Sur ce mot Bouhours a fait la remarque suivante
Q Quelques-uns disent observance pour observation : Inobservance des commandements de Dieu, l'observance des règles du monastère ( Vie de saint François de Borgia),
H fit voir un pareil désintéressement et un pareil zèle pour Vexacte observance des constitutions de la Compagnie,
Le monde chrétien eut tout ensemble dans sa personne Vidée de la réfàrme prescrite par le Concile aussi bien que la pratique et Vobservanre exacte de cette mesme réforme {Panégyriqtte de saint Charles Borromée).
Si d'aventure vous n'avex pas esté fidelle à l'observance de vos règles ( Pratique de la perfection chrétienne),
Ifais quelques-uns aussi veulent qu'on dise toujours observation en ces endroits-là, et pour moy ]*avoû6 que J'aurois de la peine à dire observance pour observation. Je ne laisse pas néanmoins de croire qu'on peut s'en servir absolument après de si bons auteurs, quand il ne s*agit que de choses saintes. » (Rem. nouv. sur la long, franc.)
Suivant rAcadémie observance n*est usité qu'en matière de religion. Il nous semble que rien n'empêcherait d'en étendre l'usage.
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dance, pauvre de cœur au milieu des biens périssables, détaché de tout, plein de désirs pour le ciel au milieu de tous les plaisirs et de toutes les félicités de la terre. Il faut de la force pour se vaincre soi-même , pour réprimer un désir qui s'élève, pour étouffer un sentiment qui plaît, pour ramener sans cesse à la règle un cœur qui s'en écarte sans cesse. Enfin , parcourez tous les préceptes de l'Évangile, il n'en est pas un seul qui ne suppose une âme forte et généreuse ; partout il faut se faire violence à soi-même , partout le royaume de Dieu est un champ qu'il faut défricher, une vigne où il faut porter le poids du jour et de la chaleur, une carrière où il faut vaillamment et continuellement combattre; en un mot, le disciple de Jésus-Christ ne sauroit jamais être foible sans être vaincu ; et jusqu'aux moindres obligations de la foi , tout porte le caractère de la croix, qui en est l'esprit dominant : si vous manquez un instant de force, vous êtes perdu. Dire donc que l'on est foible, c'est dire que l'Évangile tout entier n'est pas fait pour nous, et qu'on ne peut être non-seulement ni soumis ni patient, mais encore ni chaste, ni humble, ni désintéressé, ni mortifié, ni doux, ni charitable.
Mais* outre cela, mes frères, quelque foibles que nous puissions être, nous devons avoir cette confiance en la bonté de notre Dieu, que nous ne sommes jamais éprouvés, affligés, tentés au delà de nos forces; que le Seigneur proportionne toujours ses afflictions à notre foiblesse; qu'il répand ses châtiments comme ses faveurs avec poids et avec mesure; qu'en nous frappant il ne veut pas nous perdre, mais nous purifier et nous sauver; qu'il nous aide lui-même à porter les croix que lui-même nous impose ; qu'il nous châtie en père , et non pas en juge ;
que la même main qui nous frappe nous soutient: que la même verge qui fait la plaie y porte l'huile et le miel qui l'adoucit. Il connoît le caractère de nos cœurs et jusqu'où va notre foiblesse; et comme il veut nous sanctifier en nous affligeant et non pas nous perdre, il sait jusqu'où il doit appesantir sa main pour ne rien diminuer, d'un côté, de notre mérite, si les soulTrances étoient trop légères; et pour ne pas aussi, de l'autre, nous le faire perdre tout à fait, si elles étoient trop au-dessus de nos forces.
Eh ! quel autre dessein pourroit-il avoir en répandant des amertumes sur notre vie ? Est-il un Dieu cruel, qui ne se plaise que dans l'infortune de ses créatures ? Est-il un tyran barbare , qui ne trouve sa grandeur et sa sûreté que dans les larmes et le sang des sujets qui l'adorent V Est-il un maître envieux et chagrin, et qui ne puisse goûter de félicité, tandis qu'il la partage avec ses esclaves? Faut-il que nous souffrions, que nous gémissions, que nous périssions, afin qu'il soit heureux ? C'est donc pour nous seuls qu'il nous punit et qu'il nous châtie ; sa tendresse souffre, pour ainsi dire, de nos maux ; mais comme son amour est un amour juste et éclairé, il aime encore mieux nous laisser souffrir, parce qu'il prévoit qu'en terminant nos peines il augmenteroit nos misères. C'est un médecin tendre, dit saint Augustin, qui a pitié, à la vérité, des cris et des souffrances de son malade, mais qui, malgré ses cris, coupe jusqu'au vif tout ce qu'il trouve de corrompu dans sa plaie : il n'est jamais plus doux et plus bienfaisant que lorsqu'il paroît plus sévère ; et il faut bien que les afflictions nous soient utiles et nécessaires, puisqu'un Dieu si bon et si clément peut se résoudre à nous affliger.
Il est écrit que Joseph, élevé aux premières places de l'Egypte, ne pouvoit presque s'empêcher de répandre des
lannes , et sentoit renouveler toute sa tendresse pour ses frères, dans le temps même qu'il affectoit de leur parler plus durement, et qu*il feignoit de ne pas les connoilre : Quasi ad alienos durius loquebatur,,, avertitque se parutnptTj et flevit (Gbn., xlïï, 7, 24). C'est ainsi que Jésus- Christ nous châtie. Il fait semblant, si j'ose parler ainsi, de ne pas reconnoltre en nous ses cohéritiers et ses frères; il nous frappe et nous traite durement comme des étrangers ; mais cette contrainte coûte à son amour et ne peut soutenir longtemps ce caractère de sévérité qui lui est comme étranger; ses grâces viennent bientôt adoucir ses coups; il se montre bientôt tel qu'il est; et son amour ne tarde pas de trahir ces apparences de rigueur et de colère : Quasi ad alienos durius loquebatur... avertitque se parumper^ et flevit. Jugez si les coups qui partent d'une main si amie et si favorable peuvent n'être pas proportionnés à notre foiblesse !
N'accusons donc de nos impatiences et de nos murmures que la corruption et non pas la foiblesse de notre cœur. Des filles foibles n'ont-elles pas autrefois défié toute la barbarie des tyrans? Des enfants, avant même que d'avoir appris à soutenir les travaux de la vie, n'ont-ils pas couru avec joie affronter les rigueurs de la plus affreuse mort? Des vieillards, succombant déjà sous le poids de leur propre corps, n'ont- ils pas senti renouveler leur jeunesse comme celle de l'aigle , au milieu des tourments d'un long martyre ? Vous êtes foible I mais c'est cette foiblesse même qui est glorieuse à la foi et à la religion de Jésus-Christ; c'est pour cela même que le Seigneur vous a choisi, afin de faire connoitre en vous combien la grâce est plus foi1;e que la nature. Si vous étiez né avec plus de force et de fermeté , vous ne feriez
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pas tant d'honneur à la puissance de la grâce ; on attribueroît à l'homme une patience qui doit être un don de Dieu : ainsi plus vous êtes foible, plus vous devenez un instrument propre aux desseins et à la gloire du Seigneur. Il n*a jamais choisi que des personnes foibles quand il a voulu appesantir sa main sur elles , afin que l'homme ne s'attribuât rien à lui-même, et pour confondre, par l'exemple de leur fermeté, la vaine constance des sages et des philosophes. Ses disciples n'étoient que de foibles agneaux lorsqu'il les envoya dans l'univers et qu'il les exposa au milieu des loups. Les Agnès, les Luce, les Cécile, rendoient gloire à Dieu dans leur foi^lesse, à la force de sa grâce et à la vérité de sa doctrine. Ce sont ces vases de terre que le Seigneur prend plaisir de briser, comme ceux de Gédéon, pour faire éclater en eux avec plus de magnificence, la lumière et la puissance de la foi; et si vous entriez dans les desseins de sa miséricorde et de sa sagesse, votre foiblesse, qui justifie à vos yeux vos murmures, feroit la plus douce consolation de vos peines.
Seigneur, lui diriez-vous tous les jours, je ne vous demande pas cette raison orgueilleuse qui cherche, dans la gloire de souOrir constamment , toute la consolation de ses peines ; je ne vous demande pas cette insensibilité de cœur, ou qui ne sent pas ses maux, ou qui les méprise : laissez-moi. Seigneur, cette raison foible et timide, ce cœur tendre et sensible qui paroît si peu propre à soutenir ses tribulations et ses peines ; augmentez seulement vos consolations et vos grâces ; plus je paroîtrai foible aux yeux des hommes, plus vous paroitrez grand dans ma foiblesse; plus les enfants du siècle admireront la puissance de la foi, qui seule peut élever les âmes les plus foibles et les plus timides à ce point de constance et de
fermeté où toute la philosophie n'avoit jamais pu atteindre, et tirer leur force de leur foiblesse même. Premier prétexte, pris dans la foiblesse de l'homme, confondu ; il faut découvrir l'illusion du second, qu'on tire de l'excès et du caractère des afflictions elles-mêmes.