AU GRAND CARDINAL DE TRENTE
PIERRE ARETIN
Les miracles que fait la bonlé de Dieu sont prouvés par les prières qu'on lui adresse ; ceux qui proviennenl du génie des hommes ont pour témoignage les statues qu'on leur consacre; quant à l'amour que porte aux beaux esprits la courtoisie des princes, nous en sommes certains par les œuvres qu'on leur dédie, comme maintenant je vous dédie la Courtisane: laquelle vous doit être chère, soit parce que le monde^esplendira de vos mérites , moi vous honorant, vous étant cardinal et seigneur ; soit parce que, en voyant, dans cette comédie, une partie de la vie des cours et des seigneurti, vous marcherez fier de vous-même, tant vous êtes éloigné de leurs mœurs ; or, vous jouirez de vous sentir si difTiîrentde vos pairs, de même qu'une jeune fille qui folâtre avec une sarrasine, jouit de fa mauvaise grâce que celle-ci met dans tout ce qu'elle fait, tellement que la première, dans tous ses mouvements, paraît plus belle et plus gracieuse. Et ainsi tant de gentilshommes qui vous servent, tant d'artistes qoi vous célèbrent, et tant de cavaliers qui vous courtisent, finiront parconnatire, en vous comparant aux autres, ce que vaut l'homme qu'ils adorent ; ce n'est pas autrement qu'on a fini par connaître le diabolique Luther, contre la méchanceté duquel toute la foi chrétienne, qui vit soai le roi des Romains, s'est fait un bouclier de votre vertu, ô vous dont le conseil, visible dans tous les actes de ce prince, rend toujours dair ce qui est douteux, et sûr ce qui est périlleux. Et, de même que vous ne pouviez gagner la faveur d'un meilleur roi que Ferdinand, ainsi Sa Majesté ne pouvait se livrer à un meilleur minisire que le grand et révérendissinic cardinal de trente. Mais, quoique vous soyez (el, ne dois-je pas espérer que, d'une généreuse main, vous prendrez le don que je présente à un si grand seigneur, moi qui suis un si petit personnage ?