Surtout, tL\ecplus que, parait un pléonasme vicieux
times; décriez, exagérez les difficultés, les peines, les dégoûts de la vie du monde et de la cour ; on vous le permet, et votre propre expérience vous en a assez instruits pour nous l'apprendre : mais pour la vie chrétienne, ce n'est pas à vous à parler de ses rigueurs et de ses ennuis ; c'est un point que l'expérience seule peut décider; essayez-en premièrement; rompez avec le monde; finissez vos passions; commencez à vivre pour l'éternité : vous nous direz alors si le joug de Jésus-Christ est aussi accablant qu'on se le figure, si le vice est plus aimable que la vertu; nous vous écouterons alors : mettez-vous seulement en état de décider, voilà tout ce que nous demandons : peut-être céderez-vous d'abord à la difficulté ; et alors vous nous reprocherez l'ostentation de nos promesses : peut-être aussi vous en coûtera-t-il moins que vous ne croyez, et si cela est, n'êtes-vous pas à plaindre de refuser à votre salut des efforts aussi légers que ceux qu'on vous demande?
Lorsque les Israélites, sur le point d'entrer dans la terre de Chanaan, parurent rebutés des difficultés de Tentreprise; et que, refusant d'avancer, ils ne cessoient de dire que ces villes étoient imprenables, ces peuples invincibles, et que cette terre étoit toute couverte de monstres et de géants qui dévoroient ses habitants : Nequaqtuim ad hune populum valemus ascendere , quia fortior nobis est : terra dévorât habitatores suos (Num., xiii, 32, 33) : Josué et Caleb , qui venoient de visiter cette terre heureuse et qui en connoissoient les douceurs , les agréments et l'abondance, leur parlèrent de la sorte : Enfants d'Israël, venez voir vous-mêmes cette terre délicieuse que le Sei-
gneur vous propose, et qui doit être votre possession éternelle : vous verrez que le lait et le miel y coulent de
toutes parts; vous dévorerez ces peuples terribles, qui alarment tant votre foiblesse , comme on dévore le pain qui sert tous les jours de nourriture à T homme; vous y trouverez le teime de vos travaux, le délassement de vos fatigues, la consolation de vos peines, le repos que vous cherchez en vain depuis tant d'années , et enfin des douceurs que vous n'avez jamais goûtées ni dans la servitude de l'Egypte , ni dans les voies arides et pénibles du désert ; nous l'avons nous-mêmes parcourue, et nous ne venons ici au pied du tabernacle saint, et devant toute l'assemblée d'Israël, que pour être les témoins de la vérité et les garants des promesses que le Seigneur a faites à nos pères : Terra quant circuivimus valde bona est; et tradet Dominus humum lacté et melle nianantem (NuM., xiv, 7,8).
Et voilà, mes frères, ce que nous pourrions vous dire ici , nous qui , par les engagements d'un état saint et un long usage du joug de Jésus-Christ, devons connoitre quelles en sont les douceurs et les consolations, et qui du moins pouvons rendre témoignage à la vérité de Dieu et à la gloire de sa grâce. Pourquoi vous laissez-vous décourager par des difficultés que vous n'avez pas encore éprouvées ? Venez voir vous-mêmes ce qui se passe dans certe terre heureuse où vous vous figurez des difficultés si insurmontables. Loin d'y trouver ces monstres qui vous épouvantent et que l'erreur de votre imagination s'y figure; d'y trouver ces ennuis, ces dégoûts, ces horreurs que vous craignez tant et qui vous arrêtent; vous verrez que le lait et le miel y coulent en abondance; vous y trouverez des sources de consolations solides : le repos que voas cherchez depuis si longtemps ; la paix du cœur , que le monde et les passions ne donnent pas, et que vous n'avez pas encore trouvée; toutes les ressources de la
grâce, dont vous avez été jusqu'ici privés. Nous en avons nous-mêmes fait une heureuse expérience et nous ne paroissons ici devant l'autel saint et dans l'assemblée des fidèles que pour rendre témoignage aux miséricordes du Seigneur sur les ftmes qui reviennent à lui par une sincère pénitence : Terra quant circuivimus valde bona est y et tradcî Dominus humum lacté et melle manantem.
Oui, mes frères, si vous connoissiez le don de Dieu, comme le dit aujourd'hui le Sauveur à la femme de Samarie : Si scires donum Dei : si vous pouviez comprendre quelle joie la grâce répand sur les devoirs les plus rigoureux de la vie chrétienne , et quelles sont les consolations secrètes qui accompagnent les sacrifices les plus pénibles qu'on fait à Dieu : Si scires: si Ton pouvoit vous faire sentir d'avance combien les hommes, les plaisirs, les prétentions, les espérances, et tout cet amas de vanité et de fumée devient peu de chose à une âme touchée de Dieu : Si scires : si vous pouviez comparer les inquiétudes qui vous déchirent, les difficultés qui traversent vos passions , à la tranquillité dont vous jouiriez dans la vertu et aux facilités que la grâce y ménage à notre foiblesse; en un mot, l'eau du puits de Jacob, figure des plaisirs du monde, à l'eau que le Sauveur promet à la femme de Samarie , image des douceurs de la vertu : Si scires : si vos yeux pouvoient s'ouvrir et connoltre quel don Dieu fait à une âme, lorsqu'il la délivre de ses passions et qu'il met en leur place, dans son cœur, la paix, la charité, la lusûce \ Si scires donum Dei; ah! sans doute, loin de différer encore, vous n'auriez pas assez de tout votre cœur pour demander ce don céleste ; pas assez de larmes pour pleurer les jours et les années que vous en avez été privé. La source de nos craintes est dans notre
cœur ; et la vertu n'est appréhendée que parce qu elle n'est pas connue.
Mais tout le monde n'en parle pas comme vous, dit-on ; et ce que nous semblons faire si aisé, d'autres le font bien difficile. Dernière excuse que la femme de Samarie oppose aux instances de Jésus-Christ, la variété des opinions et des doctrines : Patres nostri in monte hoc adoraverunt ; el vos dicitis quia Jerosolymis est locus ubi adorare oportet. Ce devoit être ici ma dernière partie; mais j'abrège.
Eneflet, Jésus-Christ avoit conduit insensiblement cette pécheresse au point essentiel de sa conversion ; à cette passion honteuse, qui seule s'opposoit à la grâce dans son cœur : il lui avoit découvert tout le secret criminel de sa dissolution et de sa conduite ; elle ne pouvoit plus dissimuler des égarements dont elle voyoit le Sauveur trop instruit : le trouble, la honte, les remords commencent à naître dans son âme ; mais ce n'étoient là que de foibles commencements; le cœur n'étoit point encore rendu. Je vois bien que vous êtes un prophète (Joan., iv, 19) , lui ditelle ; voilà tout le fruit qu'elle semble retirer de la vérité qui la condamne. Semblable à la plupart de ces âmes mondaines, lesquelles au sortir d'un discours où le zèle du ministre aura développé toute la honte de leurs foiblesses les plus secrètes et tracé la peinture de leur cœur comme si elles-mêmes l'avoient instruit de tout ce qui s'y passe , se contentent de dire que c'est un prophète : Video quia propheta es tu y qu'on se reconnoit soi-même à tout ce qu'il dit ; qu'on diroit qu'il voit dans les cœurs et dans les plus secrets penchants de ceux qui l'écoutent : mais voilà tout. On lui donne des louanges qu'il méprise, et dont il gémit devant Dieu ; et on ne se corrige point ; ce qui seroit sa gloire , sa consolation et sa couronne.
Nos pères y continue la pécheresse, ont adoré sur cette montagne ; et vous dites que Jérusalem est le lieu oii il faut adorer. Nouvel artifice dont elle s'avise. Pour détourner la question de ses mœurs, qui lui déplaît et qui l'embarrasse , elle se jette habilement sur une question de doctrine : les contestations entre Jérusalem et Garizim , sur la vérité de leur culte et sur la sainteté de leur temple, n'avoient pas fini depuis que le traître et l'ambitieux Manassës avoit élevé l'autel sacrilège sur la montagne de Samarie ; et chacun soutenant la gloire de sa maison et la majesté de ses sacrifices, ils s'accusoient mutuellement, comme il arrive presque toujours, de superstition et d'idolâtrie.
Or , voilà ce qui donne lieu à la réponse de la fenune de Samarie : il semble qu'elle veut, par cette variété d'opinions et de doctrines, justifier ses désordres; et que l'incertitude où elle prétend qu'on est sur le lieu et sur les règles du véritable culte suffit pour autoriser sa tranquillité dans l'état déplorable où elle se trouve. Ainsi c'est comme si elle répondoit à Jésus-Christ : Mais, Seigneur, à quoi s'en tenir? Vous, Juifs, vous prétendez qu'il faut adorer à Jérusalem et n'avoir point de commerce avec Samarie : nos pères ont toujours adoré sur cette montagne ; ils nous ont permis ce que vous condamnez. Pour qui se déclarer dans cette diversité de sentiments? Convenez premièrement des devoirs que le Seigneur exige de nous, du temple et de l'autel qu'il a choisis; et après cela j'écouterai vos instructions, et je pourrai m'en tenir à la sagesse de vos conseils et de vos maximes.
Et voilà le prétexte dont on se sert encore tous les jours dans le monde pour s'étourdir sur les vérités les plus terribles du salut : la variété des opinions sur les
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règles des mœurs. On ne sait à qui en croire, nous dit-on tous les jours : les uns vous damnent, les autres vous sauvent ; ici on vous passe certains points , ailleurs on les condamne; ici vous observez la loi en l'adoucissant, ailleurs vous ne l'adoucissez qu'en la transgressant ; ici on a des raisons pour défendre , ailleurs on croit en avoir pour permettre ; en un mot, ici vous êtes un saint, ici vous n'avez pas encore commencé à être chrétien. Et là-dessus, ô mon Dieu, le pécheur insensé conclut qu'il n'a qu'à vivre tranquille dans ses égarements, que l'Évangile ne renferme que des opinions et des problèmes , que chacun le tourne selon les préventions de son propre esprit, et qu'au fond il n'y a rien de trop assuré dans tout ce que nous leur disons de votre loi sainte.
Mais , sans apporter * ici tout ce qui pourroit confondre un prétexte si injurieux à la vérité et à la piété chrétienne, souffrez que je me contente de vous demander : Ne tientil qu'à l'uniformité des sentiments que vous sortiez de vos passions honteuses ? Est-ce à vous à venir nous alléguer la variété des opinions et des doctrines sur les règles des mœurs? Des âmes religieuses, timorées, craintives, pourroient nous opposer ces perplexités et ces incertitudes : comme elles ne croient jamais marcher par un chemin assez sûr, que leurs devoirs paroissent souvent incompatibles avec leur situation , et que la décision n'en est pas toujours facile , il se peut faire qu'elles trouvent quelquefois dans le sanctuaire, ici une indulgence qui les rassure,
1. AlléQuer, — Et pour confirmation de mon dire, je vous apporterai un exemple qui... (Saisit François de Sales, Sermon pour le dimanche de la Passion, 1^ partie). Apportons un exemple familier (Bossuet, Sermon pour l'Ascension, 2' partie). A cause des autorités que les Grecs apportent pour eux (Id., Explication de la Messe, L). Que les jeunes gens ik'apportent point leur jeunesse pour excuse (Cheminais, Sermon sur la sainteté de vie, 3*partiej.
ailleurs une sévérité qui les alarme, et qu elles demeurent incertaines de la route qu'il faudroit tenir. Mais pour vous, avez-vous jamais trouvé une grande variété de sentiments sur le dérèglement de vos mœurs et sur Tindignité de vos passions? Nos décisions sont-elles fort différentes sur la honte de votre état? N'avez-vous pas ouï partout là-dessus les mêmes oracles , que les fomicateurs , les adultères , les impudiques, les adorateurs d'idoles ne posséderont pas le royaume de Dieu? Cette uniformité d'opinions vous ramène-t-elle à la vérité que vous ne sauriez vous dissimuler à vous-même ? Cependant c'est vous seul qui vous plaignez qu'on ne sait à quoi s'en tenir ; car c'est le monde le plus déréglé qui tient ce langage , et vous êtes le seul que tout se réunit pour condamner.
Vous imitez la femme de Samarie. Il n'étoit pas question pour elle de savoir s'il falloit adorer à Jérusalem ou à Garizim , puisque le temps étoit venu , comme lui répond Jésus-Christ, que ce ne seroit ni à Garizim, ni à Jérusalem, mais par toute la terre, que son Père auroit des adorateurs en esprit et en vérité : ce différend ne la regardoit pas, pour ainsi dire; ce point pouvoit être douteux pour elle , et on ne lui faisoit pas encore un crime de l'ignorer. Mais le dérèglement de sa conduite et de ses commerces criminels étoit clair pour elle ; il n'y avoit làdessus, ni à Jérusalem, ni à Garizim même, aucune loi qui pût l'autoriser; elle connoissoit sur ce point ses obligations, et on demandoit qu'elle les remplît. Mais, au lieu de commencer par le devoir, qui étoit clair et qui la regardoit toute seule, elle va chercher des prétextes dans une variété de sentiments qui ne la regardoit plus. Commencez par retrancher de vos mœurs tout ce que vous y connoissez de visiblement contraire à la loi de Dieu , tout ce que
tous les sentiments et toutes les opinions d'un commun accord y condamnent; après cela vous aurez droit de vous plaindre de nos contentions prétendues ; après cela vous nous reprocherez, tant qu'il vous plaira, la différence des décisions et des conduites. De quoi vous avisez-vous de nous reprocher qu'on ne sait, pour ainsi dire, où il faut adorer, ni à qui s'adresser pour marcher sûrement, et connoître ce que Dieu demande de nous? Vous n'en êtes pas encore là ; ce doute est trop pieux et trop élevé pour vous. Laissez là des dissensions qui vous sont inutiles, et renoncez à des désordres , qui non-seulement n'ont pour eux aucun suffrage, mais que vous ne pouvez plus vous justifier à vous-même ; en un mot , soyez adorateur en esprit et en vérité, comme le dit aujourd'hui Jésus-Christ à la femme de Samarie ; alors toutes les contentions humaines vous deviendront indifférentes , vous trouverez Dieu partout, parce que vous ne chercherez que Dieu partout : la variété des décisions vous fera seulement déplorer la triste destinée de la vérité, toujours exposée ici-bas à la contradiction, c'est-à-dire, ou à la sévérité indiscrète, ou à l'indulgence excessive des hommes. Vous en gémirez devant le Seigneur; vous lui demanderez qu'il manifeste sa vérité à la terre; qu'il répande un esprit de paix et de sagesse sur ceux à qui la foi , l'instruction et la doctrine sont confiées; qu'il pacifie, qu'il réunisse, qu'il protège son Église; qu'il lui suscite des pasteurs fidèles pour la gouverner, des docteurs éclairés pour l'instruire, des prêtres saints et zélés pour l'édifier, des princes religieux pour la défendre; que dis-je? qu'il prolonge les jours du prince glorieux qui en bannit les scandales, qui en calme les dissensions, qui les prévient même par sa prudence, qui en répare les ruines , qui en soutient la gloire et la
majesté, qui en fait la gloire lui-même , et qu'il donne à nos neveux des rois qui l'imitent, puisqu'ils ne seront pa^ assez heureux pour en avoir qui lui ressemblent. ^
Voilà les dispositions que la raison et la religion demanderoient de vous ; mais sur l'affaire du salut on ne se pique pas de prudence, on ne sait ce qu'on adore, comme le reproche Jésus- Christ à la femme de Samarie : Vos adoratis quod ncscitis (Joan., iv, 22) : on veut retenir le fond de la religion de ses pères , comme les Samaritains; on veut y mêler comme eux des usages profanes et favorables aux passions. On sent bien que la conscience ne ratifie pas ce mélange, et qu'on n'est pas d'accord avec soi-même ; mais , pour S3 calmer, on suppose que nous-mêmes ne le sommes pas entre nous; on se fait de nos dissensions prétendues une raison insensée de paix et de sécurité : on est bien aise que la vérité soit contestée, embrouillée, obscurcie, pour pouvoir se persuader presque qu'elle n'est plus; et nous sommes contents de nous-mêmes quand nous avons pu ajouter à nos crimes le malheur d'y être plus tranquilles.
Telle étoit la disposition de la femme de Samarie : ne pouvant plus se défendre, ni contre les instances du Sauveur, ni contrôles remords de sa propre conscience; frappée de ses égarements passés , attirée par les consolations qu'on lui promet dans des mœurs nouvelles , elle voudroit encore renvoyer sa conversion à un temps plus favorable : Quand le Messie sera venu , répond-elle à Jésus-Christ , il nous annoncera toute chose (Joan., iv, 25). Voilà tout le fniit qu'elle paroît tirer des paroles de Jésus-Christ : un vain projet d'un changement à venir, un espoir frivole
1. On voit que l'auteur du sévère Panégyrique de Louis A7r savait, lui aussi , flatter délicatement.
qu'un temps enfin viendra où elle renoncera tout de bon à ses dérèglements ; et c'est là que se termine d'ordinaire tout le fruit de nos instructions. Nous excitons les consciences, nous ne les changeons pas ; nous inspirons des désirs, nous ne persuadons pas les œuvres; nous entendons beaucoup de projets, nous ne voyons presque jamais de démarche. Mais le Sauveur ne permet pas à cette pécheresse de s'abuser sur un point si dangereux : C'est moi-même qui vous parle, lui dit-il; n'attendez point d'autre prophète ; voici celui que le ciel vous envoie pour vous retirer de vos voies égarées ; ne renvoyez pas à un autre temps : si je sors des frontières de Samarie, si vous laissez perdre ce moment heureux, si je m'éloigne de votre cœur, vous périssez sans ressource : Ego sum qui loquor tecum (Joan., iv, 26). Et voilà ce qu'il vous dit ici en secret à vous seul, mon cher auditeur : Voici enfin le don de Dieu, l'heure de votre salut, le moment de ma miséricorde; n'en attendez point d'autre; il y a si longtemps que vous différez, que vous vous trompez vous-même par des retardements et des projets inutiles de conversion : à mesure que vos années avancent, vos desseins de changement reculent et s'éloignent de vous. Vous comptiez que l'âge vous feroit revenir; et l'âge, en changeant tout le reste, n'a pas changé votre cœur; vous vous promettiez qu'une situation plus tranquille vous laisseroit plus de loisir de penser à votre salut : le loisir est venu , et la volonté de me servir est à venir encore ; vous vous disiez à vous-même que certains engagements rompus, que certaines bienséances finies, vous mettriez tout de bon ordre à votre conscience : ces engagements ne sont plus, ces bienséances ont fini , et vos passions sont encore les mêmes. Ah ! jusques à quand serez-vous le jouet
de vos vaines espérances ? Ne rendez pas inutile ma grâce, qui aujourd'hui vous trouble et vous rappelle. N'est-ce pas déjà une faveur bien signalée que je vienne vous chercher jusque dans une terre infidèle ; que je vienne vous inspirer des désirs de conversion jusque dans le palais des rois, dans le centre des plaisirs et des passions humaines? Si vous connoissiez le don de Dieu, si vous faisiez attention que, dans le temps même que des ténèbres profondes sont répandues sur tout ce qui vous environne , et que mon nom est à peine connu de ceux avec qui vous vivez, vous seule êtes recherchée, éclairée, touchée ; ah ! loin de différer encore, vous regarderiez ce moment comme le moment décisif de votre éternité, c'est-à-dire, ou le comble de mes miséricordes éternelles sur votre âme, ou le terme fatal de ma bonté et de ma patience.
Grand Dieu! dissipez donc, comme la poussière, les vains obstacles que j'oppose encore à votre grâce; soutenez mes forces chancelantes et mes résolutions tant de fois infidèles; ne permettez plus que mafoiblesse triomphe de votre puissance; ne combattez plus avec moi que pour vaincre, et reprenez vous-même un cœur que j'ai bien pu vous ravir tout seul, mais que je ne saurois plus tout seul vous rendre ; afin que , redevenu la conquête de votre grâce, je puisse bénir mon libérateur dans tous les siècles.
A insi soit-iL