‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 65 sur 74 · LE MARDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME · texte numérisé non relu

LE MARDI DE LA TROISIÈME SEMAINE DE CARÊME

Si peeeaverii M te frater tuvt, vade, et eonipe eutn inter te et ipswn aolum : ii tê audieiit, lueratut erit fratrtm fuiim.

Si Totre frère yons a ofTensé , aUei, «t npreDez-le en particulier : s'il voue écoute, TOUS aorex gagné votre frère.

(Mattb., XVIII, 15.)

Un des devoirs les plus essentiels et les plus ignorés de la vie chrétienne , c'est Tusage que nous devons faire des vices ou des vertus des hommes au milieu desquels nous sommes obligés de vivre. Aussi la sagesse de Dieu n'a permis le mélange de l'ivraie et du bon grain, des bons et des méchants dans l'Église, que pour ménager aux uns et aux autres des moyens de conversion ou des occasions de mérite; et lorsque les serviteurs du père de famille, touchés des scandales qui déshonorent son royaume, lui demandent qu'il leur permette d'aller arracher l'ivraie que rhomme ennemi a sursemée dans ce champ divin , il condamne leur zèle et leur fait entendre que ce mélange, qui paroit si injurieux à sa gloire , a néanmoins ses raisons et ses usages dans l'ordre adorable de sa providence.

Cependant ce mélange , établi pour corriger le vice et pour purifier et éprouver la vertu , séduit ou décourage celle-ci et ne fournit que des censures à l'autre ; ce mélange si utile à tous est devenu pernicieux à tous, et encore aujourd'hui, dit saint Augustin, les justes souffrent avec peine les pécheurs, les pécheurs ne peuvent pas même supporter la présence des justes, et ils sont à charge les uns aux autres : Oneri enim sibi sunt. Il importe donc de développer les raisons éternelles et les utilités de cette conduite de Dieu sur son Église ; et cette matière paroît d'autant plus importante que tous les autres devoirs de la vie chrétienne semblent s'y rapporter. En effet, le vice et la vertu se trouvant toujours nécessairement mêlés sur la terre , rien n'est plus digne d'être éclairci que les règles de la foi , qui apprennent aux pécheurs quelle utilité ils doivent retirer de la société des justes avec lesquels ils vivent , et aux justes, celle qui doit leur revenir du commerce des pécheurs, inévitable pour eux sur la terre.

Or, pour établir ces vérités sur une doctrine solide, il n'y a qu'à remonter jusqu'au premier dessein de la Providence, et exposer quelles ont pu être les raisons éternelles de sa sagesse dans le mélange des bons et des méchants sur la terre. £n voici deux principales; et d'elles nous allons tirer toutes les règles que nous devons prescrire.

Les bons, dans les desseins de Dieu, doivent servir, ou au salut, ou à la condamnation des méchants : c'est la première.

Les méchants sont soufferts pour l'instruction ou pour le mérite des justes : c'est la dernière.

De l'exposition de ces deux principes vont naître toutes les grandes vérités que renferme cette matière , et qui règlent, ou la conduite des pécheurs envers les gens de

bien , ou les dispositions des gens de bien à l'égard des

pécheurs. Implorons, etc.

Ave y Maria.

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