ACTE V, SCENE XXIU
PARABOLAN. Je te pardonne aussi, Rosso, parce que tu es Gî r^ec, et que tu as fait un trait de Grec, en y mettant toute Tastu.ce d'un Grec... Et toi, Valère, consens à te réconcilier avec l^ Rosso, puisque je lui ai pardonné, moi, et qu'il a euTest>«*it de me mener par le nez.
VALÈRE. Je suis tout à votre seigneurie.
ROSSO. Savez^vous, messire Valère, que le Rosso se ferait ^csarteler pour vous ?
VALÈRE. Ah ! ah ! ah !
LE PÊCHEUR. Et moi, où resté-je sans l'argent de mes lanil>roies ?
PARABOLAN. Toi, pcchcur, pardonne au Rosso ; car, bien
^uetu sois de Florence, tu es assez peu habile pour t'étre
^«lissé tromper à la façon que tu dis ; et va-t'en avec celte bêle
^e juif... Valère te donnera satisfaction, en lui faisant rendre
*5on pourpoint ou l'argent.
LE pêchï;ïjr. Grand merci à votre seigneurie! LE JUIF. Serviteur de votre seigneurie.
LE pêcheur. Je pardonne au Rosso, mais noua ces traîtres de prêtres qui m'ont écorché.
pARABOLAN. Arrangc-toi avec les |)rètres (|ui t'attachèrent à la colonne. Maintenant, toi, Valère, reçois toutes mes excuses, et pardonue-moi ce que naguère me fit faire et dire un délire d'amour ; d'ailleurs, ce n'est, point peu de chose lorsqu'un homme comme moi avoue à un de ses inférieurs, qu'il a eu tort... Maintenant, estimable boulanger, souviens-loi du proverbe ; « Qui a les cornes sous les pieds, et ne se les met pas à la tête, est une bête. »
ARCOLANO. C'est le diable.
• PARABOLAN. Certainement..., parce que les cornes, sont vieilles et ont poussé en haut... Et je crois que le seigneur jyiea les mit de sa main à Moïse, et aussi à la lune ; et, quoiqu'ils en aient l'un et l'autre, ils ne sont point pour cela ce qu'ils te paraissent être*; bien loin de là : la lune avec ses cornes fait l'ornement du ciel, et Moïse, l'honneur de l'ancien Testament.
%3 LA COIJETISANK.
ARCQLANO. l)onnez-|W)i dope à entendre qiie le m\ (n'est salutaire!...
PARABOi'AN. Comment! tous les apimaux utiles ont deç covues : les bœufs, les limaçons... Et quête semble-t-il des licornes, dont la corne vaut tous les trésprs du monde**, c'est un contre-poison ?... Songe alors au prix que valent les cornes d'un homme, lorsque celle dVn animal a tant de prixel de vertu?... Les cornes des hommes, qui sont un remède contre la pauvreté, etc., et que de nobles et puissants seigneurs {lortent sur leurs s^rmoi ries.
ARCOLANO. Qu'il en soit ce qu-'on voudra... Tel que vous rae voyez, j'en ai fait porter, pour ma part, à certaine personne... vous ne le croiriez jamais... Suffit, c'est comme je vous le dis.
PAR^^BOLAN. Allons douc, madame tuU-le-peu **, baisez voire niî|ri.
ARCOLANO. Allons, lialsez-mol.
To«NA. Retire-toi, goujat '''*! ne me touche ps!
ARCOLANO. Ah ! vilaine gueuse ! pourquoi m^s^Srlu trahi ?
TOGPfA, Que veux-tu que je fas§e de ce qui pie reste ? que je le jette aux cochons ?
vALÈRf.. Elle a raisoUi ah ! ah ! ah !
ALVKiiA. Seigneur, puisque vous êtes si bon, je veux vous donner mieux que Livie, qui, à purt un assez joli visage, n^est gu^re présentable.
PARABOLAN. T(i ne m'attraperas plus, (>ar Pieu !... uh ! ah t ah !... Elle aurait encore le froqtde me faire uO autre tour!... Valère, allons tous au logis, car je veux que les acteurs de cette comédie soupenl avec moi, et je veux que tu la saches tout entière, et que nous en riions ensemble toute la nuit... Aussi bien, nous sommes en carnaval.
VALÈRE. Yoici la maison... Maître André, introduis noire monde... Messire Maco, (pie votre seigneurie entre la première.
MACO. Grand merci. Le seigneur Rapolan..., c*est vraiment votre seigneurie qui entrera d'abord. .
pARABOLAN. Allons, allous ! qu'on soupe, et qu^on rie jusqu'au jour!...