Cf;t emploi neutre, est rr^marqualtlt
mort, de rébellion et de mensonge ! Combien d'âmes séparées de l'unité, mais disposées à recevoir la vérité et à l'aimer, ne périssent que parce qu'on leur propose l'erreur revêtue des apparences de la vérité, et qu'on se sert poulies perdre de la même docilité qui auroit dû les sauver! Eh ! qu'avez-vous fait qui méritât que vous fussiez disc^irnés de tant de nations séduites? pourquoi n'avez-vous pas été enveloppés dans la même condamnation? pourquoi avez-vous habité cette heureuse terre de Gessen, seule éclairée des lumières du ciel, tandis que tout le
reste de l'Egypte fut frappé de ténèbres? N'est-ce pas la miséricorde de Dieu toute seule qui vous a discernés de tant de peuples qui s'applaudissent de leurs erreurs et de leurs chisme? Vous êtes encore sous les yeux de vos pasteurs, vous recevez encore la doctrine des apôtres des mains de leurs successeurs; la vérité coule encore sur vous d'une source pure et divine; les chaires chrétiennes retentissent encore de toutes parts des maximes delà foi et de la piété et la bonté de Dieu vous ménage encore mille moyens de salut, en vous conservant celui de l'instruction et de la doctrine.
Cependant venez-vous nous écouter avec un cœur touché de reconnoissance? Regardez- vous comme un bienfait signalé de Dieu sur vous le dépôt de la vérité et de \t parole sainte qu'il vous a conservée et qu'on vous annonce encore ? Diles-vous quelquefois avec le Prophète : // n'en a pas usé de même envers tant de nations, auxquelles il ne daigne pas manifester ses jugements et ses Justices?
(Ps. CXLVII, 20.)
Hélas! vous ne portez ici qu'un dégoût d'irréligion et (le vanité ; les moments les plus ennuyeux sont ceux que vous employez à écouter des vérités qui devroient faire
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toute la consolation de votre vie; vous êtes fâché que. la religion du maître vous en fasse une e^spèce de devoir et de bienséance. Nous sommes même obligés de respecter vos ennuis et vos dégoûts, en mêlant souvent à la vérité (les ornements humains qui toujours TaObiblissent : il semble que nous venons ici vous parler pour nous, et vous nous écoutez comme des importuns qui viendroient vous demander des grâces. Au milieu d'un spectacle profane, vous n'avez point de regret aux moments que des plaisirs si frivoles occupent : c'est là que toutes les pensées d'affaires, de fortune, de famille cessent, et que, tout le reste oublié, l'esprit né pour des choses plus sérieuses se repait avidement d'aventures chimériques; c'est de là qu'on sort toujours plein, occupé, transporté des maximes lavScives qu'un théâtre criminel a chantées. On en repasse les endroits qui ont fait sur le cœur des impressions plus dangereuses; on en porte le souvenir jusqu'au pied des autels. Ces images, si fatales à l'innocence , ne peuvent plus s'effacer, et au sortir de la parole sainte, tout ce que vous en avez retenu, ce sont peut-être les défauts de celui qui vous l'a annoncée.
Mes frères, Dieu ne punit plus d'une manière sensible le mépris de sa parole. Il pourroit encore sans doute transporter son Évangile au milieu de ces nations barbares qui n'ont jamais entendu parler de lui, et abandonner de nouveau son héritage ; il pourroit tirer du fond de leurs déserts des peuples féroces et infidèles, et leur livrer nos temples et nos foyers, comme il leur livra autrefois ces Églises si célèbres que les Tertullien, les Cyprien, les Augustin', avoient illustrées , et où il ne reste plus maintenant de trace de christianisme que dans les outrages que Jésus-Christ y reçoit , et dans les fers dont les fidèles
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y sont chargés : il le pourroit ; mais il se venge plus secrètement, et peut-être plus terriblement. Il vous laisse encore le spectacle et tout l'appareil extérieur de la prédication de rÉvangile; mais il en détourne le fruit sur les simples et sur les ignorants qui habitent les campagnes ; les terreurs de la foi ne sont plus que pour eux. Il ne retire plus ses prophètes du milieu des villes; mais il leur ôte, si j'ose parler ainsi , la force et la vertu de leur ministère ; il frappe ces nuées saintes d* aridité et de sécheresse ; il vous en suscite qui vous rendent la vérité belle , mais qui ne vous la rendent pas aimable; qui vous plaisent, mais qui ne vous convertissent pas ; il laisse affoiblir dans nos bouches les saintes terreurs de sa doctrine; il ne tire plus des trésors de sa miséricorde de ces hommes extraordinaires suscités autrefois dans les siècles de nos pères, qui renouveloient les villes et les royaumes, qui entraînoient les grands et le peuple , qui changeoient les palais des rois en des maisons de pénitence, des Bernard et des Vincent Ferrier dans nos Gaules, des Raymond en Italie, des Dominique dans toute TEuiiope, des Xavier dans un nouveau monde ; il permet que nous , hommes foibles, succédions à ces hommes apostoliques.
Que dirai-je encore? nous assemblons ici, comme autrefois Paul au milieu d'Athènes, des spectateurs oisifs et curieux, qui ne se proposent que d'entendre quelque chose de nouveau; tandis que ceux qui évangélisent vos terres et vos vassaux voient avec consolation à leurs pieds, comme autrefois Esdras, des Israélites simples qui ne peuvent retenir leurs larmes en entendant seulement les paroles de la loi. Nous amusons le loisir et l'oisiveté des princes et des grands de la terre , tandis que des ministres saints enfantent Jésus-Christ et recueillent une moisson
abondante au milieu des campagnes : en un mot, nous discourons, et ils convertissent. C'est ainsi, ô mon Dieu ! que vous exercez en secret des jugements terribles et sévères.
Mais, mes frères, que ne nous est-il permis de vous dire ici ce que Paul et Barnabe disoient autrefois aux Juifs infidèles! Vous étiez les premiers à qui il falloit annoncer les paroles de salut ; mais puisque vous les rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle , nous allons donc vers les nations abandonnées, vers ces pauvres peuples, ensevelis dans l'ignorance, qui cultivent vos terres, et qui recevront avec foi et avec reconnoissance la grâce que vous rejetez : Vobis oportebat primum loqui verbum Dei; sed quoniam repellitis illud^ et indignos vos judicatis œtemœ vitœ^ ecce conrertitnur ad génies (AcT., XIII, 46). Ah! nos travaux seroient bien plus utiles, notre joug plus adouci, notre ministère plus consolé : nous ne compterions pas parmi ceux qui nous écoutent des noms célèbres dans l'histoire; mais nous y compterions les noms de ceux qui sont écrits dans le ciel : nous n'y verrions pas assemblés tous les titres et toutes les hautes dignités qui forment toute la gloire et toute la figure du monde qui passe ; mais nous y verrions la foi , la piété , l'innocence qui font toute la gloire du chrétien qui demeure éternellement : nous n'y entendrions pas de vains applaudissements donnés au langage de l'homme et non à'celui de la foi ; mais nous y verrions couler des larmes , qui sont la louange immortelle de la grâce : nos chaires ne seroient pas environnées de tant de pompe; mais nos auditeurs seroient un spectacle digne des anges et de Dieu.
Telles sont les dispositions qui doivent vous préparer à nos instructions. Il faut vous instruire encore sur l'esprit dans lequel vous devez nous entendre.