‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 52 sur 74 · Pour quand. Voir notre Lexique de Corneille · texte numérisé non relu

Pour quand. Voir notre Lexique de Corneille

SUR LA PAROLE DE DIEU. î93

mêmes. Et c'est ainsi , ô mon Dieu ! que les hommes corrompus abusent de tout , et que la lumière môme de la vérité ferme leurs yeux sur leurs propres égarements , et ne les ouvre que pour voir dans les autres , ou ce qui n'est pas, ou ce qu elle auroit dû leur cacher!

Tels sont les devoirs qu'exige de vous l'autorité de la parole sainte : venons à ceux qui sont attachés à sa fin. Sa fin, mes frères, vous le savez, c'est la conversion des cœurs, l'établissement de la vérité, la destruction de l'erreur et du péché, la sanctification du nom de Jésus- Christ; tout y est grand, tout y est sérieux, tout y est digne de la plus sublime fonction de la hiérarchie : et de là il est aisé de conclure que vous devez nous écouter avec un esprit de respect religieux qui ne méprise pas la simplicité de nos discours, et avec un esprit de foi qui n*y cherche rien d'humain, rien de frivole, rien qui ne réponde à l'excellence et à la dignité de sa fin.

Je dis un esprit de respect religieux qui ne méprise pas la simplicité de nos discours : car, quelque éclairé que vous soyez d'ailleurs, vous ne devez pas vous faire de vos prétendues lumières un titre pour négliger les instructions que l'Église donne aux fidèles. Augustin, déjà si célèbre à Milan par ses talents et par son éloquence , ne dédaignoit pas d'assister assidûment aux instructions publiques du grand Ambroise. L'onction de l'esprit vous apprendra toujours ici ce que vous ignorez peut-être encore. Si vous avez la science qui enfle, vous vous affermirez dans la charité qui édifie. Si votre esprit n'y apprend rien de nouveau, votre cœur y sentira peut-être des choses nouvelles; vous y apprendrez du moins que votre savoir n'est rien , si vous ignorez la science du salut ; que vous n'êtes qu'une nuée sans eau , élevé à la vérité par vos talents et par vos con-

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noissances sur le reste des hommes, mais vide de grâce et le jouet des vents et des passions devant Dieu; et qu'enfin une âme simple et pure apprenlra tout en un instant dans le sein de Dieu, et sera transformée de clarté en clarté; au lieu que vous, après une vie entière de veilles et de travail, et un amas inutile de connoissances et de lumières , n'aurez peut-être pour, partage que les ténèbres éternelles.

Quel abus, mes frères , de se bannir de ces assemblées saintes, sous prétexte qu'on en sait assez, et peut-être aussi qu'on est assez instruit des devoirs de la piété dont on fait profession depuis longtemps ; et que des lectures chrétiennes et un peu de réflexion dans la retraite mènent plus loin et sont plus utiles que tous nos discours! Mais, mon cher auditeur, si vous faites profession de la piété et de la justice, quelle plus douce consolation pouvez-vous avoir, que d'entendre publier les merveilles du Seigneur, les ordonnances de sa loi sainte, des vérités que vous aimez , que vous pratiquez , et dont vous devez souhaiter que la connoissance soit donnée à tous les hommes? Quel spectacle plus consolant pour vous, que de voir vos frères assemblés ici au pied de l'autel, attentifs à la parole de ta vie , éloignés des spectacles du monde et des occasions du péché, formant de saints désirs, ouvrant leurs cœurs à la voix de Dieu, concevant peut-être les prémices de l'Esprit- Saint et les commencements de leur pénitence, et de pouvoir vous nnir à eux pour obtenir du Père des miséricordes qu'il achève dans leur âme l'ouvrage du salut qu'il a commencé d'y opérer?

Ce n'est pas que la méditation des divines Écritures ne fournisse à la piété chrétienne des ressources consolantes. Mais le Seigneur attache à la vertu de notre ministère et à

la vocation légitime des grâces que vous ne trouverez pas ailleurs. Les vérités les plus simples dans la bouche des pasteurs, ou de ceux qui vous parlent à leur place, tirent de la grâce de leur mission une force qu elles n'ont pas toutes seules; et le même livre dlsaîe, qui, lu dans un char par cet officier de la reine d'Ethiopie , étoit pour lui un livre fermé, et amusoitson loisir sans éclairer sa foi, développé par Philippe, devint à l'instant pour lui une parole de vie et de salut. Et enfin, vous devez cet exemple à vos frères, cette édification à l'Église, ce respect à la parole de Jésus- Christ, cette uniformité à l'esprit de paix et d'unité qui nous lie. Eh ! bannissez-vous , à la bonne heure , de ces assemblées profanes et criminelles , où la piété est toujours gémissante, étrangère, contrainte; mais c'est ici sa place : c'est l'assemblée des saints, puisque ce n'est que pour les former que notre ministère a été établi, et se perpétue' encore dans l'Église.

J'ai dit en second lieu, un esprit de foi ; et cette disposition en renferme deux : un amour pour la parole sainte indépendant des talents de l'homme qui vous l'annonce; un goût formé par la religion, qui ne vienne pas y chercher de vains ornements , mais les vérités solides du salut, c'est-à-dire, ne l'écouter ni avec un esprit de censure, ni avec un esprit de curiosité.

Et en effet, votre amour pour la parole de Jésus-Christ doit vous aveugler, pour ainsi dire, sur les défauts de ceux qui vous l'annoncent ; vous devez la trouver belle , divine, digne de tous vos hommages dans une bouche même impolie et grossière. Sous quelque couleur qu'on vous la présente, revêtue d'ornements pompeux, ou simple et négligée, pourvu que vous en reconnoissiez racore les traits célestes, elle a les mêmes droits sur votre cœur«

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Et certes perd -elle quelque chose de sa sainteté poui* passer par des canaux moins brillants et moins riches? Que le Seigneur parlât autrefois à travers un buisson vil ei méprisable aux yeux, ou sur une nuée de gloire; qu'il rendît ses oracles au milieu du désert et dans un tabernacle couvert de peaux d'animaux, ou dans le temple de Salomon le plus magnifique qui ait jamais été élevé à la gloire de son nom, sa parole sainte y perdoit-elle quelque chose de sa dignité? et comme c étoit le même Seigneur qui parloit partout, la foi d'Israël y faisoit-elle quelque différence?

Cependant, parmi tous ceux qui nous écoutent, il en est peu aujourd'hui qui ne s'érigent en juges et en censeurs de la parole sainte. On ne vient ici que pour décider du mérite de ceux qui l'annoncent, pour faire des parallèles insensés , pour prononcer sur la différence, des jours et des instructions ; on se fait honneur d'être difficile ; on passe sans attention sur les vérités les plus étonnantes, et qui seroient d'un plus grand usage pour soi: et tout le fruit que l'on retire d'un discours chrétien se borne à en avoir mieux remarqué les défauts que tout autre : de sorte qu'on peut appliquer à la plupart de nos auditeurs ce que Joseph, devenu le sauveur de l'Egypte, disoit par pure feinte à ses frères : Ce n'est pas poui' chercher le froment et la nourriture que vous êtes venus ici , c'est comme des espions qui venez remarquer les endroits foibles de cette contrée : Exploratores esiis; ui videatis infirmiora terrœ , venistis (Gen., xliï, 9). Ce n'est pas pour vous nourrir du pain de la parole, et chercher des secours et des remèdes utiles à vos maux, que vous venez nous .écouter; c'est pour trouver où placer quelques vaines censures, et vous faire honneur de nos

défauts, qui sont peut-être une punition terrible de Dieu sur vous, lequel refuse à vos crimes des ouvriers plus accomplis et qui auroient pu vous rappeler, à la pénitence : Exploratores extis, ut rideatis infinniora terrtt., renistis.

Mais de bonne foi , mes frères , quelque foible que soit notre langage , n'en disons-nous pas toujours assez pour vous confondre , pour dissiper vos erreurs et pour vous faire convenir en secret des égarements que vous ne pouvez vous justifier à vous-mêmes? Faut-il des talents si sublimes pour vous dire que les fornicateurs , les avares , et les hommes sans miséricorde , n'entreront jamais dans le royaume de Dieu; que, si vous ne faites pénitence, vous périrez; et qu'il ne sert de rien d'être possesseur du monde entier, si l'on vient à perdre son âme? n'est-ce pas la simplicité même qui fait toute la force de ces divines vérités? et dans la bouche du plus obscur de tous les ministres seroient-elles moins effrayantes?

Et d'ailleurs, s'ilétoit permis de nous recommander ici nous-mêmes, comme le disoit autrefois l'Apôtre à des fidèles ingrats, plus attentifs à censuret- la simplicité de son extérieur et de son langage, et sa figure méprisable, comme il dit lui-même, aux yeux des hommes, que touchés des fatigues et des périls infinis qu'il avoit essuyés pour leur annoncer l'Évangile et les convertir à la foi; s'il étoit permis, nous vous dirions : Mes frères, nous soutenons pour vous tout le poids d'un ministère pénible; nos soins, nos veilles, nos prières, les travaux infiniâ qui nous conduisent à ces chaires chrétiennes n'ont point d'autre objet que votre salut : eh ! ne méritons-nous pas du moins que vous respectiez nos peines ? le zèle qui souffre tout pour vous assurer le salut peut-il jamais devenir le triste

objet de vos dérisions et de vos censures? Demandez à Dieu , à la bonne heure , pour la gloire de l'Église et pour rhonneur de son Évangile, qu'il suscite à son peuple des ouvriers puissants en parole; de ces hommes que ronction seule de Tesprit de Dieu rend éloquents, et qui annoncent rÉvangile d'une manière digne de son élévation et de sa sainteté. Mais quand nous y manquons, que votre foi supplée à nos discours ; que votre piété rende à la vérité dans vos cœurs ce qu'elle perd dans notre bouche, et, par vos dégoûts injustes, n'obligez pas les ministres de l'Évangile à recourir, pour vous plaire , aux vains artifices d'une éloquence humaine, à briller plutôt qu'à instruire, et à descendre chez les Philistins, comme autrefois les Israélites, pour aiguiser leurs instruments destinés à cultiver la teiTe ; je veux dire, à chercher dans les sciences profanes, ou dans le langage d'un monde ennemi, des ornements étrangers pour embellir la simplicité de l'Évangile , et donner aux instruments et aux talents destinés à faire croître et fructifier la semence sainte , un brillant et une subtilité qui en émousse la force et la vertu et qui met un faux éclat à la place du zèle et de la vérité : Descendebat ergo omnis Israël ad Philisthiim , ut exacueret unusquisque i^omerem sHurriy et ligonem (I Reg., xiii, 20).

Et voilà , mes frères , le dernier défaut opposé à cet

esprit de foi, un esprit de curiosité. Vous ne distinguez pas assez la sainte gravité de notre ministère , de cet art vain et frivole , qui ne se propose que l'arrangement du discours et la gloire de l'éloquence ; vous n'assistez à nos discours que comme autrefois Augustin , encore pécheur, assistoit à ceux d'Ambroise. Ce n'étoit pas, dit cet illustre pénitent, pour y apprendre de la bouche de l'homme de Dieu les secrets de la vie éternelle, que je cherchois depuis

si longtemps, ni pour y trouver des remèdes aux plaies honteuses et invétérées de mon âme , que vous seul connoissiez, ô mon Dieu! c'étoit pour examiner si son éloquence répondoit à sa grande réputation , et si ses discours soutenoient les applaudissements que lui donnoit tout son peuple. Les vérités qu'il annonçoit ne m'intéressoient point; je n'étois touché que de la beauté et de la douceur du discours : Renan auteni inmriosus et contemptor adslabaniy et delectabar snavitate sennonis (Coxf., lib. V, cap. xïii).

Et telle est encore aujourd'hui la situation déplorable d'une infînité de fidèles qui nous écoutent, lesquels chargés de crimes comme Augustin , liés comme lui des passions les plus honteuses, loin de venir chercher ici des remèdes à leurs maux, viennent y chercher de vains ornements qui amusent les malades sans les guérir, qui font que nous plaisons au pécheur, mais qui ne font pas que le pécheur se déplaise à lui-même. Us viennent, ce semble , nous dire ce que les habitants de Babylone disoient autrefois aux Israélites captifs : Chantez-nous les cantiques de Sion : Ilymnum cantate nobis de canticis Sion (Ps. cxxxvi, S). Ils viennent chercher l'harmonie et l'agrément dans les vérités sérieuses de la morale de Jésus-Christ, dans les soupirs de la triste Sion étrangère et captive, et veulent que nous pensions à flatter l'oreille en publiant les menaces et les maximes sévères de l'Évangile : Ilymnum cantate nobis de canticis Sion.

0 vous! qui m'écoutez, et que ce discours regarde, rentrez un moment en vous-mêmes; votre sort est comme déploré aux yeux de Dieu; vos plaies invétérées ne laissent presque plus d'espoir de guérison; vos maux pressent, le temps est court; Dieu, lassé de vous souffrir depuis si

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longtemps, va enfin vous frapper et vous surprendre : voilà les malheurs éternels que nous vous prédisons, et qui arrivent tous les jours à vos semblables. Vous n'êtes pas loin de F accomplissement; nous vous montrons le glaive terrible du Seigneur suspendu sur votre tète et prêt à tomber sur vous ; et loin de frémir sur les suites de votre destinée et prendre des mesures pour vous dérober au glaive qui vous menace , vous vous amusez à examiner s'il brille et s'il a de l'éclat, et vous cherchez dans les terreurs mêmes de la prédiction les beautés puériles d'une vaine éloquence. Grand Dieu! que le pécheur paroît méprisable et digne de risée, quand on l'envisage dans votre lumière !

Car, mes frères , sommes -nous donc ici sur une tribune profane pour ménager avec des paroles artificieuses les suffrages d'une assemblée oisive; ou dans la chaire chrétienne et à la place de Jésus-Christ, pour vous instruire, pour vous reprendre , pour vous sanctifier au nom et sous les yeux de celui qui nous envoie? Est-ce ici une dispute de gloire, un exercice d'esprit et d'oisiveté, ouïe plus saint et le plus important ministère de la foi ? Eh I pourquoi venez-vous vous arrêter à nos foibles talents et chercher des qualités humaines où Dieu seul parle et agit? Les instruments les plus vils ne sont-ils pas quelquefois les plus propres à la puissance de sa grâce? Les murs de . Jéricho ne tombent-ils pas, quand il lui plaît, au bruit des plus fragiles trompettes? Eh! que nous importe de vous plaire , si nous ne vous changeons pas? que nous sert d'être éloquents, si vous êtes toujours pécheurs? quel fruit nous revient -il de vos louanges, si vous n'en retirez vous-mêmes aucun de nos instructions? Notre gloire, c'est l'établissement du règne de Dieu dans vos cœurs:

VOS larmes toutes seules, bien mieux que* vos applaudissements, peuvent faire notre éloge; et nous ne voulons point d'autre couronne que vous-mêmes et votre salut éternel.

Ainsi soit'iL

1. Cette phrase D*est pas suffisamment correcte : toutes seules exclut ridée de comparaison qu'exprime bien mieux.

SERMON

POUR

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