‹ Œuvres choisies de P. ArétinChapitre 114 sur 218 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

CAPPA, seul.

Qui n^a pas été à la taverne ne sait point quel paradis c'est ! mon brave Rosso m'y a mené, et nous avons mangé cinq lamproies qui ont ravi ma bouche au septième ciel. taverne sainte ! ô taverne miraculeuse ! Je dis sainte, parce qu'il n'y a ni chagrin, ni fatigue ; et miraculeuse, à cause des broches qui y tournent d'elles-mêmes. Certainement la bonne éducation et la courtoisie sont venues des tavernes pleines de saluts, de oui, monsieur ; et non, monsieur. Le grand Turc n'est point obéi comme le convive de ces tavernes embaumées , qui, si elles étaient à côté des parfumeurs, feraient tort à la civette '. suave, ô douce, ô divine musique, qui s'échappe des broches chargées de cailles, de perdrix et de chapons, quelle consolation tu apportes à mon âme !... Peut-on douter que, si je n'eusse toujours faim,j'aurais toujours sommeil, en l'entendant résonner dans la taverne?... Il est bien doux de faire l'amour^ mais non pas tant que de hanter la taverne ; et en voici la raison : à la taverne on ne pleure point, à la taverne on ne soupire point, et à la taverne on ne crève point de jalousie'... Et, si ce César qui passa sous les arcs triomphaux qu'on voit çà et là, eût fait célébrer son triomphe au milieu des tavernes, ses soldats l'auraient adoré, comme j'adore les lamproies. Je ne combattis jamais, que je sache ; mais, pour une lamproie, je me cognerais avec un buveur d'eau * ; et je n'ai point d'envie, quand un laquais, mon camarade, attrape mille écus de rente ; mais Pâme me vient aux dents, quand mon maître " mange une lamproie. Maintenant je vais presser \e\^\\V^w\:.^^\

monseigneur veut s^habiller demain matin. Oh !^oiIà le grand benêt.

Page 1