‹ Œuvres choisies de P. ArétinChapitre 152 sur 218 · ACTE m, SCÈNK VU · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNK VU

teus ceux que Luigi Gaorlini , cet homme rare, avait emmenés avec lui à Gonstantinople, d^où est maintenant revenu le brillant Marco di Nicolô, dans lïime de qui il y a autant de grandeur que dans les âmes des rois ; c^est pourquoi son al* tesse le fortuné seigneur Luigi GriUi '^' Pu particulièrement ho<noré de ses bonnes grâces... et cela, en dépit des plébéiens et des méchants ! il y a le glorieux, fadmirable, le grand Titien, <loiit la coloris semble avoir, comme la chair, et le souffle 'et la vie... Kl le sublime Michel-Ânge loua avec des marques d'étonnemcnt le portrait du duc de Ferrnre; que Teiiiperour avait 'apporté avec lui **... Voilà le Pordonone, dont U»*> œuvres font douter si la nature donne du relief à Tart, ou Furt à la nature ''^... El je ne nie point que Mnrc-Antoine ne fut unique pour Je burin ; néanmoins Jean-Jacques Caralio, de Vérone, sdn élève, non-seulement l'égale jusqu'à présent, mais le surpasse, comme on le voit dans ses œuvres gra vées su ru!uivrc"^.. Ht je sais certainement que le fameux Malleo del Nasar, cher au roi de France et au très-habile Giovanni da Gastello, de Bologne, regarde comme des prodgies les ouvrages sur crislal, sur pierres dures et sur acier, de Luigi Anichini, qui est ausçi à Venise "*... Et il y a Francesco Marcolini, de Forli, esprit distingué et 4)lein de capacité. 11 y a encore le bon Serlio, archilecle bolonais '*, et M. Francesco Alunno, inveotciu* divin des caractères de toutes les langues du monde ^1... Que dire ^e plus? Le digne Jacobo Sausovino^" a quiué Romo pour Veaise, et avec raison ; parce que, suivant ce que dit le grand Adriano, père de la musique ^', Venise est l'arche de Noé.

VALÈRE. Je te crois ; et puisque je crois ce que tu dis, je Veux que tu croies ce (jue je te dirai.

FLAMiNio. Parle donc.

VALÈRE. Je dis, passant d'une chose k Tautre*^ , que ta misère provient du peu de respect que tu as toujours eu pour la cour. Blâmer ce qu'elle pense et ce qu'elle fait, te nuit toujours et toujours te nuira.

FLAMINIO. J'aime miei^x que la vérité me nuise, plutôt que le mensonge me profite.

vALÈitE. Dire la vérité, c^est là ce qui me déplatt ; et les Mi' gneurs n^nt rien qui les offusque autant *' que les vérités que tti dis. Il faut dire des grands que le mal qu^ils font est bien fait ; et il est aussi dangereux et nuisible de les blâmer, qu'il est sûr, salutaire et utile de les louer. Il leur est permis, à eux, de tout faire ; et il ne nous est i)o!nt permis,, à nous, de dire tout ; et c'est à Dieu de punir leurs scélératesses, et non pas à nous... Sois donc un peu raisonnable, et parlopsçans passion : te semble-t-il sage d^avoir exercé ta langue contre la cour, comme tu Fas fait?

FLAMiNio. Qu*ai-je dit d'elle ?

VALÈRE. Tu l'as représentée comme hérétique, comme faussaire, comme traîtresse, comme effrontée, et comme iminidique... Et elle est devenue la fable du peuple, grâce â tes indiscrétions.

FLAMiNio. Grâce à sa conduite, vraiment.

VALÈRE. Tu continues encore ! Mais il serait moins mal de parler, comme tu fais, de la cour, parce que toujours Pasquin'' en parla, et en parlera toujours... Tu es ensuite tombé sur le temporel, sur les intrigues •', sur les opinions, sur les privilèges ; et l'on croirait que tu peux faire des ducs avec les pieds, à la manière dont tu en parles : tu devrais avoir honte d'en dire les choses que tu en dis.

FLABUNio.- Pourqïioi dois-je avoir honte de dire ce qu'ils n'ont point honte de faire?

VALÈRE. Parce que les seigneurs sont seigneurs.

FLAMINIO. Si les seigneurs sont seigneurs, les hommes sont hommes. Eux, prennent plaisir à voir mourir de faim qui les sert ; et plus un homme de mérite souffre, plus ils jouissent... Et, pour comble de scandale, ils assaillent •* tantôt ce jeûne garçon; tantôt ce wiffien, tantôt ce gros vilain bouc ; et je triomphe de chanter leurs vilenies... Oui, je me tairai lorsque deux d'entre eux imiteront la bonté et la libéralité du roi de France... Ainsi, ne me tairai-je jamais.

VALÈRE. Pourquoi?

FLAMINIO. Parce que je verrai la cour honnête et sage, avant

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