‹ Œuvres choisies de P. ArétinChapitre 18 sur 218 · ACTE I , SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE VI

DRUDA. C'est une grande patience, que celle d'une sotte qui aime son mari , qu'elle devrait déchirer avec les dénis !... El surtout alors que le vaurien '^ ne lui cache même pas les filles de joie qu'il paye... Car il en mène jusque dans la maison. HpA. n faut être à deux de jeu.

DRUDA. J'ai grand' pitié des femmes qu'ils ont prises par amourachement, parce qu'en deux jours ils s'en dégoûtent ; comme les gens rassasiés se dégoûtent de ce qu'on sert ensuite devant eux.

PAPA. 11 n'y a plus de bonté dans le monde !

i^auDA. Je connais des hommes qui forcent leurs femmes ^ devenir voleuses, en leur donnant de petites chaînes et au- ^s choses qu'ils volent; ainsi, pour être bien avec eux, elles ^^ s^inquiètent point d'être mal avec les autres. i^ApA. Ce trait-là manquait au tableau !

i^BuDA. Je sais que je suis une babillarde en te disant que P'tisieurs, pour paraître quelque chose, et pour participer aux "^^ciirs des grands seigneurs , amènent leurs femmes dans la ^haiïibre de ces derniers, en plein jour !

''ApA. Vive Ferrare*"!

*>Hdda. Quel autre purgatoire infernal veux-tu, (|ue ces ^'^^Uribres où la jalousie de leurs maris les emprisonne sans ^^'elles voient jamais le ciel ?

'^APA. Pharaons!

^HuoA. Je voudrais que tu entendisses leurs lamentations, ^ï^que effrayées des dettes qui menacent de leur mettre les ?^''§ent8 sur les bras , ils décident leurs femmes à vendre ^^1^ pauvres dots !

^APA. Et les gros vilains moines ne gourmanderaient poiut ^ tels païens !

)>BUDA. Je néglige de vider entièrement le sac ; parce que je ^^^chèverais jamais si je voulais te parler de ceux qui, sous ^■'étexle de commerce, vendent pèle -mêle tout ce que leurs ^Hîmes ont. Je me tais sur celles qui sont abandonnées avec ^tiç troupe d'enfanls sur les épaules ; je suis niuctle à Tégard ^c ceux tjui ont une femme j»our chaciue résidence -, \e tv'ca

sortirais pas en cent ans, si je voulais te dire Tenvie que porte à de viles servantes la femme mariée à un homme de pku haute naissance qu'elle, ou la vie misérable de celle qui, quoique issue de noble lignage, s'allie avec un homme du {leuple... Je termine par les femmes héritières de grandes rentes, qiiî, donnant beaucoup à qui n'a pas un zeste , mériteraient que leurs maris fussent leurs esclaves.

PAPA. Nous autres femmes, nous ne retranchons pas un mt à nos bavardages, pas plus que les vierges qui n'en fioiueat jamais.

DRUDA. Que les maris diminuent leurs méfaits, s^ils veulent qu'une telle chronique ne soit pas longue.

PAPA. Maintenant je suis éclairée I

DRUDA. En veux-tu davantage?

PAPA. Non.

DRUDA. Donc, va-t'en chez toi, et moi chez moi.

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