SCÈNE XJ
KADICGHKO, POLIDORO.
RAuiccHio. [^endanl que nous faisions le guet ici près, nous avons appris que la dame s'en est allée avec sa mère ; et si enragée contre son mari, que demain matin elle vous enverra chercher et vous retiendra avec elle un siècle !...
POLIDORO. Allons à la maison ; car je suis tout ému du dépit que j'ai éprouvé, et de l'injustice du sort !...
RADiccHio. Je me suis aperçu, à votre manière de pincer le luth, et au tremblement de votre voix, que besoin était de vous tirer du sang.
POLIDORO. il n'est point d'homme qui n'y eût été trompé, tant le fourbe, que j'entendais à peine parler, sut bien faire que je le prisse pour elle !...
RADICCHIO. Les échalotes , les ciboules et les porreaux ne font point venir la goutte à qui en mange ; mais bien les paons, les faisans, et les perdrix^'^... La chaleur n'épuise point, le froid ne glace point les pauvres misérables qui n'ont pas des babils selon le temps qu'il fait; mais ils vous domptent et vous maltraitent cruellement '®, vous autres grands seigneurs, qui ne connaissez point les privations !...
POLIDORO. Que veux-tu inférer de là?
RADICCHIO. Que les grandes nymphes et les superbes divinités conduisent souvent un homme à sa perte''', mais les servantes, jamais'^!... Leur amour, ni plus ni moins commode que Test un abri pour l'homme mal vêtu en janvier, est comme un miel sans cire, un lard sans couenne, et une pêche sans peau.
POLIDORO. Je ne peux plus me tenir.
RADICCHIO. Venez vous appuyer sur moi... Le lumignon qui brille dans la petite lampe de ces gens qui viennent de notre côlc, nous éclairera jusqu'à vôtre porte.
4CTE IV, SCÈNE XII. l^