LK LUNDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME
Ibnnl hi in supplicium œternum, jiisli autem in vilam œternam.
Ceux-ci iront dans le supplice éternel, et le« justes iront dans la vie étemelle.
(Matth., XXV, 4fi. }
Voilà , mes frères , à quoi se termineront enfin les désirs, les espérances, les conseils et les entreprises des hommes; voilà où viendront enfin échouer les vaines réflexions des sages et des esprits forts, les doutes et les incertitudes éternelles des incrédules, les vastes projets, des conquérants, les monuments de la gloire humaine, les soins de l'ambition, les distinctions des talents, les inquiétudes de la fortune, la prospérité des empires, et toutes les révolutions frivoles de la terre. Tel sera le dénoûment redoutable qui nous développera enfin les mystères de la Providence sur les diverses destinées des enfants d'Adam, et qui justifiera sa conduite d?ins le gouvernement de Tunivers. Cette vie n*est donc qu'un instant rapide, et le commencement d'un avenir éternel. Des tourments qui ne finiront plus , ou les délices d'une féli-
cité immortelle, partageront enlin le sort de tous les hommes; et F une de ces deux destinées doit être la nôtre.
Cependant l'image de ce grand spectacle, qui avoit pu autrefois effrayer la férocité des tyrans, ébranler la fermeté des philosophes, troubler la mollesse et la volupté des césars, adoucir les peuples les plus barbares, former tant de martyrs, peupler les déserts, et soumettre tout l'univers au joug de la croix; cette image si effrayante n'est presque plus destinée aujourd'hui qu'à alarmer la timidité du simple peuple ; ces grands objets sont devenus des peintures vulgaires qu'on n'ose presque plus exposer à la fausse délicatesse des puissants et des sages du monde ; et tout le fruit que nous retirons d'ordinaire de ces sortes de discours , c'est de faire demander au sortir de là si tout se passera comme nous l'avons dit.
Car, mes frères , nous vivons dans des temps où la foi de plusieurs a fait naufrage ; où une affreuse philosophie, comme un venin mortel , se répand en secret et entreprend de justifier les abominations et les vices contre la foi des peines et des récompenses futures. Cette plaie a passé des palais des grands jusque dans le peuple; et partout la piété des justes est blessée par les discours de l'irréligion et les maximes du libertinage.
Et certes, mes frères, je ne suis pas surpris que des hommes dissolus doutent d'un avenir, et tachent de combattre ou d'affoiblir une vérité si capable de troubler leurs voluptés criminelles. Il est affreux d'attendre un malheur étemeh Le monde n'a point de plaisir à l'épreuve d'une pensée si funeste : aussi le monde a de tout temps essayé de l'effacer du cœur et de l'esprit des hommes; il sent bien que la foi d'un avenir est un frein incommode aux passions humaines, et qu'il ne réussira jamais à faire des
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voluptueux tranquilles et déterminés, qu'il n'en ait fait auparavant des incrédules.
Otons donc, mes frères, à la corruption du cœur humain un appui si monstrueux et si fragile ; prouvons aux âmes dissolues qu elles survivront à leurs désordres; que tout ne meurt pas avec le corps ; que cette vie finira leurs crimes , mais non pas leurs malheurs ; et pour mieux confondre rimpiét^, attaquons-la dans les vains prétextes sur lesquels elle s* appuie.
Premièrement, qui sait, nous dit Timpie, si tout ne meurt pas avec nous? Cette autre vie dont on nous parle, est-elle bien sûre? Qui en est revenu pour nous dire ce qui s'y passe?
Secondement, est-il digne de la grandeur de Dieu, disent-ils encore , de s'abaisser à ce qui se passe parmi les hommes? Que lui importe que des vers de terre comme nous s'égorgent, se trompent, se déchirent, vivent dans les plaisirs ou dans la tempérance? n'est-ce pas un orgueil à l'homme de croire qu'un Dieu si grand s'occupe de lui?
Enfin , quelle apparence , ajoutent-ils , que Dieu ayant fait naître l'homme tel qu'il est, il punisse comme des crimes des penchants de plaisir que nous trouvons en nous, et que la nature nous a donnés? Voilà toute la philosophie des âmes voluptueuses! l'incertitude d'un avenir, la grandeur de Dieu qu'une vile créature ne peut offenser; la foiblesse née avec l'homme, et à qui il seroit injuste d'en faire un crime.
Prouvons donc d'abord, contre l'incertitude des impies, (jue la vérité d'un avenir est justifiée par les plus pures lumières de la raison ; en second lieu , contre l'idée indigne qu'ils se forment de la grandeur de Dieu , que cette vérité est justifiée par sa sagesse et par sa gloire ; enfin , contre
le prétexte tiré de la foiblesse de T homme, qu'elle est justifiée par le jugement même de sa propre conscience. La certitude d'un avenir, la nécessité d'un avenir, le sentiment secret d'un avenir : voilà tout mon discours.
0 Dieu ! ne regardez pas l'outrage que les blasphèmes de l'impiété font à votre gloire; regardez seulement et voyez de quoi la raison que vous n'éclairez plus est capable. Reconnoissez dans les égarements monstrueux de l'esprit humain toute la sévérité de votre justice, lorsqu'elle l'abandonne; afin que plus j'exposerai ici les blasphèmes insensés de l'impie , plus il devienne à vos yeux un objet digne de votre pitié et des richesses de votre miséricorde.
Ai^e Maria.