‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 108 sur 147 · PERROT · texte numérisé non relu

PERROT

Lucine Junon, qui aux nopces présides,

Et de paons accouplez, où il te plaist, tu guides

Ta coche comme vent sur terre et sur les ci eux.

Brave de majesté comme royne des dieux.

Amené Pasithée et la Muse divine

Qui préside aux banquets, aux nopces de Claudine.

Comme une belle rose est l'honneur du jardin.

Qui aux rais du soleil est esclose au malin,

Claudine est tout l'honneur de toutes les bergères.

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Et les passe d'autant qu'un chesne les fougères : Nulle ne Ta gaignée à sçavoir façonner Un chapelet de fleurs pour son chef couronner : Nulle ne sçait mieux joindre au lis la fraische rose, Nulle mieux sur la gaze un dessein ne compose De fil d*or et de soye, et nulle ne sçait mieux Conduire de Pallas les arts ingénieux.

Comme parmi ces bois volent deux tourterelles Que je voy tous les jours se caresser des ailes. Se baiser l'une et l'autre et ne s'entre-eslongner, Mais constantes de foy tousjours s'accompagner. Qui de leur naturel jusqu'à la mort n'oublient Les premières amours qui doucement les lient : Ainsi puisses-tu vivre en amoureux repous Jusqu'à la mort, Claudine, avecque ton espoux.

Je m'en vay sur le bord des rives plus secrettes Cueillir en mon panier un monceau de fleureltes, Afin de les semer sur ion lict génial, Et chanter à Tentour ce beau chant nuptial.

D'une si belle fille est heureuse la mère.

Ton père est bien-heureux, bien-heureux est ion frère,

Mais plus heureux cent fois et cent encor sera.

Qui d'un masle héritier enchante te fera :

Heureux sera celuy qui aura toute pleine

Sa bouche de ton ris, et de ta douce haleine,

Et de tes doux baisers, qui passent en odeur

Des prez les mieux fleuris la plus souave fleur :

Heureux qui dans ses bras pressera toute nue

Toy, Claudine aux beaux yeux, du sang des dieux venue;

Qui hardi tastera tes tetins verdelets

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Qui semblent deux boutions encore nouvelels ; Et qui, licenlié d'une liberté franche, Rebaisera ton front, et la belle main blanche, Et qui demeslera fil à fil tes cheveux, Follastrant toute nuict, et faisant mille jeux : Celuy priera la nuit que cent nuits dure encore. Ou bien que de cent jours ne s'éveille l'aurore, Afin que paresseux long temps puisse couver Ses amours en ton sein, et point ne se lever.

Mais le soir est venu, et Vesper, la fourrière Des ombres, a versé par le ciel sa lumière :

11 faut s'aller coucher. Quoy ! tu frémis du cœur, Ainsi qu'un petit fan qui tremble tout de peur Quand il a veu le loup, ou quand loing de sa mère Il s'effroye du bruit d'une fueille légère.

Il ne sera cruel : car une cruauté Ne sçauroit demeurer avec telle beauté.

Demain, après avoir son amitié cognue.

Tu voudrois mille fois que la nuict fust venue Pour retourner encore aux amoureux combas, Et pour te rendormir dans le pli de ses bras.

Sus, deshabille-toy, et comme une pucelle Qui de bien loin sa mère à son secours appelle. N'appelle point la tienne, et vien pour te coucher Près du feu qui te doit les larmes dessécher. [Gomme une tendre vigne à l'ormeau se marie Et de mainte embrassée autour de lui se plie, Tout ainsi de ton bras en cent façons plié Embrasse le beau col de ton beau marié.]

Celuy puisse ^nter le nombre des arènes.

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Les estoiles des cieux, et les herbes des plaines, Qui contera les jeux de vos combats si dous, Desquels pour une nuict vous ne serez pas saouls. Or sus esbatez-vous, et en toute liesse Prenez les passe-temps de la courte jeunesse Qui bien tost s'enfuira, et au nombre des ans Qui vous suivront tous deux égalez vos enfans. Ton ventre désormais si fertile puisse estre, Que d'un sang si divin puisse en bref faire naistre Des filles et des fils ; des fils qui porteront Les vertus de leur père empreintes sur le front, Et qui dès le berceau donneront cognoissance Que d*un père très fort auront pris leur naissance ; Les filles en beautez, en grâce et en douceur Par signes donneront un tesmoignage seur De la pudicité de leur mère divine, Qui de nostre grand Pan reçoit son origine.

Ainsi disoit Perrot, qui retenant le son De son pipeau d'aveine acheva sa chanson.

Echo luy respondoit : les bois, qui rechanterent Le beau chant nuplial, jusqu'au ciel le portèrent. Lors MiGHAU s'escriant s'asseit au milieu d'eux, Puis dit, en approuvant la chanson de tous deux.

MIGHAU

Vostre flûte, garçons, à l'aureille est plus douce Que le bruit d'un ruisseau qui jaze sur la mousse, Ou que la voix d'un cygne, ou d'un rossignolet Qui chante au moins d'avril par le bois nouvelet. De manne à tout jamais vos deux bouches sont pleines, De roses vos chapeaux, vos mains de marjolaines :

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Jamais en vos maisons ne vous défaille rien, Puisque les chalumeaux vous entonnez si bien. Que chacun par accord s*entre-donne son gage : Perrot, pren le panier, et toy, Belle t, la cage : Retournez, mes enfants, conduire vos taureaux, Et vivez bien-heureux entre les pastoureaux. *

1 Éd. P. Bi., t. IV, p. 60.

Les églogues de Ronsard sont suivies de mascarades^ combats et cartels^ composés pour diyertir la cour dans les ballets et les tournois. Ces pièces assez médiocres ont aujourd'hui perdu tout Tintérêt qu'elles empruntaient de la circonstance. Nous passerons donc aux élégies^ dans lesquelles Ronsard n'a pas mal réussi pour son temps. On y voit figurer une nouvelle maîtresse du nom de Genèvre, qui a fort occupé les commentateurs du poète. Selon les uns, cette Genèvre serait tout simplement la femme du concierge de la geôle de Saint-Marcel; selon d'autres (et Guillaume CoUetet penche pour cette opinion], elle serait la femme du célèbre auteur et infatigable traducteur Biaise de Vigenère. Une querelle assez vive qu'eut Ronsard avec ce dernier, et une rencontre sur le quai de la Tournelle, qui faillit se terminer par un duel, donnent quelque vraisemblance à la conjecture de GoUetet. De plus, dans le nom de Genèvre ou Genièvre, on retrouve celui de Vigenère, Quoi qu'il en soit, les élégies adressées à Genèvre jouirent d'une grande célébrité, surtout celle qui commence par ces vers :

Genèvre, je te prie, escoute ce discours Qui commence et finit nos premières amours.

Souvent le souvenir de la chose passée Quand dn la renouvelle est doux à la pensée. ^

1 Éd. P. BU, t. IV, p. 224.

ÉLÉGIES 2o3

C'est ce qaHl y a de mieux dans celte pièce, dont les subtilités et les fadeurs durent charmer infiniment les admirateurs de d'Urfé et de Scudéry. Nous nous contentons de la signaler à cause de sa réputation, mais nous en citerons quelques autres.

Hier quand bouche à bouche assis auprès de vous Je contemplois vos yeux si cruels et si dous, Dont Amour fit le coup qui me rend fantastique, Vous demandiez pourquoy j'eslois mélancolique. Et que toutes les fois que me verriez ainsi, Vouliez sçavoir le mal qui cau^oit mon souci.

Or afin qu'une fois pour toutes je vous die La seule occasion de telle maladie, Lisez ces vers, Madame, et vous verrez comment Et pourquoy je me deuls d'Amour incessamment.

Quand je suis près de vous, en vous voyant si belle,

Et vos cheveux frisez d'une crespe cautelle ,

Qui vous servent d'un reth , où vous pourriez lier

Seulement d'un filet un Scythe le plus fier.

Et voyant vostre front et vostre œil qui ressemble

Le ciel quand ses beaux feux reluisent tous ensemble.

Et voyant vostre teint où les plus belles fleurs

Perdroient le plus naïf de leurs vive'fe couleurs.

Et voyant vostre ris et vostre belle bouche

Qu'Amour baise tout seul, car autre ne la touche :

Bref, voyant vostre port, votre grâce et beauté,

Vostre fiere douceur, vostre humble cruauté.

Et voyant d'autre part que je ne puis attaindre

A vos perfections, j'ay cause de me plaindre,

D'estre mélancolique, et de porter au front

Les maux que vos beaux yeux si doucement me foni .

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J*ay peur que voslre amour par le temps ne s'eSac€, Je doute qu'un plus grand ne gaigne vostre grâce, J'ay peur que quelque dieu ne vous emporte aux deux: Je suis jaloux de moy, de mon cœur, de mes yeux, De mon corps, de mon ombre, et mon ame est esprise De frayeur, si queLju'un avecques vous devise.

Je ressemble aux serpens, qui ^'ardent les vergers Où sont les Pommes d'or : si quelques passagers Approcheut du jardin, ces serpeas les bannissent. Bien que d*uu si beaufruiteux-mesmes ne jouissent. J

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