A LA RIVIÈRE DU LOIR
Respon-moy, meschant Loir, me rens-tu ce loyer Pour avoir tant chanté la gloire et la louange ? As-tu osé, barbare, au milieu de ta fange Renversant mon bateau, sous tes flots m'envoyer?
Si ma plume eust daigné seulement employer Six vers à célébrer quelque autre fleuve estrange, Quiconque soit celuy, fust-ce le Nil, ou Gange, Le Danube ou le Rhin, ne m'eust voulu noyer.
Pindare, tu mentois, l'eau n'est pas la meilleure De tous les elemens : la terre est la plus seure. Qui de son large sein tant de biens nous départ.
fleuve Stygieux, descente Acherontide,
Tu m'as voulu noyer, de ton chantre homicide.
Pour te vanter le fleuve où se noya Ronsard. ^
Une chanson de Ronsard, qui n'est pas assez bonne pour trouver place ici, se termine par cet envoi spirituel que Ghaulieii, dans un accès de goutte, aurait pu joindre à Tun de ses billets doux rimes, car Ronsard était goutteux aussi :
Chanson, va-t'en où je t'adresse, Dans la chambre de ma maîtresse ; Dy-luy, baisant sa blanche main,
* Éd. P. Bi., t. V, p. 350.
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Que, pour en sauté me remettre.
Il ne luy faut sinon permettre Que tu te caches dans son sein. ^