang. Vous vous plaignez quelquefois que Dieu ne fait pas assez pour vous ; qu*il vous a fait naître foible et d'un tempérament dont vous n'êtes pas le maître, et qu'il ne vous donne pas les grâces dont vous auriez besoin pour résister aux occasions qui vous entraînent : ah ! vous verrez alors que toute votre vie a été un abus continuel de ses grâces; vous verrez que parmi tant de nations infidèles qui ne le connoissoient pas, vous avez été privilégié, éclairé, appelé à la foi, nourri de la doctrine de la vérité et de la vertu des sacrements, soutenu sans cesse de ses inspirations et de ses grâces ; vous serez effrayé de voir tout ce que Dieu a fait pour vous, et le peu que vous avez fait pour lui; et vos plaintes se changeront en une confusion profonde qui ne trouvera plus de ressource que dans votre désespoir.
Jusqu'ici le juste Juge ne vous a examiné que sur les crimes qui vous sont propres; mais que sera-ce lorsqu'il entrera en compte avec vous sur les péchés étrangers
Amérique où nous trouveroDS un très-grand nombre de mines d'argent, plus étendues, plus abondantes, et travaillées plus en grand qu'en aucune autre partie du monde (Bufton , Hi$t. nat, des miner.). — Ce n'est que de nos jours qu'on s'est élevé à la théorie de sa forme intérieure (de la terre], et qu'on a démontré Tordre et la disposition des matières dont elle est composée ; ce n'est donc que de cet instant où l'on peut commencer à comparer la nature avec elle-même , et remonter de son état actuel et connu à quelques époques d'un état plus ancien (Id., Êpoq, de la nat.). — C'est dans ces terres de la zone torride où se sont faits les plus grands bouleversements (Id«, ibid,, 3* époq.)* — Ce n'est guère qu'en France où de pareilles questions peuvent être agitées (Nbcur, De Vadm. des finances, xiii). Ce fut donc dans ces plaines où je conduisois Paul (Bekki. de St.-Pierrb, Paul et Virg.). — Cette conquête est une grande époque; c'est là où commence véritablement l'empire turc au milieu des chrétiens d'Europe (Volt., Ess. sur les mœurs, c91).
Et, au dix-neuvième :
C'est encore ici où nous pouvons admirer l'ordre dans le désordre (J. M Maistm, Consid. sur la France, ii). — Ce n'est pas là où je pouvais travailler (M"** Cottin, Claire d'Albe, préf.}.
dont vous avez été ou Toccâsion ou la cause dans les autres, et qui par conséquent vous seront imputés ? Quel nouvel abime I On vous présentera toutes les âmes à qui vous avez été un sujet de chute et de scandale; toutes les âmes que vos discours, vos conseils, vos exemples, vos sollicitations, vos immodesties, ont précipitées avec vous dans une perte étemelle ; toutes les âmes dont vous avez ou séduit la foiblesse, ou corrompu Tinnocence, ou perverti la foi, ou ébranlé la vertu, ou autorisé le libertinage, ou affermi l'impiété par vos persuasions ou par l'exemple de votre vie. Jésus-Christ, à qui elles appartenoient, et qui les avoit acquises par son sang , vous les redemandera comme un héritage chéri, comme une conquête précieuse que vous lui avez injustement ravie; et si le Seigneur marqua Gain d'un signe de réprobation en lui demandant compte du sang de son frère , jugez de quel signe vous serez marqué quand on vous demandera compte de son âmel
Mais ce n'est pas tout. Si vous étiez homme public et élevé en autorité , que d'abus autorisés ! ^ que d'injustices dissimulées I que de devoirs sacrifiés ou à vos intérêts ou aux passions et aux intérêts d'autrui! que d'acceptions de personnes contre l'équité et la conscience ! que d'entreprises injustes conseillées I que de guerres peut-être, que de désordres , que de maux publics dont vous avez été ou l'auteur ou l'indigne ministre I Vous verrez que votre ambition ou vos conseils ont été comme la source fatale d'une infinité de malheurs , des calamités de votre siëde , de ces maux qui se perpétuent et qui passent des pères aux enfants ; et vous serez surpris de voir que vos