‹ Œuvres choisies de P. ArétinChapitre 66 sur 218 · SCÈNE xn · texte numérisé non relu

SCÈNE xn

MEZZOPRETR» SFRATATO, GHIETINO.

MEzzoPRETE. Si qiielqu'uD eût dit naguère au monsignore défunt, alors qu^il acheta les pierreries qu'il a sur lui : c Elles seront à un tel, à celui-là, à celui-ci », il se fût déchiié la face avec ses ongles, vraiment!

SFRATATO. Parcc que ses pareils dérobent, et n'achètent pas... S^il Feût deviné, en disant : < Cela ira d^in voleur à un voleur "'• », il se fût pris à rire.

CHiETiNO. Je songe à part moi, qu'aussitôt que nous gripperons gants, mitres, crosses, étoles, surplis, et mules, il faudra qu'un de nous ( afin que le Satan qui crie /Dieppe ne nous avale point^) s'habille en pontife, et, au nom du Panr sit fegatello*^, nous absolve tous du furtorum furtarum,

SFRATATO. Âh ! ah ! ah !

MEZZOPRETE. Dc grâcc, dis-moi, Stracciacappa*^^ce que faisait aujourd'hui une si grande foule assemblée autour de Thôtellerie de la Cloche?

SFRATATO. Si tu y eusses été, tu aurais vu une des plus piquantes baies qu'ait jamais imaginées un charlatan sur ses tréteaux.

CHiETiNO. Je sais bien ce que tu veux dire *''.

SFRATATO. Va douc en avant, et guette au coin des rues ; et, si quelqu'un arrive, tousse ou crache.

CHiETiNO. Il ne parle pas mal.

MEZZOPRETE. PourSUis.

SFRATATO. Uu quidam **y de haute taille, ayant une grosse tête, de vilains yeux de travers, une large bouche, un visage de Turc, une barbasse mal peignée, de longs cheveux , et vêtu tellement quellement ; cet homme, monté sur ses tréteaux, avec un parler de prédicateur et une voix aiguë, a donné à entendre à la foule attirée par ses charlataneries, qu'il montrerait le diable à tous ceux qui payeraient un baïocco^^; si bien que j'ai été uu de ceux-là, et que, voulant savoir clairement si

60 LR PHILOSOPHE.

le diable est vraimenl aussi laid qu'on le dé|>eint,-j'ai payé ma place.

MEzzopRBTB. Je te suis.

SFRÀTÀTO. Et, ainsi entré dans la plus grande salle de Thôte, j'ai poussé de telle façon la foule, tantôt avec un coude, tantât avec Fautre, que je suis parvenu au premier rang. Cependant Phomme au grand chapeau prend une bourse à deux poches, et, en ayant ouvert une, il dit aux spectateurs : « Regardez si vous voyez quelque chose là-dedans ? » Et, comme on lui répond : «Non ! » il ré|)ète : «Regardez-y bien ! » Et, eux affirmant la même chose, il crie : « Maintenant, faites attention ! Que vous semble-t-il qu'il y ait de l'autre côté? » Et, tous vociférant : < Il n'y a rien du tout! » il dit : < C'est le diable, qu'il n'y ait pas un denier ^^ I » Le diable, qui puisse emporter le Mezzoprete, s'il ne rit pas à gorge déployée !

cuiETiNO. Avancez; car bavarder maintenant est hors de saison.

SFRATATO. L'églIsc mc parait ouverte.

MEZZOPRETE. Elle sc tient ainsi pour nous épargner de la peine !

SFRATATO. En avant les leviers !

CHiETiNO. Otez-vous, je vois la manière dont il s*y faut prendre.

SFRATATO. Tu cs passé maître !

MEZZOPRETE. Cet étai est misa propos.

CHiETiNO. Très-bien, quant au commencement; il s*agit maintenant de savoir qui vent descendre là !

SFRATATO. Tirons au sort *' ; et à qui sera, sera !

MEZZOPRETE. Quoi ! Avez-vous peur, vous autres, qu'il ne vous avale?... Ce sont les vivants, et non les morts, qui dévorent plutôt qu'ils ne mangent.

GHiETiNO. Tu dis la vérité, mais...

MEZZOPRETE. Quc vcut dire mdû ?

SFRATATO. Quc uc tc chargcs-tu de descendre dans la tombe, toi. qui gausses en brave?

MCUi»RKTE. Ce me semble une Iwgalelie, que d*appuyer

ACTR V, SCKNK I. fil

ma poitrini^ sur le bord de eette foRse, en étendant le» jamiies enlms... Ah I... à l'aide! à Taidel... Il me tire |Mir le pied, ^veo ses deux mains I

ftFnATATO. Patrie et Filio et Spirito.

anETiNO. Miséricorde I ITRATATO. Ne me prends pas par les épaules !

CHiETiNO. Frère, ne m'abandonne pas f «uiopRETB. Je suis mort ! tout mon poil s'est hérissé sur mon corps fJ'ai laissé un soutier !... 11 ne faut point plaisantftr avec la foi I . . . Mais quelle ombre est-ce que je vois ?. . . Ah ! que son esprit ne m'entre point dans le (U)rps ! Chietino ! Sfratato ! Oui , vo les obercber ^!... mais moi , je m'enfuis do ne côté.

Page 1