BELLOT
Pour la cage et l'oiseau je veux mettre un panuier
D'artifice enlacé de vergettes d'ozier.
Large et rond par le haut, qui tousjours diminue :
En tirant vers le bas d'une poincte menue :
L'anse est faite d'un hous qu'à force j'ay courbé :
En voulant l'attenuir le doigt je me coupé
Avecque ma serpette : encores de la playe
Je me deuls, quand du doigt mon flageoUet j'essaye.
Tout ce gentil pannier est portrait par-dessus
De Mercure et d'Io, et des cent yeux d'Argus :
« TU, tilleul.
* Belin, Remy Belleau.
EGLOGUES 245
10 est peinte en vache, et Argus en vacher :
Mercure fait le guet, qui du haut d'un rocher RouUe le corps d'Argus, après avoir coupée Son col du fer courbé de sa treuchaute espée : Une nymphe est auprès en simple corset blanc, Qui tremble de frayeur de voir jaillir le sang. ,
11 me sert à serrer des fraises et des roses,
Il me sert à porter au marché toutes choses : Mon Olive,* mon coeur, désire de le voir, Elle me veut donner son mastin pour l'avoir, Et si ne l'aura pas : je te le mets en gage.
J'en refuse trois fois la vente de la cage.
dieu qui prens le soin des nopces, Hy menée, Laisge pendre à ton dos la chape eusafranée : Ton pied soit enlacé d'un beau brodequin bleu. Et portes en ta main un clair flambeau de feu ; Esternue trois fois : ta leste chevelue Esbranle par trois fois : trois fois à ta venue Voy Claudine et Gharlot,' afin que désormais Le mariage soit heureux pour tout jamais.
Ameine avecques toy la Gyprienne sainte D'un demi-ceinct tissu dessus les hanches ceinte. Et son enfant Amour teuant l'arc en ses mains, Pour se cacher es yeux ^ du prince des Lorrains. Ce n'est pas un berger, qui vulgaire et champestre Meine aux gages d'autruy un maigre troupeau paistre; Mais qui a cent troupeaux de vaches et de bœufs, De boucs et de béliers paissans les prez herbeus
' Viole, ou Viola, maîtresse de Du Bellay. (L. M.)
* Claude, fîUe de Henri II, et Charles, due de Lorrain*. (L. M.)
' Fs yeuXf dans les yeux. (L. M.)
246 éoLOGUES
De Meuse et de Moselle, et la fertile plaine De Bar qui se confine aux terres de Lorraine.
Il s'élève en beauté sur tous les pastoureaux Comme un brave taureau sur les menus troupeaux, Ou comme un pin gommeux au resonnant fuei liage Tient son chef pommelu par-dessus un bocage.
Qui plus est, son menton en sa jeune saison Ne se fait que. cresper d'uue blonde toison.
Bergers, faites ombrage aux fontaines sacrées. Semez tous les chemins de fleurettes pourprées, Despeudez la musette, et de bransles divers Chantez à ce Gharlot des chansons et des vers.
Qu'il te tarde beaucoup que Vesper ne t'ameine Déjà la nuict, pour mettre une fin à la peine I Soleil, haste ton char, accourci ton séjour ; Charlot a plus besoin de la nuict que du jour.
L'Amitié, la Beauté, la Grâce et la Jeimesse Appresteront ton lict, et par grande largesse Une pluye d'oeillets dessus y sèmeront, Et d'ambre bien sentant les draps parfumeront. Mille Amours emplumez de leurs petites'ailes Voleteront dessus, comme es branches nouvelles Des arbres, au printemps, voleteut les oiseaux Qui se vont esgayant de rameaux en rameaux.
La vigne à son ormeau si fort ne soit liée.
Qu'alentour de ton col ta jeune mariée.
Qui d'un baiser permis ta bouche embasmera, Et d'un autre plaisir ton cœur allumera.
C'est une prime fleur encore toute tendre :
Espoux, garde-toy bien de brusquement la prendre,
Il la faut laisser croistre, et ne faut simplement
Que tenter cette nuict le plaisir seulement.
Gomme tes ans croistront, les siens prendront croissance :
Lors d'elle à plein souhait tu auras jouissance,
Et trouveras meilleur mille fois le plaisir :
Car l'attente d'un bien augmente le désir.
■Or le soir est venu, entrez en vostre couche, Dormez bras contre bras et bouche contre bouche : La concorde à jamais habite vostre lit :
Chagrin, dissension, jalousie et despit Ne vous troublent jamais, ains d'un tel mariage Puisse naistre bien tost un généreux lignage Meslé du sang Lorrain et du sang de Valois, Qui Pàrthenope un jour remette sous ses lois, Et puisse couronner ses royales armées.
Sur le bord du Jourdain, de palmes Idumées.
Atant se tout Bellot, et Perrot tout gaillard, Enflant son chalumeau, luy respond d'autre part.