‹ Œuvres choisies de P. ArétinChapitre 164 sur 218 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

ALVIGIA, ROSSO.

ALviGu. Qu'y a-t-il, Rosso, mauvaise graine"?

ROSSO. J'ai cru que tu étais perdue.

ALViGiA. Je suis toute rompue... J'ai parlé à mon confesseur, et j'ai su quand vient la Notre-Dame de la mi-août.

ROSSO. Que t'importe de le savoir?

ALVIGIA. Parce que j'ai fait vœu de jeûner la vigile de cette fête. Puis, je me suis fait expliquer un songe, et j'ai ordonné de mettre dans te sermon les miracles de ma maîtresse. Je suis allée chez la Piémontaise ; elle a disparu, n'en dis rien. Puis, j'ai donné un coup d'œil à la jambe ulcérée* de Béatrix... oh! elle est fraîche î... Puis, j'ai trouvé au monastère des Converties une place pour la Pagnina ; et j'ai négligé d'aller à Saint- Jeçn visiter VOrdéga espagnole, qui est murée pour donner martel en tête à don Diègue ^.

Rosso. J'ai entendu dire cette niaiserie.

ALVIGIA. Après avoir fait tout ce que je t'ai dit, j'ai bu un pot de vin corse, à la taverne du Lièvre à cheval, et nie voici à toi.

ROSSO. Alvigia, nous sommes deux, et nous ne sommes qu'un; et, si tu me rends un service en paroles, par le corps!par le sang de la Vierge immaculée, et du saint et sacré!..- j^ veux me donner à toi, d'âme et de corps.

ALVIGIA. S'il ne s'agit que de paroles, la vache est à nous.

ROSSO. Paroles, et rien autre* chose.

ALVIGIA. Parle donc, et ne rougis pas.

ROSSO. Rougir à la cour? ah !

ALVIGIA. Dis vite.

ROSSO. Je ne t'ai jamais fait aucun plaisir, c'est pourquoi j'hésite... Eh bien! que le collier soit tout à toi.

ALVIGIA. Je l'accepte, et ne l'accepte pas. Je l'accepte, au cas où je te servijrai ; mais dans le cas où je ne te servirai pqjpt, je ne l'accepte pas.

ROSSO. Tu parles en sibylle... Sais-tu ce qui en est?... Je

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