‹ Œuvres choisies de P. ArétinChapitre 148 sur 218 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

ROSSO, ALVIGIA.

Rosse. Bien!

ALVIGIA. Oh ! c'est le grand rêveur !

iosso. Ah ! ah ! ah !

ALVIGIA. Sais-tu de quoi je m'élonne ?

aosso. Non.

ALVIGIA. De ce qu'il croit, parce qu'il meurt d'amour pour ^ivie, que celle-ci, qui ne l'a jamais vu, pour ainsi dire, meure ^""amour pour lui.

aosso. Tu ne devrais point t*élonner de cela; parce que ^^tte espèce de seigneur, naguère camérier de dix chiens , et ^^Haintenant ivre de tant de grandeur, tient pour certain que ^ut le monde l'adore ; et, si Fou pouvait voir au fond de son ^5<Eur, je suis sûr qu'il se reproche d'aimer Livie, parce qu'il ^''imagine qu'elle est obligée de lui courir après, comme nous t« lui donnons à entendre.

ALVIGIA. Pauvre petit hibou !... Maintenant, sachez-le bien, j« veux désormais me consacrer au salut de mon àme ; car Vi^iment je peux dire : « Monde , adieu ! » tant je me suis liasse de petites fantaisies!... Ni Lorenzina, ni Beatricicca, ni Angioletta de Naples, ni madamoiselle je ne veux pas *^, ni cette grande Impéria *® n'étaient faites pour me déchausser dans mon bon temps. Les modes, les masques , les belles maisons, les combats de taureaux, les cavalcades, les ceintures fJe martre zibeline à agrafe d'or *^, les perroquets , les singes et des las de chambrières et de servantes ; c'étaient une bal^atelle pour moi ; et seigneurs, et messeigneurs, et ambassadeurs en foule... Ah! ah!... je ris de ce que je déçouillai un

HO L\ GOUR'nSAME^'

évêque et lui ôtai jusqu^à sa mitre^ et je la mettais sur la tète d^une de mes servantes, en me raillant du pauvre homme... Et un marchand de sucre y laissa jusqu'à ses caisses, en sorte que, durant un certain temps, dans ma maison, tout s^assaisonnait au sucre. Il me vint ensuite une maladie dont on ne sut jamais le nom ; cependant nous la traitâmes comme mal français y et je devins vieille par Teffet de tant de drogues, et je commençai à tenir des chambres garnies, vendant d^abord anneaux, habits, et tous les affiiquets de la jeunesse : après cela , je me vis réduite à laver des chemises {dissées. Et puis, je me suis adonnée à conseiller les jeunes filles, afin qu^elles ne soient point si folles que de vouloir que la vi^llesse reproche à la chair... Tu m'entends; mais que voulais^je dire?

Rosso. Tu veux dire que j'ai été moine, garçon d'hôtellerie, juif, sbire '*, muletier, galérien par force, et, par amour^ meur nier, courrier, ruffien, charlatan, gueux, domestique d'écoliers; serviteur de courtisan, et je suis Grec '^...Yoilà pour ma part du collier, et quant à savoir parler à propos , parie , Nanna.

ALViGiA. Mon superbe discours a été sans malice, et je voulais dire que j'ai bien quelques années pendues au cul, mais que je ne fis jamais une entreprise semblable à celle-ci.

ROSSO. Et pourtant tu m'es d'autant plus obUgée que ce sera peut-être la dernière.

ALVIGIA. Et pourquoi la dernière? Y serais-je tuée, par hasard?

ROSso. Justement. Je dis la dernière, parce que les femmes ne s'emploient plus à la cour. Et il en résulte que, comme il n'est point permis de prendre femme , on prend mari ; et avec une si belle façon d'agir, chacun se passe ses fantaisies et ne va point contre les lois.

ALVIGIA. Elle est vraiment effrontée, cette cour-là ÎJBtvejyiîLtu voir si je dis vrai? Elle porte la mitre et n'en rougit pas ".

ROSso. Laisse aller la chronique... Quel moyen as-tu de retenir mon maître?

ALVIGIA. Les moyens me manquent... Tu me tiens pour bien simple !

ACT£ III, SCÈNE VU. Hl

Rosso. Dis-m'en un.

ALTiGiA. La femuie d'Arcolano le boulanger est un bon morc^eau, et elle est à moi tout entière. Je la ferai venir dans no- Itre maison , et ils se trouveront ensemble dans Tobscurité.

ROSSO. A merveille.

ALYiGiA. Combien en est-il de nobles dames qui paraissent divines, grâce aux robes brodées et au fard, et qui sont de lV)rt tristes jouissances!... La Togna, femme du boulanger que j''ai dit, a les chairs si blanches , si fermes, si jeunes et si propres, qu'une reine en serait glorieuse.

ROSSO. Mettons que la Togna soit laide et qu'elle ne vaille iHen, elle paraîtra un ange à messire Maco, parce que les seigneurs ont moins de goût qu'un mort ; ils boivent toujours les t)ires vins, et mangent les plus détestables mets comme les xneilleurs et les plus précieux.

ALYiGiA. Nous nous sommcs entendus..., voici notre caséine... Retourne à ton maître, et rapporte-moi sa résolution «t rbeure de sa venue, sans oublier le collier. Nous le partagerons à loisir.

ROSSO. Oui , j'y vais.

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