SCÈNE I
VALÈtlE, seul.
Je suis hors d\me grande illusion *. Je dis ceci, parce que je croyats que le visage et la.langue des gens étaient toujours (facccm! avec leur coeur et leur âme ; et cette croyance venait non-seulement de ce qiie je pouvais tout, mais encore de ce que j'usai* avec douceur de mon pouvoir envers tous ; et pour l\ine et Taulre raison, je -pensais être aimé, que dis-je? adoré; et je peux bien dire : « ma croyance, comme tu m'as trompé!... » Perverse, ingrate et envieuse nature de la cour?... Est-il au monde malignité, est-il au monde tromperie, est-il au monde cruauté qui ne règne chez toi?... Aussitôt que le prince m^a regardé de travers, l'amour, la foi, le visage et l'àme de tous ceux qui l'entourent, ont mis bas ce masque (\ui «v'vh^xv
SI louglemps dérobé la vérité !... Tous ces vils esclaves rn^abhorrent iïomme si j'étais un serpent venimeux ; et de même (|u'il semblait que tout, jusqu'aux murs de la maison, sMocIrnàt devant moi, il semble maintenant que ces murs eux-méipv me fuient... Et ceux qui naguère m'élevaient jusqu'au ciel dans leurs éloges, m'accablent maintenant de leur blâme'. Chacun, le plus qu'il peut, en présence du maitre, n'épargne rien pour se faire remarquer ; car tous donnent à leur pfaf- ' sionomie cet air avenant ^, qu'on voit ordinairement sur le visage de ceux qui, sans demander, sollicitent, et, &ans ouvrir la bouche, parlent;.. Et chacun, en gestes et en paroles, s'efforce de se montrer digne de ma place, et Dieu sait les .menées et les conférences qui se font à ce sujet : l'un, craignant que je ne reprenne mon poste, hausse les épaules, et ne m'attaque ni ne me défend ; un autre, qui regarde comme assuré ce qu'il désire, me blesse sans nul ménagement... L'Envie, mère et (ille de la cour, a déjà mis aux prises tous ces intrigants, animés l'un contre l'autre d'une mortelle haine ; celui qui approche le plus du rang d'où je suis tombé, est en butte au mauvais vouloir de quiconque se trouve avoir moins d'espérance^. Enfin chacun, se relevant, pour ainsi dire, par ma chute, me rabaisse et s'exalte... Et dans une telle infortune, je me compare à un (leuvo avec lequel rivalisent tous les petits ruisseaux, quand, gonflés par les pluies, ils embrassent en grondant un grand espace de terrain pour s'en faire un lit... Mais je compte sur mon innocence, et j'espère qu'il en sera de tous ces méchants, comme de ces faibles ruisseaux, qui font grand bruit lorsque le soleil a fondu les neiges et les glaces des montagnes, et qui sont bientôt absorbés dans les plaines où, depuis qu'ils roulent des eaux plus abondantes, ils prétendent dominer... C'estavec les armes de la patience qu'on désarme l'envie, et c'est donc avec elles que je trancherai les liens dont le destin m'a chargé... (je dis le destin, puisque tout profit et tout dommage sont mis sur le compte du destin)... Et je veux retourner au logis; et, |)Our mieux supporter ma situation, je supposerai que je suis, comme on devrait êlre à la cour, muet, sourd et aveugle.