DEUXIEME PARTIE
Peu de gens se sauvent, parce que les maximes les plus universellement reçues dans tous les états, et sur lesquelles roulent les mœurs de la multitude, sont des maximes incompatibles avec le salut : sur l'usage des biens, sur l'amour de la gloire, sur la modération chrétienne, sur les devoirs des charges et des conditions , sur le détail des œuvres prescrites, les règles reçues, approuvées, au-
torisées dans le inonde , contredisent celles de TÉvangile ; et dès là elles ne peuvent que conduire à la mort.
Je n'entrerai pas ici dans un détail trop vaste pour un discours et trop peu sérieux même pour la chaire chrétienne. Je ne vous dis pas que c'est un usage établi dans le monde, qu'on peut mesurer sa dépense sur son bien et sur son rang , et que, pourvu que ce soit du patrimoine de ses pères, on peut s'en faire honneur, ne mettre point des bornes à son luxe , et ne consulter dans ses profusions que son orgueil et ses caprices. Mais la modération chrétienne a ses règles; mais vous n'êtes pas le maître absolu de vos biens, et tandis surtout que mille malheureux souffrent, tout ce que vous employez au delà des besoins et des bienséances de votre état est une inhumanité et un vol que vous faites aux pauvres. Ce sont là , dit-on , des raffinements de dévotion, et en matière de dépense et de profusion, rien n'est blâmable et excessif, selon le monde, que ce qui peut aboutir à déranger la fortune et altérer les affaires.
Je ne vous dis pas que c'est un usage reçu, que l'ordre de la naissance ou les intérêts de la fortune décident toujours de nos destinées et règlent le choix du siècle ou de l'Église, de la retraite ou du mariage. Mais la vocation du ciel, ô mon Dieu! prend-elle sa source dans les lois humaines d'une naissance charnelle? On ne peut pas tout établir dans le monde , et il seroit triste de voir prendre à des enfants des partis peu dignes de leur rang et de leur naissance.
Je ne vous dis pas que l'usage veut .que les jeunes personnes du sexe, qu'on élève pour le monde, soient instruites de bonne heure de tous les arts propres à réussir et à plaire , et exercées avec soin dans une science
funeste, sur laquelle nos cœurs ne naissent que trop instruits. Mais T éducation chrétienne est une éducation de retraite, de pudeur, de modestie, de haine du monde. On a beau dire, il faut vivre comme on vit; et des mères, d'ailleurs chrétiennes et timorées, ne s'avisent pas même d'entrer en scrupule sur cet article.
Ainsi vous êtes jeune encore; c'est la saison des plaisirs : il ne seroit pas juste de vous interdire à cet âge ce que tous les autres se sont permis; des années plus mûres amèneront des mœurs plus sérieuses.
Vous êtes né avec un nom ; il faut parvenir à force d'intrigues, de bassesses, de dépense; faire votre idole de votre fortune : l'ambition, si condamnée par les règles de la foi, n'est plus qu'un sentiment digne de votre nom et de votre naissance.
Vous êtes d'un sexe et d'un rang qui vous met dans les bienséances du monde ; vous ne pouvez pas vous faire des mœurs à part; il faut vous trouver aux réjouissances publiques, aux lieux où celles de votre rang et de votre âge s'assemblent, être des mêmes plaisirs, passer les jours dans les mêmes inutilités , vous exposer aux mêmes périls : ce sont des manières reçues , et vous n'êtes pas pour les réformer. Voilà la doctrine du monde.
Or, souffrez que je vous demande ici : qui vous rassure dans ces voies? quelle est la règle qui les justifie dans votre esprit? qui vous autorise, vous, à ce faste, qui ne convient ni au titre que vous avez reçu dans votre baptême , ni peut-être à ceux que vous tenez de vos ancêtres? vous , à ces plaisirs publics , que vous ne croyez innocents que parce que votre âme , trop familiarisée avec le crime, n'en sent plus les dangereuses impressions? vous, à ce jeu éternel, qui est devenu la plus importante occupation
de votre vie? vous, à vous dispenser de toutes les lois de rÉglise, à mener une vie molle, sensuelle, sans vertu, sans souffrance , sans aucun exercice pénible de religion ? vous, à solliciter le poids formidable des honneurs du sanctuaire , qu'il suffit d'avoir désiré pour en être indigne devant Dieu? vous, à vivre comme étranger au milieu de votre propre maison ; à ne pas daigner vous informer des mœurs de ce peuple de domestiques qui dépend de vous; à ignorer par grandeur s'ils croient au Dieu que vous adorez et s'ils remplissent les devoirs de la religion que vous professez? qui vous autorise à des maximes si peu chrétiennes? est-ce l'Évangile de Jésus-Christ? est-ce la doctrine des saints? sont-ce les lois de l'Église? car il faut une règle pour être en sûreté ; quelle est la vôtre ? l'usage ; voilà tout ce que vous avez à nous opposer ; on ne voit personne autour de soi qui ne se conduise sur les mêmes règles; entrant dans le monde, on y a trouvé ces mœurs établies i nos pères avoient ainsi vécu, et c'est d'eux que nous les tenons; les plus sensés du siècle s'y conforment; on n'est pas plus sage tout seul que tous les hommes ensemble; il faut s'en tenir à ce qui s'est toujours pratiqué et ne vouloir pas être tout seul de son côté. Voilà ce qui vous rassure contre toutes les terreurs de la religion; personne ne remonte jusqu'à la loi; l'exemple public est le seul garant de nos mœurs; on ne fait pas attention que les lois des peuples sont vaines, comme dit l'Esprit-Saint : Quia leges populorum vanœ sunt (Jérém., X, 3); que Jésus-Christ nous a laissé des règles auxquelles ni les temps, ni les siècles, ni les mœura ne sauroient jamais rien changer; que le ciel et la terre passeront, que les mœurs et les usages changeront, mais que ces règles divines seront toujours les mêmes.
38G SEUMONS DE MASSILLOiN.
On se contente de regarder autour de soi; on ne pense pas que ce qu'on appelle aujourd'hui usage étoient des singularités monstrueuses avant que les mœurs des chrétiens eussent dégénéré, et que si la corruption a depuis gagné, les dérèglements, pour avoir perdu leur singularité , n'ont pas pour cela perdu leur malice ; on ne voit pas que nous serons jugés sur l'Évangile, et non sur l'usage ; sur les exemples des saints, et non sur les opinions des hommes; que les coutumes qui ne se sont établies parmi les fidèles qu'avec l'affolblissement de la foi sont des abus dont il faut gémir, et non des modèles à suivre; qu'en changeant les mœurs, elles n'ont pas changé les devoirs ; que l'exemple commun qui les autorise prouve seulement que la vertu est rare, mais non pas que le désordre est permis; en un mot, que la piété et la vie chrétienne sont trop amères à la nature pour être jamais le parti du plus grand nombre.
Venez nous dire maintenant que vous ne faites que ce que font tous les autres; c'est justement pour cela que vous vous damnez. Quoi ! le plus terrible préjugé de votre condamnation deviendroit le seul motif de votre confiance ? Quelle est dans l'Écriture la voie qui conduit à la mort? n'est-ce pas celle où marche le grand nombre? Quel est le parti des réprouvés? n'est-ce pas la multitude? Vous ne faites que ce que font les autres? mais ainsi périrent, du temps de Noé, tous ceux qui furent ensevelis sous les eaux du déluge; du temps de Nabuchodonosor, tous ceux qui se prosternèrent devant la statue du sacrilège; du temps d'Élie, tous ceux qui fléchirent le genou devant Baal; du temps d'Éléazar, tous ceux qui abandonnèrent la loi de leurs pères. Vous ne faites que ce que font les autres? mais c'est ce que l'Ecriture vous défend :
\e vous confonnez point à ce sihle corrompu (Rom., XII, 2), nous dit-elle; or, le siècle corrompu n'est pas le petit nombre de justes que vous n'imitez point; c'est la multitude que vous suivez. Vous ne faites que ce que font les autres? vous aurez donc le même sort qu'eux. Or, malheur à toi, s'écrioit autrefois saint Augustin, torrent fatal des coutumes humaines! ne suspendras-tu jamais ton cours? entraîneras- tu jusqu'à la fin les enfants d'Adam dans l'abîme immense et terrible ? Vœ tibiy flumen morts humanil quousque volves Evœ filios in mare magnum et fortnidolosum? (S. Aug., Conf,^ liv. I, n. 6.)
Au lieu de se dire à soi-même : Quelles sont mes espérances? Il y a dans l'Église deux voies; l'une large, où passe presque tout le monde, et qui aboutit à la mort; l'autre étroite , où très-peu de gens entrent , et qui conduit à la vie : de quel côté suis-je ? mes mœurs, sont-ce les mœurs ordinaires de ceux de mon rang, de mon âge, de mon état ? suis-je avec le grand nombre ? Je ne suis donc pas dans la bonne voie; je me perds; le grand nombre dans chaque état n'est pas le parti de ceux qui se sauvent. Loin de raisonner de la sorte, on se dit à soi-même : Je ne suis pas de pire condition que les autres ; ceux de mon rang et de mon âge vivent ainsi ; pourquoi ne vivrois-je pas comme eux? Pourquoi, mon cher auditeur? Pour cela même : la vie commune ne sauroit être une vie chrétienne : les saints ont été dans tous les siècles des hommes singuliers; ils ont eu leurs mœurs à part, et ils n'ont été saints que parce qu'ils n'ont pas ressemblé au reste des hommes.
L'usage avoit prévalu au siècle d'Esdras qu'on s'alliât, malgré la défense, avec des femmes étrangères; l'abus étoit universel; les prêtres et le peuple n'en fiiisoient plus de scrupule. Mais que fit ce saint restaurateur
388 SERMONS Dli MASSILLON.
(le la loi? suivit-il l'exemple de ses frères? crut-il qu'une transgression commune fût devenue plus légitime? lien appela de l'abus à la règle; il prit le livre de la loi entre les mains, il l'expliqua au peuple consterné et corrigea l'usage par la vérité.
Suivez de siècle en siècle l'histoire des justes, et voyez si Loth se conformoit aux voies de Sodome, et si rien ne le distinguoit de ses citoyens; si Abraham vivoit comme ceux de son siècle; si Job étoit semblable aux autres princes de sa nation ; si Esther, dans la cour d'Assuérus, se conduisoit comme les autres femmes de ce prince; s'il y avoit beaucoup de veuves à Béthulie et dans Israël qui ressemblassent à Judith; si, parmi les enfants de la captivité , il n'est pas dit de Tobie seul qu'il n imitoit pas la conduite de ses frères et qu'il fuyoit même le danger de leur société et de leur commerce : voyez si dans ces siècles heureux , où les chrétiens étoient encore saints, ils ne brilloient pas comme des astres au milieu des nations corrompues, et s'ils ne servoient pas de spectacle aux anges et aux hommes par la singularité de leurs mœurs ; si les païens ne leur reprochoient pas leur retraite, leur éloignement des théâtres , des cirques et des autres plaisirs publics; s'ils ne se plaignoient pas que les chrétiens alTectoient de se distinguer sur toutes choses de leurs citoyens; déformer comme un peuple à part au milieu de leur peuple ; d'avoir leurs lois et leurs usages particuliers; et si, dès là qu'un homme avoit passé du côté des chrétiens, ils ne le comptoient pas comme un homme perdu pour leurs plaisirs, pour leurs assemblées et pour leurs coutumes: enfin, voyez si, dans tous les siècles, les saints dont la vie et les actions sont venues jusqu'à nous ont ressemblé au leste des hommes.
Vous nous direz peut-être que ce sont là des singularités et des exceptions plutôt que des règles que tout le inonde soit obligé de suivre : ce sont des exceptions, il est vrai; mais c'est que la règle générale est de se perdre; c'est qu'une âme fidèle au milieu du monde est toujours une singularité qui tient du prodige. Tout le monde, ditesvous, n'est pas obligé de suivre ces exemples : mais est-ce que la sainteté n'est pas la vocation générale de tous les saints? est-ce que pour être sauvé il ne faut pas être saint? est-ce que le ciel doit beaucoup coûter à quelquesuns et rien du tout aux autres ? est-ce que vous avez un autre Évangile à suivre, d'autres devoirs à remplir et d'autres promesses à espérer que les saints? Ah ! puisqu'il y avoit une voie plus commode pour arriver au salut, pieux fidèles qui jouissez dans le ciel d'un royaume que vous n'avez emporté que par la violence , et qui a été le prix de votre sang et de vos travaux, pourquoi nous laissiez-vous des exemples si dangereux et si inutiles? pourquoi nous avez-vous frayé un chemin âpre , désagréable et tout propre à rebuter notre foiblesse, puisqu'il y en avoit un autre plus doux et plus battu , que vous auriez pu nous montrer pour nous encourager et nous attirer, en nous facilitant notre carrière? Grand Dieu! que les hommes consultent peu la raison dans l'afiaire de leur salut étemel!
Rassurez-vous après cela sur la multitude , comme si le grand nombre pouvoit rendre le crime impuni , et que Dieu n'osât perdre tous les hommes qui vivent comme vous. Mais que sont tous les hommes ensemble devant Dieu? La multitude des coupables l'empêcha-t-elle d'exterminer toute chair au temps du déluge ; de faire descendre le feu du ciel sur cinq villes infâmes; d'engloutir Pharaon
et toute son armée sous les eaux; de frapper de mort tous les niurmurateurs dans le désert? Ah! les rois de la terre peuvent avoir égard au grand nombre de coupables, parce que la punition devient impossible, ou du moins dangereuse, dès que la faute est trop générale. Mais Dieu, qui secoue les impies de dessus la terre , dit Job, comme on secoue la poussière qui s est attachée au vêtement; Dieu, devant qui les peuples et les nations sont comme si elles n étoient pas, il ne compte pas les coupables, il ne regarde que les crimes ; et tout ce que peut présumer la foible créature des complices de sa transgression, c'est de les avoir pour compagnons de son infortune.
Mais si peu de gens se sauvent, parce que les maxin)es les plus universellement reçues sont des maximes de péché; peu de gens se sauvent, parce que les maximes et les obligations les plus universellement ignorées ou rejetées sont les plus indispensables au salut. Dernière réflexion, qui n*est encore que la preuve et Téclaircissement des précédentes.
TROISIKME PARTIE.
Quels sont les^ engagements de la vocation sainte à laquelle nous avons été tous appelés ? les promesses solennelles du baptême. Qu'avons -nous promis au baptême? de renoncer au monde , à la chair, à Satan et à ses œuvres; voilà nos vœux, voilà Tétat du chrétien, voilà les conditions essentielles du traité saint conclu entre Dieu et nous , par lequel la vie éternelle nous a été promise. (]es vérités paroissent familières et destinées au simple peuple; mais c'est un abus, il n'en est pas de plus
.sublimes, et il n'en est pas aussi de plus ignorées : c'est à la cour des rois, c'est aux grands de la terre qu'il faut sans cesse les annoncer : Regibm et principibus lerrœ. Hélas! ils sont des enfants de lumière pour les affaires du siècle ; et les premiers principes de la morale chrétienne leur sont quelquefois plus inconnus qu'aux âmes simples et vulgaires : ils auroient besoin de lait, et ils exigent de nous une nourriture solide et que nous parlions le langage de la sagesse comme si nous parlions parmi les parfaits.
Vous avez donc premièrement renoncé au monde dans votre baptême : c'est une promesse que vous avez faite à Dieu à la face des autels saints; l'Église en a été le garant et la dépositaire , et vous n'avez été admis au nombre des fidèles et marqués du sceau ineffaçable du salut que sur la foi que vous avez jurée au Seigneur de n'aimer ni le monde ni tout ce que le monde aime. Si vous eussiez répondu alors sur les fonts sacrés ce que vous dites tous les jours , que vous ne trouvez pas le monde si noir et si pernicieux que nous le disons; qu'au fond on peut l'aimer innocemment ; qu'on ne le décrie tant dans la chaire que parce qu'on ne le connolt pas, et que, puisque vous avez à vivre dans le monde, vous voulez vivre comme le monde; si vous eussiez ainsi répondu, ah! l'Église eût refusé de vous recevoir dans son sein , de vous associer à l'espérance des chrétiens , à la communion de ceux qui ont vaincu le monde; elle vous eût conseillé d'aller vivre parmi ces infidèles qui ne connoissent pas Jésus-Christ, et où le prince du monde se faisant adorer, il est permis d'aimer ce qui lui appartient. Et voilà pourquoi , dans les premiers temps, ceux des catéchumènes qui ne pouvoient encore se résoudre de renoncer au monde et à ses plai-
sirs, difleroient leur baptême jusqu'à la mort et n'osoient venir contracter au pied des autels, dans le sacrement qui nous régénère, des engagements dont ils connoissoient l'étendue et la sainteté et auxquels ils ne se sentoient pas encore en état de satisfaire. Vous êtes donc obligé, pai- le plus saint de tous les serments, de haïr le monde, c'està-dire, de ne pas vous conformera lui; si vous l'aimez, si vous suivez ses plaisirs et ses usages , non-seulement vous êtes ennemi de Dieu , comme dit saint Jean , mais de plus vous renoncez à la foi donnée dans le baptême ; vous abjurez l'Évangile de Jésus-Christ; vous êtes un apostat dans la religion et foulez aux pieds les vœux les plus saints et les plus irrévocables que l'homme puisse faire.
Or, quel est ce monde que vous devez haïr? je n'aurois qu'à vous répondre que c'est celui que vous aimez, vous ne vous tromperez jamais à cette marque : ce monde, c'est une société de pécheurs dont les désirs , les craintes, les espérances, les soins, les projets, les joies, les chagrins ne roulent plus que sur les biens ou sur les maux de cette vie ; ce monde , c'est un assemblage de gens qui regardent la terre comme leur patrie, le siècle à venir comme un exil , les promesses de la foi comme un songe, la mort comme le plus grand de tous les malheurs ; ce monde, c'est un royaume temporel, où l'on ne connoîi pas Jésus-Christ , où ceux qui le connoissent ne le glorifient pas comme leur Seigneur, le haïssent dans ses maximes, le méprisent dans ses serviteurs, le persécutent dans ses œuvres, le négligent ou l'outragent dans ses sacrements et dans son culte; enfin le monde, pour laisser à ce mot une idée plus marquée , c'est le grand nombre. Voilà ce monde que vous devez éviter, haïr,
combattre par vos exemples: être ravi qu'il vous haïsse à son tour, qu'il contredise vos mœurs par les siennes; c'est ce monde qui doit être pour vous un crucifié , c'est-àdire un anathëme et un objet d'horreur, et à qui vous devez vous-même paroître tel.
Or, est-ce là votre situation par rapport au monde? ses plaisirs vous sont-ils à charge? ses scandales affligentils votre foi? y gémissez-vous sur la durée de votre pèlerinage? n avez-vous plus rien de commun avec le monde? n'en étes-vous pas vous-même un des principaux acteurs? ses lois ne sont-elles pas les vôtres? ses maximes, vos maximes? ce qu'il condamne, ne le condamnez-vous pas? n'approuvez -vous pas ce qu'il approuve? et quand vous resteriez seul sur la terre, ne peut -on pas dire que ce monde corrompu revivroit en vous, et que vous en laisseriez un modèle à vos descendants? Et quand je dis vous, je m'adresse presque à tous les hommes. Où sont ceux qui renoncent de bonne foi aux plaisirs, aux usages, aux maximes, aux espérances du monde? tous l'ont promis, qui le tient? On voit bien des gens qui se plaignent du monde; qui l'accusent d'injustice, d'ingratitude, de caprice; qui se déchaînent contre lui; qui parlent vivement de ses abus et de ses erreurs; mais en le décriant, ils l'aiment, ils le suivent, ils ne peuvent se passer de lui : en se plaignant de ses injustices, ils sont piqués, ils ne sont pas désabusés; ils sentent ses mauvais traitements , ils ne connoissent pas ses dangers ; ils le censurent, mais où sont ceux qui le haïssent? Et de là jugez si bien des gens peuvent prétendre au salut.
En second lieu, vous avez renoncé à la chair dans votre baptême; c'est-à-dire, vous vous êtes engagé à ne pas vivre selon les sens, à regarder l'indolence
même et la mollesse comme un crime ; à ne pas flatter les désirs corrompus de votre chair, à la châtier, à la dompter, à la crucifier : ce nest paâ ici une perfection, c'est un vœu, c'est le premier de tous vos devoirs, c'est le caractère le plus inséparable de la foi ; or, où sont les chrétiens qui là-dessus soient plus fidèles que vous?
Enfin, vous avez dit anathème à Satan et à ses œuvres; et quelles sont ses œuvres? celles qui composent presque le fil et comme toute la suite de votre vie; les pompes, les jeux, les plaisirs, les spectacles, le mensonge dont il est le père, l'orgueil dont il est le modèle, les jalousies et les contentions dont il est l'artisan. Mais je vous demande, où sont ceux qui n'ont pas levé l'anathème qu'ils avoient prononcé là-dessus contre Satan?
Et de là, pour le dire ici en passant, voilà bien des questions résolues. Vous nous demandez sans cesse si les spectacles et les autres plaisirs publics sont innocents pour des chrétiens? Je n'ai, à mon tour, qu'une demande à vous faire. Sont-ce des œuvres de Satan, ou des œuvres de Jésus-Christ? car dans la religion il n'est point de milieu. Ce n'est pas qu'il n'y ait des délassements et des plaisirs qu'on peut appeler indifférents; mais les plaisirs les plus indifférents que la religion permet, et que la foiblesse de la nature rend même nécessaires, appartiennent, en un sens, à Jésus-Christ, par la facilité qui doit nous en revenir de nous appliquer à des devoirs plus saints et plus sérieux : tout ce que nous faisons, que nous pleurions, que nous nous réjouissions, il doit être d'une telle nature , que nous puissions du moins le rapporter à Jésus- Christ et le faire pour sa gloire.
Or, sur ce principe le plus incontestable, le plus universellement reçu de la morale chrétienne, vous n'avez
qu'à décider. Pouvez-vous rapporter à la gloire de Jésus- Christ les plaisirs des théâtres? Jésus-Christ peut-il entrer pour quelque chose dans ces sortes de délassements? Et avant que d'y entrer, pourriez-vous lui dire que vous ne vous proposez dans cette action que sa gloire et lé désir de lui plaire? Quoi! les spectacles, tels que nous les voyons aujourd'hui, plus criminels encore par la débauche publique des créatures infortunées qui montent sur le théâtre, que par les scènes impures ou passionnées qu'elles débitent, les spectacles seroient des œuvres de Jésus-Christ? Jésus-Christ animeroit une bouche d'où sortent des airs profanes et lascifs? Jésus-Christ formeroi t lui-même les sons d'une voix qui corrompt les cœurs! Jésus-Christ paroîtroit sur les théâtres en la personne d'un acteur, d'une actrice effrontée, gens infâmes, même selon les lois des hommes? Mais ces blasphèmes me font horreur. Jésus-Christ présideroit à des assemblées de péché, où tout ce qu'on entend anéantit sa doctrine, où le poison entre par tous les sens dans l'âme, où tout l'art se réduit à inspirer, à réveiller, à justifier les passions qu'il condamne? Or, si ce ne sont pas des ceuvres de Jésus-Christ dans le sens déjà expliqué, c'est-à-dire des œuvres qui puissent du moins être rapportées à Jésus- Christ , ce sont donc des œuvres de Satan , dit TertuUien : Kihil enim non diaboli est^ quidquid non Dei eati.,. hor ergo erit pompa diaboli. Donc, tout chrétien doit s'en abstenir ; donc il viole les vœux de son baptême lorsqu'il y participe; donc de quelque innocence dont il puisse* se flatter, en reportant de ces lieux son cœur exempt d'im-
J . On dirait aujourd'hui : quUl puisse, pour éviter U; double n^gime indirort que le xvii' siècle afTectionnatt dans des cas seml)labl(>s, comme donnant plus d'énergie à la pensée.
pression, il en sort souillé, puisque par sa seule présence il a participé aux œuvres de Satan, auxquelles il avoit renoncé dans son baptême, et violé les promesses les plus sacrées qu'il avoit faites à Jésus-Christ et à son Église.
Voilà les vœux de notre baptême, mes frères; ce ne sont point ici des conseils et des pratiques pieuses, je vous l'ai déjà dit , ce sont nos obligations les plus essentielles : il ne s agit pas d'être plus ou moins parfait en les négligeant ou en les observant , il s'agit d'être chrétien ou de ne l'être pas. Cependant qui les observe? qui les connoît seulement? qui s'avise de venir s'accuser au tribunal d'y avoir été infidèle? On est souvent en peine pour trouver de quoi fournir à une confession , et après une vie toute mondaine, on n'a presque rien à dire au prêtre. Hélas! mes frères, si vous saviez à quoi vous engage le titre de chrétien que vous portez ; si vous compreniez la sainteté de votre état; le détachement de toutes les créatures qu'il vous impose; la haine du monde, de vous-même et de tout ce qui n'est pas Dieu, qu'il vous ordonne, la vie de la foi, la vigilance continuelle, la garde des sens, en un mot, la conformité avec Jésus- Christ crucifié, qu'il exige de vous; si vous le compreniez, si vous faisiez attention que, devant aimer Dieu de tout votre cœur et de toutes vos forces, un seul désir qui ne peut se rapporter à lui vous souille ; si vous le compreniez, vous vous trouveriez un monstre devant ses yeux. Quoi! diriez-vous, des obligations si saintes, et des mœurs si profanes? une vigilance si continuelle, et une vie si peu attentive et si dissipée? un amour de Dieu si pur, si plein, si universel, et un cœur toujours en proie à mille affections ou étrangères ou criminelles? Si cela est ainsi, ô
mon Dieu! qui pourra donc se sauver? Quis potcril xal^ vuxesxe? (Matth., xix, 35.) Peu de gens, mon cher auditeur; ce ne sera pas vous, du moins si vous ne changez; ce ne seront pas ceux qui vous ressemblent; ce ne sera pas la multitude.
Qui pourra se sauver? Voulez-vous le savoir? ce seront ceux qui opèrent leur salut avec tremblement; qui vivent au milieu du monde , mais qui ne vivent pas comme le monde. Qui pourra se sauver? cette femme chrétienne qui , renfermée dans l'enceinte de ses devoirs domestiques, élève ses enfants dans la foi et dans la piété; laisse au Seigneur la décision de leur destinée; ne partage son CfBur qu'entre Jésus-Christ et son époux ; est ornée de pudeur et de modestie ; ne s'assied pas dans les assemblées de vanité ; ne se fait point une loi des usages insensés du monde, mais corrige les usages par la loi de Dieu, et donne du crédit à la vertu par son rang et par ses exemples.
Qui pourra se sauver? ce fidèle qui, dans le relâchement de ces derniers temps, imite les premières mœurs des chrétiens; qui a les mains innocentes et le cœur pur; vigilant, qui n'a pas reçu son âme en vain (Ps. xxiii, 4), mais qui, au milieu même des périls du grand monde, s'applique sans cesse à la purifier; juste, qui nejurepajf frauduleusement à son prochain (ibid.) , et ne doit pas à des voies douteuses l'innocent accroissement de sa fortune; généreux, qui comble de bienfaits l'ennemi qui a voulu le perdre, et ne nuit à ses concurrents que par son mérite ; sincère, qui ne sacrifie pas la vérité à un vil intérêt et ne sait point plaire en trahissant sa conscience ; charitable, qui fait de sa maison et de son crédit l'asile de ses frères ; de sa personne , la consolation des affligés ;
de sou bien , le bien des pauvres; soumis dans les afflictions, chrétien dans les injures, pénitent même dans la prospérité.
Qui pourra se sauver? vous, mon cher auditeur, si vous voulez suivre ces exemples. Voilà les gens qui se sauveront. Or, ces gens-là ne forment pas assurément le plus grand nombre; donc, tandis que vous vivrez comme la multitude, il est de foi que vous ne devez pas prétendre au salut; car si en vivant ainsi vous pouviez vous sauver, tous les hommes presque se sauveroient, puisqu'à un petit nombre d'impies près qui se livrent à des excès monstrueux, tous les autres hommes ne font que ce que vous faites; or, que tous les hommes presque se sauvent, la foi nous défend de le croire. Il est donc de foi que vous ne devez rien prétendre au salut, tandis que vous ne pourrez vous sauver si le grand nombre ne se sauve.
Voilà des vérités qui font trembler; et ce ne sont pas ici de ces vérités vagues qui se disent à tous les hommes , et que nul ne prend pour soi et ne se dit à soi-même. Il n*est peut-être personne ici qui ne puisse dire de soi : Je vis comme le grand nombre, comme ceux de mon rang, de mon âge, de mon état; je suis perdu si je meurs dans cette voie. Or, quoi de plus propre à effrayer une âme à qui il reste encore quelque soin de son salut? Cependant c'est la multitude qui ne tremble point; il n'est qu'un petit nombre de justes qui opèrent à l'écart leur salut avec crainte, tout le reste est calme; on sait en général que le grand nombre se damne; mais on se flatte (ju'après avoir vécu avec la multitude , on en sera discerné à la mort ; chacun se mot dans le ras d'une exception chimérique , chacun augure favorablement pour soi.
Et c e-t pour cela que je m'arrête à vous, mes frères, qui êtes ici assemblés : je ne parle plus du reste des hommes ; je vous regarde comme si vous étiez seuls sur la terre , et voici la pensée qui m'occupe et qui m'épouvante. Je suppose que c'est ici votre dernière heure et la fin de l'univere, que les cieux vont s'ouvrir sur vos têtes, Jésus- Christ paroître dans sa gloire au milieu de ce temple, et que vous n'y êtes assemblés que pour l'attendre et comme des criminels tremblants à qui l'on va prononcer ou une sentence de grâce ou un arrêt de mort éternelle : car vous avez beau vous flatter, vous mourrez tels que vous êtes aujourd'hui; tous ces désirs de changement qui vous amusent vous amuseront jusqu'au lit de la mort; c'est l'expérience de tous les siècles ; tout ce que vous trouverez alors en vous de nouveau sera peut-être un compte un peu plus grand que celui que vous auriez aujourd'hui à rendre, et sur ce que vous seriez, si l'on venoit vous juger dans le moment , vous pouvez presque décider de ce qui vous arrivera au sortir de la vie.
Or, je vous demande, et je vous le demande frappé de terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre, et me mettant dans la même disi)osition où je souhaite que vous entriez ; je vous demande donc : Si Jésus-Christ paroissoit dans ce temple, au milieu de cette assemblée, la plus auguste de l'univers, pour nous juger, pour faire le terrible discernement des boucs et des brebis, croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à la droite ? croyez-vous que les choses du moins fussent égales? croyez-vous qu'il s'y trouvât seulement dix justes, que le Seigneur ne put trouver autrefois en cinq villes tout entières? Je vous le demande : vous l'ignorez, je rignore moi-même; vouh seul , ô mon Dieu! connoissez
400 SËBMONS DE MÀSSILLON.
ceux qui vous appartiennent ; mais si nous ne connoissons pas ceux qui lui appartiennent, nous savons du moins que les pécheurs ne lui appartiennent pas. Or, qui sont les fidèles ici assemblés? Les titres et les dignités ne doivent être comptés pour rien ; vous en serez dépouillés devant Jésus-Chri t : qui sont-ils? Beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir; encore plus qui le voudroient, mais qui diffèrent leur conversion ; plusieurs autres qui ne se convertissent jamais que pour retomber; enfin un grand nombre qui croient n'avoir pas besoin de conversion : voilà le parti des réprouvés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte, car ils en seront retranchés au grand jour: paroissez maintenant, justes; où êtes-vous? restes d'Israël, passez à la droite; froment de Jésus-Christ, démêlez-vous de cette paille destinée au feu : ô Dieul où sont vos élus? et que reste-t-il pour votre partage?
Mes frères, notre perte est presque assurée et nous n'y pensons pas. Quand même , dans cette terrible séparation qui se fera un jour, il ne devroit y avoir qu'un seul pécheur de cette assemblée du côté des réprouvés , et qu'une voix du ciel viendroit nous en assui'er dans ce temple , sans le désigner; qui de nous ne craindroit d'être le malheureux? qui de nous ne retomberoit d'abord sur sa conscience pour examiner si ses crimes n'ont pas mérité ce châtiment? qui de nous, saisi de frayeur, ne demanderoit pas à Jésus- Christ, comme autrefois les apôtres : Seigneur, ne seroit-ce pas moi ? Numquid ego sum, Domine (Matth., xxvi, 22)? et si l'on laissoit quelque délai , qui ne se mettroit en état de détourner de lui cette infortune par les larmes et les gémissements d'une sincère pénitence?
Sommes-nous sages, mes phers auditeurs? Peut-étiT
que parmi tous ceux qui m'entendent, il ne se trouvera pas dix justes; peut-être s'en trouvera-t-il encore moins, que sais-je? ô mon Dieu! je n'ose regarder d*un œil fixe les abîmes de vos jugements et de votre justice ; peut-être ne s'en trouvera-t-il qu'un seul; et ce danger ne vous touche point , mon cher auditeur? et vous croyez être ce seul heureux dans le grand nombre qui périra? vous qui avez moins sujet de le croire que tout autre ; vous sur qui. seul la sentence de mort devroit tomber, quand elle ne tomberoit que sur un seul des pécheurs qui m'écoutent.
Grand Dieu, que Ton connolt peu dans le monde les terreurs de votre loi I Les justes de tous les siècles ont séché de frayeur en méditant la sévérité et la profondeur de vos jugements sur la destinée des hommes; on a vu de saints solitaires, après une vie entière de pénitence, frappés de la vérité que je prêche, entrer au lit de la mort dans des terreurs qu'on ne pouvoit presque calmer , faire trembler d'effroi leur couche pauvre et austère, demander sans cesse d'une voix mourante à leurs frères : Croyez-vous que le Seigneur me fasse miséricorde ? et être presque sur le point de tomber dans le désespoir, si votre présence, ô mon Dieul n'eût à l'instant apaisé l'orage et commandé encore une fois aux vents et à la mer de se calmer ; et aujourd'hui, après une vie commune, mondaine, sensuelle, profane , chacun meurt tranquille , et le ministre de Jésus- Christ appelé est obligé de nourrir la fausse paix du mourant, de ne lui parler que des trésors infinis des miséricordes divines, et de l'aider, pour ainsi dire, à se séduire lui-même. 0 Dieul que prépare donc aux enfants d'Adam la sévérité de votre justice?
Mais que conclure de ces grandes vérités? qu'il faut désespérer de son salut? à Dieu ne plaise I il n'y a que I. W
rimpie qui, pour se calmer sur ses désordres» tâche ici de conclure en secret que tous les hommes périront comme lui : ce ne doit pas être là le fruit de ce discours, mais de vous détromper de cette erreur si universelle, qu on peut faire ce que tous les auti'es font» et que l'usage est une voie sûre ; mais de vous convaincre que pour se sauver ifaut se distinguer des autres, être singulier, .vivre à paît au milieu du monde et ne pas ressembler à la foule.
Lorsque les Juifs, emmenés en servitude, furent sur le point de quitter la Judée et de partir pour Babylone , le prophète Jérémie, à qui le Seigneur avoit ordonné de ne pas abandonner Jérusalem, leur parla de la sorte : Enfants d'Israël, lorscjue vous serez arrivés à Babylone, vous verrez les habitants de ce pays-là qui porteront sur leurs épaules des dieux d'or et d'argent; tout le peuple se prosternera devant eux pour les adorer; mais pour vous alors, loin de vous laisser entraîner à l'impiété de ces exemples, dites en secret : C'est vous seul, Seigneur, qu'il faut adorer : Te oportet adorari , Domine (Bardcu , VI, 5).
Souffrez que je finisse en vous adressant les mêmes paroles. Au sortir de ce temple et de cette autre sainte Sion , vous allez rentrer dans Babylone ; vous allez revoir ces idoles d'or et d'argent, devant lesquelles tous les hommes se prosternent; vous allez retrouver les vains objets des passions humaines, les biens, la gloire, les plaisirs, qui sont les dieux de ce monde, et que presque tous les hommes adorent; vous verrez ces abus que tout le monde se permet, ces erreurs que l'usage autorise, ces désordres dont une coutume impie a presque fait des lois. Alors, mon cher auditeur, si vous voulez être du petit
nombre des vrais Israélites, dites dans le secret de votre cœtir : C'est vous seul, 6 mon Dieu! qu*il faut adorer : Te oportet adorariy Domine; je ne veux point avoir de part avec un peuple qui ne vous connolt pas ; je n'aurai jamais d'autre loi que votre loi sainte ; les dieux que cette multitude insensée adore ne sont pas des dieux ; ils sont l'ouvrage de la main des hommes ; ils périront avec eux ; vous seul êtes l'immortel, ô mon Dieu! et vous seul méritez qu'on vous adore : Te oportet adorariy Domine. Les coutumes de Babylone n'ont rien de commun avec les saintes lois de Jérusalem; je vous adorerai avec ce petit nombre d'enfants d'Abraham qui composent encore votre peuple au milieu d'une nation infidèle ; je tournerai avec eux tous mes désirs vers la sainte Sion ; on traitera de foiblesse la singularité de mes mœurs ; mais heureuse foiblesse , Seigneur, qui me donnera la force de résister au torrent et à la séduction des exemples I et vous serez mon Dieu ^ au milieu de Babylone , comme vous le serez un jour dans la sainte Jérusalem : Te oportet adorari. Domine. Ah! le temps de la captivité finira enfin ; vous vous souviendrez d'Abraham et de David; vous délivrerez votre peuple; vous nous transporterez dans la sainte cité ; et alors vous régnerez seul sur Israël et sur les nations qui ne vous connoissent pas; alors tout étant détruit, tous les empires, tous les sceptres, tous les monuments de l'orgueil humain étant anéantis, et vous seul demeurant éternellement, on connoltra que vous seul devez être adoré : Te oportet adorariy Domine.
Voilà le fruit que vous devez retirer de ce discours:
i. L'édition Renouard et Tédition Didot mettent mon Dieu entre deux virgules, ce qui fait un vrai contre-sens. Cette faute n*est pas dans Tédition Ganme, qai reproduit exactement celle de 1745.
vivez à part; pensez sans cesse que le gi*and nombre se damne ; ne comptez pour rien les usages, si la loi de Dieu ne les autorise , et souvenez-vous que les saints ont été dans tous les siècles des hommes singuliers. C'est ainsi qu'après vous être distingué des pécheurs sur la terre, vous en serez séparé glorieusement dans l'éternité.
Ainsi soit'il.
SERMON
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