‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 115 sur 147 · LALOUETTE · texte numérisé non relu

LALOUETTE

Hé Dieu, que je porte d'envie Aux plaisirs de ta douce vie, Alouette, qui de l'amour Degoizes dès le poincl du jour.

Secouant eu l'air la rosée Dont ta plume est toute arrousée I Devant que Phœbus soit levé, Tu enlevés ton corps lavé Pour l'essuyer près de la nue, Trémoussant d'une aile menue ; Et te sourdant à petits bons , Tu dis en l'air de si doux sons Composez de ta tirelire , Qu'il n'est amant qui ne désire , T'oyant chanter au Renouveau, Comme toy devenir oiseau.

Quand ton chant t'a bien amusée, De l'air tu tombes en fusée Qu'une jeune pucelle au soir De sa quenouille laisse choir Quand au fouyer elle sommeille, Frappant son sein de son auïeille ; Ou bien quand en filant le jour Voit celuy qui luy fait l'amour Venir près d'elle à l'impourveue, De honte elle abbaisse la veue , Et son tors fuseau délié Loin de sa main roule à son pié.

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Ainsi tu roules, alouette, Ma doucelette mignonnette , Qui plus qu'un rossignol me plais Qui chante en un boccage espais.

Tu vis sans offenser personne ; Top bec innocent ne moissonne Le froment, comme ces oiseaux Qui font aux hommes mille maux, Soit que le bled rongent en herbe, Ou soit qu'ils Tegrainent en gerbe :

Mais tu vis par les sillons vers De petits fourmis et de vers , Ou d'une mouche ou d'une achée Tu portes aux tiens la bêchée , A tes fils non encor allez, D un blond duvet emmantelez.

A grand tort les fables des poètes Vous accusent vous, alouettes , D'avoir vostre père hay Jadis jusqu'à l'avoir trahy, Coupant de sa teste royale La blonde perruque fatale, En laquelle un poil il portoit En qui toute sa force estoit.

Mais quoy 1 vous n'estes pas seulettes

A qui la lang^ue des poëtes

A fait grand tort : dedans le bois

Le rossignol à haute vois,

Caché dessous quelque verdure,

Se plaint d'eux et leur dit injure.

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Si fait bien Tarondelle aussi Quand elle chante son cossi :

Ne laissez pas pourtant de dire Mieux que devant la tirelire, Et faites crever par despit Ces menteurs de ce qu'ils ont dit.

Ne laissez pour cela de vivre Joyeusement, et de poursuivre A chaque retour du printemps Vos accoustumez passetemps :

Ainsi jamais la main pillarde D'une pastourelle mignarde, Parmy les silloDs espiant Vostre nouveau nid pépiant, Quand vous chantez, ne le desrobe Ou dans sa cage ou sous sa robe.

Vivez, oiseaux, et vous haussez Tousjours en Tair, et annoncez De vostre chant et de vostre aile Que le printemps se renouvelle.*

Cette Alouette de Ronsard est un petit chef-d'œuvre qui vaut la Cigale à' AudiCTéon, Comme le poète nous peint le vol de ce gentil oiseau qui secoue la rosée dès Taube, et, s'enlevant droit en haut, va s*^ssuyer près de la nue ! La descente de Talouette, comparée à la chute de la /wsée^ offre une image aussi fidèle que gracieuse ; et la jeune fille, dont le front penche sous le sommeil ou se détourne soudain à la vue de Famant aimé, est im épisode d'un effet délicieux. — A grand tort les fables des foëtes. On sait que Scylla, fille de Nisus et amoureuse

* Éd. P. BU. t. VI, p. 348.

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de Minos, coupa le cheTeii d^or aaquel était attachée la fortune de son père, pour complaire à son amant, et fut métamorphosée en alouette. — Quand elle chante son cossi. Le co$si de Varondelle est probablement ce qu'est le tirelire de Talouette.

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