‹ Œuvres choisies de P. ArétinChapitre 153 sur 218 · ACTE III, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VU

qu^on en trouve deUx taillés sur ce modèle. Mais, pour t^ouvrir mon àme, je suis accoutumé à servir depuis tant et tant d'*années, que je ne puis vivre sans servir : je me résous à aller à la cour de Sa Majesté le roi de France. Là, du moins, quand je ne ferais jamais autre chose que d'y voir cette belle réunion de seigneurs, de capitaines et de savants, je me trouverais content ; car tant de pompe, tant d'allégresse et tant de liberté sont une douce con'solation, tandis que Ton est désespéré par la misère, la tristesse et la servitude de cette cour de Rome ; et j'*entends dire que Paimable bonté du roi très-chrétien est si Srandê et si parfaite, qu'elle porte chacun àTadorer, comme la grossière malveillance de tous les autres seigneurs force chacun de les haïr.

VALÈRE. Il faut avouer que tu ne dis'pas encore tout... Sans doute, il n'y a qu'un roi de France au monde, et sa gracieuseté est incomparable, puisque celui-là même qui ne l'a jamais vu, le nomme, l'exalte, le révère et l'adore. .

^TLAMiNio. Voilà pourquoi je veux sortir de cette cour cor- K*ompue, pour aller servir le roi ; et, atin que tu le saches, j'ai des lettres de monseigneur de Baïf *", ce docte ami des savants, tia^ière anfbassadeur du roi à Venise, qui m'assure de l'accueil de Sa Majesté. Sans cela, je m'en allais à Gonstantinople servir l« seigneur Luigi Gritti ^^, chez lequel s'est réfugiée toute la courtoisie qu'ont mise en fuite les seigneurs plébéiens, qui n'ont d'un prince- que le nom ; c'est auprès de lui que se fût retiré Pierre Arétiu, si le roi François ne l'avait lié avec des chaînes d'or, et si le magnanime Antoine de Lève ne l'eût enrichi Jivec des coupes d'or et avec des pensions •'.

VALÈRE. J'ai entendu parler du roi, et aussi du présent qu'a tait à Pierre Arétin le seigneur Antoine, qui est, pour ainsi dire, le char de tous les triomphes de César... Mais, puisque tu es disposé à l'en aller, attends le départ de Sa Sainteté pour Harseille*».

FLAyiNio. J'attendrais plutôt le phénix.

VALÈRE. Quoi ! tu ne crois point qu'il y aille?

FLAMiNio. Je crois au Christ.

150 LA COURTISAIVE.

VALÈBE^ Tèle de fer ^^ î... Chacun se prépare à y aller-; et loi, tu n'en fais que rire.

FLAMiNio. Si le pape y va, je commencerai à croire que le inonde est près de sa (in, ou qu'il redevient homme de bien.

VALÈRB. Pourquoi en doutes-tu?

FtAMiMO. Parce que, s'il en est ainsi, je veux rester''^ daoç cette cour, et m'appeier heureux ; et parce que, s\ notre Saint père sjunit avec le roi, nous cesserons d'être des pouilleux^*; ipaifi s'il va à Marseille en aussi bel arroi que nous allons à Bologne, il me semble que nous serons Parausement des courtisans français, qui étalent plus de magnificence daD($ leurs vêtements et dans leurs repas, que nous n'étalons de misère dans les nôtres, et, n'était que la pompe du cardinal de Médicil couvre le tout, nous ressemblerions à une tourbe de marchands ruinés.

VALËKË. Tais-toi, le patron sort. Allons où tu sais, et U, je te répondrai sur la manière de quitter honorablement la cour.

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