‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 103 sur 147 · ANGELOT · texte numérisé non relu

ANGELOT

Je gage mon grand bouc, qui par mont et par plaine Conduit seul un troupeau comme un grand capitaine; Il est fort et hardy, corpulent et puissant.

Brusque, prompt, éveillé, sautant et bondissant, Qui gratte, en se jouant, de l'ergot de derrière (Regardant les passans) sa barbe mentonnière.

* Cesser, heurter.

* Chevestre, licol, capisirum.

3 Mef, sous-entendu elle, Thoinon,

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Il a le froDt severe et le pas mesuré,

La contenance ûere et Tœil bien asseuré :

Il ne doute les loups, tant soient-ils redoutables,

Ny les mastins armez de colliers effroyables,

Mais planté sur le haut d'un rocher espineux

Les regarde passer et si se mocque d'eux.

Son front est remparé de quatre grandes cornes ; Les deux proches des yeux sont droites comme bornes Qu'un père de famille esleve sur le bord De son champ qui estoit nagueres en discord ; Les deux autres qui sont prochaines des aureilles, En douze ou quinze plis se courbent à merveilles D'une entorse ridée, et en tournant s'en vont Cacher dessous le poil qui luy pend sur le front.

Dès la poincte du jour ce grand bouc qui sommeille N'attend que le pasteur son troupelet reveille. Mais il fait un grand bruit dedans l'estable, et puis En poussant le crouillet, de sa corne ouvre l'huis, Et guide les chevreaux qu a grands pas il devance Comme de la longueur d'une moyenne lance.

Puis les rameine au soir à pas contez et Ions, Faisant sous ses ergots poudroyer les sablons.

Jamais en nul combat n'a perdu la bataille, Ruzé dès sa jeunesse, en quelque part qu'il aille. D'emporter la victoire : aussi les autres boucs Ont crainte de sa corne, et le révèrent tous. Je le gage pourtant : voy comme il se regarde, 11 vaut mieux que le cerf que ta Thoinon te garde.

NAVARRIN

J'ai dans ma gibbeciere un vaisseau fait au tour,

De racine de buis, dont les anses d'autour D'artifice excellent de mesme bois sont faites, Où maintes choses sont diversement por traites.

Presque tout au milieu du gobelet est peint Un satyre cornu, qui de ses bras estreint Tout au travers du corps une jeune bergère, Et la veut faire choir dessous une fougère.

Son couvrechef luy tombe, et a de toutes pars A l'abandon du vent ses beaux cheveux epars : La nymphe courroucée, ardante en son courage. Tourne loin du satyre arrière le visage, Essayant d'eschapper, et de la dextre main Luy arrache le poil du menton et du sein, Et luy froisse le nez de l'autre main senestre. Mais en vain; car tousjours le satyre est le maistre.

Trois petits enfans nuds de jambes et de bras.

Taillez au naturel, tous potelez et gras

Sont gravez à Tentour : Tun par vive entreprise

Veut faire abandonner au satyre sa prise,

Et d'une infante main par deux et par trois fois

Prend celle du bouquin et lui ouvre les doits.

L'autre, enflé de courroux, d'une dent bien aiguë Mort ce dieu ravisseur par la cuisse pelue, Se tient contre sa grève, et si fort la mordu Que le sang sur la jambe est par tout descendu, Faisant signe du pouce à l'autre enfant qu'il vienne, Et que par Tauire cuisse à belles dents le tienne : Mais luy tout refrongné, pour néant supplié.

Se tire, à dos courbé une espine du pié.

Assis sur un gazon de verte pimpernelle.

Sans se donner soucy de l'autre qui l'appelle.

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Une génisse auprès luy pend sur le talon, Qui regarde tirer le poignant aiguillon De Tespine cachée au fond de la chair vive, Et ^oute est tellement à ce fait ententive, Que béante elle oublie à boire et à manger :

Tant elle prend plaisir à ce petit berger, Qui en grinçant des dents tire à la fin Tespine, Et tombe de douleur renversé sur Teschine.

Un houbelon ^ rampant à bras longs et retors De ce creux gobelet passemente les hors, Et court en se pliant à Tentour de l'ouvrage : Tel qu il est toutefois je le mets pour mon gage.

OUISIN

Je mets une houlette en lieu de ton vai-sseau. L'autre jour que j'estois assis près d'un ruisseau, Radoubant ma musette avecques mon alesne, Je vy dessur le bord le tige d'un beau fresne Droit, sans nœuds, et sans plis : lors me levant soudain J'empoignay d'allégresse un goy * dedans la main, Puis coupant par le pied le tige armé d'escorce. Je le fis chanceler et trébucher à force Dessur le pré voisin cstendu de son long :

En (juatre gros quartiers j'en fis sier le tronc. Au soleil je seichay sa verdeur consumée, Puis j'endurcy le bois pendu à la fumée.

A la fin le baillant à Jean, ce bon ouvrier M'en fist une houlette, et si n'y a chevrier

* ffouk^lon, houblon.

* Go^t serpette.

wm^mtm

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Ny berger en ce bois, qui ne donnast pour elle La valeur d'un taureau, tant elle semble belle : Elle a par artifice un million de nouds, Pour mieux tenir la main, tous marquetez de clous ; Et afin que son pied ne se gaste à la terre, Un cercle faict d'airain de tous costez le serre : Une poincte de fer le bout du pied soustient, -Rempart de la houlette, où le pasteur se tient Dessur la jambe gauche, et du haut il appuyé Sa main, quand d'entonner sa lourette^ il s'ennuye : L'anse est faite de cuivre, et le haut de fer blanc Un peu long et courbé, où pourroient bien de rang Deux mottes pour jetter au troupeau qui s'égare, Tant le fer est creusé d'un artifice rare.

Une nymphe y est peinte, ouvrage nompareil.

Essuyant ses cheveux aux rayons du soleil.

Qui deçà qui delà dessur le col luy pendent.

Et dessur la houlette à petits flots descendent. Elle fait d'une main semblant de ramasser Ceux du costé senestre et de les retrousser En frisons sur l'aureille, et de l'autre elle allonge Ceux du dextre costé mignotez d'une esponge Et tirez fila fil, faisant entre ses doits Sortir en pressurant l'escume sur le bois.

Aux pieds de ceste nymphe est un garçon qui semble Cueillir des brins de jonc, et les lier ensemble De long et de travers, courbé sur le genou :

Il les presse du pouce et les serre d'un noud, Puis il fait entre-deux des espaces égales.

Façonnant une cage à mettre des cigales.

^ LoUrette, petite musette.

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Loin derrière son dos est gisante à Tescart Sa panetière enflée, en laquelle un regnard Met le nez finement, et d'une ruse estrange Trouve le déjeuner du garçon et le mange, Dont l'enfant s'apperçoit sans estre courroucé ; Tant il est ententif à Tœuvre commencé.

Si mettray-je, pourtant une telle houlette, Que j 'es lime en valeur autant qu'une musette.

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