‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 60 sur 74 · A> servent plus qu'au luxe. Emploi a«*!M»z particiiliiT · texte numérisé non relu

A> servent plus qu'au luxe. Emploi a«*!M»z particiiliiT

362 SERMONS DE MÀSSILLON.

sans tache les Daniel et les Esther au milieu même d'une cour infidèle, devient bientôt le triste jouet de toutes les cupidités humaines et ne connoit plus d'autre maître qu'un maître mortel et d'autre divinité que la fortune. De là l'homme de guerre environné de tous les périls de son état , sans les secours de cette sagesse , de cette foi courageuse , qui seule a pu sanctifier les Josué , les Gédéon , les David et tous les conquérants chrétiens au milreu de la licence des armes, ne se défend pas longtemps contre des dérèglements dont il porte déjà toutes les dispositions dans son cœur. De là le ministre de Jésus-Christ, destiné à être le sel de la terre et à guérir la corruption des peuples, en est bientôt lui-même infecté , parce qu'il n'a pas reçu cette vertu sacerdotale qui sanctifie tout et que rien ne peut souiller. De là enfin le solitaire , ou la vierge consacrée à Jésus-Christ, s' étant chargés d'un fardeau pesant et n'ayant pas reçu l'onction sainte qui l'adoucit , traînent indolemment et même avec murmure le joug, loin de le porter avec allégresse ; rendent au monde un cœur qu'ils n'avoient jamais' bien donné au Seigneur; cachent sous les dehors de la mortification mille désirs profanes; retrouvent dans le silence de la retraite les images dangereuses des plaisirs, miUe fois plus à craindre pour le cœur que les plaisirs mêmes ; aiment ce qu'ils ne peuvent plus posséder; tombent loin des périls, et d'un lieu de sûreté se font une occasion de chute.

Voilà , mes frères , la source de la dépravation de tous les états , Ip défaut de vocation ; et de cette dépravation, et de ce défaut de vocation , quelles suites irréparables ! dernière raison pourquoi la méprise dans le choix d'un état de vie est si fort à craindre. Car je ne vous dis pas que, n'étant point dans la voie qui doit vous conduire au

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salut, plus vous marchez, plus vous vous égai*ez, et que ce n'est pas ainsi qu'on arrive; je ne vous dis pas que le défaut de votre vocation est une de ces fautes sur lesquelles on n'a presque jamais de remords ; que loin de la réparer, parmi tant de personnes qui font tous les jours des choix téméraires, vous n'en voyez pas une seule qui s'avise même d'entrer là-dessus en scrupule; mais je vous dis : Comprenez-vous les suites irréparables d'une vocation illégitime? Si vous êtes homme public, l'usage injuste de votre autorité, tous les maux que vous faites et tous les biens que vous ne faites pas : les peuples défendus , édifiés par un autre que le Seigneur eût mis à votre place, opprimés, scandalisés sous votre ministère; les abus autorisés , les desseins utiles méprisés ; réparez , si vous le pouvez , ces désordres que vous ne sauriez même connoître, et que votre exemple perpétuera peut-être jusqu'aux derniers âges de la monarchie.

Si vous êtes intrus dans le lieu saint, les instructions, ou négligées, ou rendues inutiles par les exemples ; les lois avilies et sans vigueur par l'afibiblissement et les transgressions du législateur; les ministres autorisés dans leurs prévarications par l'infidélité du pasteur principal ; les 'pécheurs confirmés dans le crime; les foibles sans secours, les justes sans consolation , les sacrements sans fruit , les prières de l'Église sans utilité , le ministère sans respect et sans dignité; toutes les sources de la grâce fermées aux fidèles par la corruption de ceux qui doivent les répandre et en être les canaux sacrés; la perte de tant d'âmes qui eussent trouvé, dans le zèle et dans la piété d'un ministre fidèle, la grâce et le salut. Sondez , si vous le pouvez, cet abîme ; et trouvez-y, si vous le pouvez encore, une ressource.

Si vous êtes entré dans une maison sainte, vos mœurs

devenues un modèle de relâchement; la piété aflbiblie dans vos frères par vos exemples , leur vocation ébranlée par vos dégoûts, leur docilité révoltée par vos murmures: les maximes du monde introduites dans le lieu saint par vos discours; la tiédeur et le désordre perpétués après votre mort par le seul souvenir de votre vie.

Voilà, vous, mes frères, qui inspirez à des enfants infortunés des vocations injustes, les suites affreuses et les crimes infinis dont ce seul crime vous rend coupables devant Dieu. Aussi vous pouvez réparer, en affligeant votre chair, vos voluptés criminelles; vos injustices, par vos largesses; vos scandales, par des exemples de vertu; vos haines et vos vengeances, par des actions de charité et de miséricorde : mais versez des torrents de larmes; dédommagerez-vous jamais Jésus-Christ de la perte d'une infinité d'âmes qui auront trouvé l'écueil de leur salut dans le dérèglement, dans l'ignorance, dans le défaut de talents d'un ministre que votre cupidité, et non la vocation du ciel, avoit élevé aux premières dignités de l'Église? Mais distribuez tout votre bien aux pauvres ; remplacerezvous jamais les maux qu'une vierge folle et mondaine, que votre crédit seul aura placée à la tête des épouses de Jésus-Christ, fera dans la maison de Dieu, les relâchements qu'elle y portera, les âmes qu'elle y séduira, les grâces qu'elle y anéantira , les biens qu'elle y empêchera, les passions qu'elle y introduira, les obstacles qu'elle y mettra pour toujours au renouvellement de l'esprit primitif et au rétablissement des règles saintes? Ah! votre repentir et vos larmes n'effaceront jamais des crimes qu'elles* ne sauroient plus réparer; ou, pour parler plus

i. L'édition Didot met : qu'Us, contrairement au texte briginal et au bon K"ût.

exactement, vous ne vous en repentirez jamais, et les larmes, pour les pleurer, ne vous seront jamais accordées.

Mais si les suites de cette méprise sont irréparables , mon cher auditeur, pour des parents ambitieux qui vous Tout inspirée, elles ne le sont pas moins pour vous, qui avez eu le malheur de vous méprendre ; car je suppose même que vous en êtes touché de repentir : quels remèdes vous prescrire ? quelles mesures prendre? Vous êtes revêtu d'une dignité sainte, faut- il découvrir votre ignominie en vous en dépouillant? faut-il dissimuler l'ignominie de l'Église en vous y souffrant? faut-il vous arracher de l'autel, où vous avez paru devant l'assemblée des fidèles? faut-il vous y laisser contre l'ordre de Dieu , qui vous en rejette ? et d'ailleurs votre repentir sera-t-il même assez héroïque pour en venir à ces dépouillements d'éclat , à ces démarches extraordinaires , sans lesquels pourtant il n'est point de salut pour vous? Vous êtes entré dans des engagements, ou de mariage ou de religion, d'où il n'est plus en votre pouvoir de sortir; êtes-vous obligé à l'impossible pour vous sauver? mais , d'un autre côté , vous sauverez-vous dans un état qui, n'étant pas le vôtre, ne sauroit être la voie de votre salut ?

0 mon Dieu! vous qui tenez entre vos mains les destinées des hommes , quelles ressources inconnues peut-il rester à votre grâce pour ces âmes infortunées ; et votre puissance elle-même peut-elle empêcher qu'elles ne périssent? Oui, mes frères, et c'est une vérité de la foi, quelle que puisse être la situation de la créature, son sort n'est jamais désespéré sur la terre; il n'est point d'état où la pénitence ne soit possible; le Seigneur n'est pas tellement assujetti aux lois de sa justice qu'un excès de

miséricorde ne puisse en tempérer la rigueur, et quoique la loi déclarât coupables de mort ceux qui entroient dans la chambre d*Assuérus sans y être appelés , il restoit encore néanmoins une ressource aux téméraires qui l'avoient violée , et le grand roi pouvoit encore étendre sur eux le sceptre de sa douceur et de sa clémence. Mais que ces grâces étoient rares ! une Estber toute seule en a été favorisée; et qu'on est â plaindre, si, condamné & périr par la loi commune, tout l'espoir du salut ne roule plus que sur l'incertitude d'une exception dont un siècle entier fournit à peine un exemple !

Ce n'est pas que je veuille ici jeter de vaines alarmes dans les consciences; la vérité ne trouble que pour instruire et pour consoler. Ainsi , mon cher auditeur, si vous n'avez pas encore fait ce choix important, éviter ces écueils; priez beaucoup; consultez vos talents, vos inclinations, vos forces, vos foiblesses, les intérêts de votre salut ; bannissez toutes vues humaines ; attirez sur vous la grâce d'un bon choix par l'innocence de votre vie; tournez de ce côté-là toutes vos attentions, et mettez tellement le Seigneur dans les intérêts de votre sort qu'il ne le laisse jamais entre vos mains. Si le choix est déjà fait et que vous doutiez si les motifs humains n'y ont pas eu plus de part que les vues de la grâce, rendez votre vocation certaine par vos bonnes oeuvres ; comprenez que la fidélité aux devoirs de votre état est la plus sûre marque que vous y êtes appelé ; remédiez à ce qui dépend de vous; faites- vous des remords utiles; changez cette tiédeur dangereuse où vous vîVez en une sainte vivacité , cette vie toute naturelle en une vie de la foi , ces négligences coupables en des attentions religieuses, ce mépris de vos obligations en une fidélité qui vous fasse respec-

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ter ce que vous devez aimer, et ne vous calmez jamais sur la vérité de votre vocation, que lorsque vous en accomplirez tous les devoirs.

Mais s'il est clair que le Seigneur n'ait point du tout présrdé à votre choix, si Timprudence, le respect humain, les passions seules vous ont formé un état de vie , votre sort est à plaindre, je l'avoue; mais il n'est pas désespéré : vous êtes loin du royaume des cieux, il est vrai, mais vous pouvez encore y prétendre ; tandis* qu'on peut se repentir, on peut encore espérer. Dieu peut accorder à la douleur d'un choix injuste les grâces qu'il auroit accordées à un choix légitime ; vous n'êtes pas extérieurement dans son ordre, mais le cœur y est toujours quand il se donne à lui; vous occupez une place qu'il ne vous avoit pas destinée, mais une foi vive, mais un amour ardent, mais un repentir sincère, sanctifient tous les états, et on est toujours à sa place, quand on sert et qu^on aime le Seigneur. Vous vous êtes exposé sur une mer orageuse contre son ordre, comme le prophète Jonas; vous y êtes tombé comme lui au fond de l'abîme : il vous reste encore une ressource; élevez votre voix comme lui vers le Seigneur, lorsqu'il se vit enseveli dans le sein du monstre, et dites-lui : Seigneur, quoiqu'un choix injuste m'ait soustrait à la main adorable cpii devoit me conduire, je crie encore vers vous du sein de l'abîme que vous avez ouvert pour me dévorer : De ventre inferi clamavi (JoN., II, 3 et seq.). Il est vrai que rien ne peut égaler l'extrémité du danger où je me trouve; un monstre énorme me tient captif et m'environne de toutes parts : Abyssus tallavit me. La profondeur des eaux, comme

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