GRILLO
ANDRÉ. Nous sommes d^accord sur le prix, et messire Maco, avec un courage siennois, se risquera à prendre les pilules.
MACO. Ces pilules-là me donnent beaucoup à penser, beaucoup.
MERCURIO. Piloîarum Romance Curiœ sunl dulciora.
GRILLO. Plaisantez avec les saints, mais ne vous frottez pas aux diables V
siACO. Pourquoi dis-tu cela, toi ?
GRILLO. N'entendez-vous pas que le médecin blasphème comme un joueur ?
MACO. Il parle comme un savant, imbécile !... {A MercU' rio.) Occupez-vous de moi, domine mi.
MERCURIO. Dico vobis, dulciora sunt Curiœ Romanœ piloîarum.
MACO. Nego istam.
MERCURIO. A progresus herbis, el inverbis^ sic inquH, totiens quoiiens aliquo coriigianos diventare voluni, pilola^ rum accipere necessiiatis est.
MACO. Coriigianos /... Pétrarque ne le dit point.
ANDRÉ. Il le dit en mille endroits.
MACO. C'est vrai. Pétrarque le dit dans ce sonnet : E itiebile il filOj etc.
ANDRÉ. Vous êtes plus docte que ne fut Roland.
MERCuRio. Pour conclure, votre seigneurie connalt-elie les nèfles?
MACo. Oui, meèsire.
MERCURIO. Lesinèfles de Sienne sont les pilules de Rome.
HACO. Si les pilules de Rome sont les nèfles de Sienne, j'en prendrai à Finfini. ^
GRiLLO. Et le jour et la nuit ^.
MACO. Que dis-tu ?
GRILLO. Je dis que tout sera pour le mieux, si vous vous dépêchez ; car je vais voir dans quel état est le moule qui vous attend *. - '
MACo. Ya^donc, et choisis le moule le plus aisé à mettre?
GRILLO. J'y vais.
MACO. Ecoute. . . Prends le plus beau qu'il y ait ?
GRILLO. J'entends.
MACO. Sais-tu, Grillo?... prends garde que personne ne se fasse courtisan avant moi ?
GRILLO. Je vous le promets.
ANDRÉ. N'oublie point la balance^; car, aussitôt que nous l'aurons moulé, il faut le peser, et payer tant par livre, suivant l'ordre de Varmellino **.
GRILLO. Rien n'y manquera.
ANDRÉ. Il n'y a rien de plus à faire, sinon que vous juriez de me bien caresser quand vous serez fait courtisan et cardinal ; car un homme n'est pas plus tôt eutré à la cour, qu'il change de gamme, et de docte, sage et bon qu'il était, devient ignorant, fou et méchant... Tout vil coquin, dès qu'il entend frémir la soie dont il est vêtu, dédaigne tout le monde, et il est l'ennemi mortel de qui lui a rendu service, parce qu'il a bonté d'avouer qu'il s'est trouvé dans la misère... si bien que... Jurez donc?
MACO. Je vous passerai la main sous le menton ^.
ANDRÉ. Plaisanteries d'enfants. Allons, jurez là.
AGTB IV , SCENE I. 1Ô9
MACo. Par la sainte croU?
ANDRÉ. Serment de femmes.
MACO. Par le saint Évangile ?
ANDRÉ. Ainsi disent les villageois.
MACO. Par la foi de Dieu ?
j^ypt^É. Paroles de portefaix.
MApo. P^rmonâme?
ANDRÉ. Conscience d'hypocrites.
luco. Par le corps dti monde ?
ANDRÉ. Coïonneries de sols.
. NAGo. Voulez-vous que je jure par le corps du seigneur Dieu ?
MERCURio. « Plaisantez avec les saints, et ne vous frottez pas aux diables >, a dit tout à Fheure Grjllo.
MACO. Je yeux contenter maître Mercurio, je le veux.
ANDRÉ. Ne vous ai-je pas dit que le blasphème est nécessaire au courtisan ?
MACO. Oui ; mais je Tavf^is oublié, je ('.avais oublié.
MERÇUfuq. Ne perdons poiQt.de tenips, car le moule se refroidira, et le bois cpûte cher à Rome ''.
MACO. Si vous attendez, j'en enverrai chercher une charge à Sienne..
AQrp^. ^b! ah! 4(1! quel fou plus que parfait!
NACp, Que dites-vous?
MERCURIO. Que vous serez courtisan plus que parfait.
liAco. Gr^iid merci, médecin.
GRiLLO. Les pilules, le moule et le monde entier vous attendent.
MACO. La lune, où se trouve-l-elle?
MERCURIO. In Colocut.
UÂCÇff Si el|e n'est pas à son quinziçn^ç jour, il suffit.
MERCURIO. Il y a peut-être uq an qu'elle y fut.
MAifpf Je peux donc prendre les pilules sine timoré influxi ?
ilSBi:uRio. Le mieux du monde.
ANDRÉ. Entrez, allez là.
MACO. J'y vai«, j'entre-