POÉSIES DIVERSES
Nous réunissons sous ce titre un certain nombre de sonnets, chansons, épîtres, etc., etc., que les anciens éditeurs de Ronsard, ou Ronsard lui-même, avaient jugé à propos d'exclure des divisions précédentes, et qui étaient d^ordinaire rejetés à la fin des œuvres.
Je vous envoya un bouquet que ma main Vient de trier de ces fleurs epanies :
Qui ne les eust à ce vespre cueillies, Gheutes à terre elles fussent demain.
Gela vous soit un exemple certain Que vos beautez, bien qu'elles soient fleuries, En peu de temps cherront toutes flai tries, Et comme fleurs périront tout soudain.
Le temps s'en va, le temps s'en va, ma Dame, LasI le temps non, mais nous nous en allons, Et tost serons estendus sous la lame :
Et des amours desquelles nous parlons.
Quand serons morts, ne sera plus nouvelle :
Pour ce aymez-moy, cependant qu'estes belle. ^
< Éd. p. Bl., t. I, p. 397.
316 POBSIBS
Manille a dit :
Hâs vioUs atque hcc tibi candkU lilU niitto ;
Le^ hodjè \ioUs, candida lilia lien.
Lilia, ut insUntis monearis, virgo, senects,
Tarn cito qu» lapsis marrida sunt follis; llUe, ut vere suo dooeant Ter capere Tîtc
Invida quod miseris lam brève Parca dédit.
Le temps s'en ra, ce mouvement est plein de tristesse, surtout le retour las ! le temps non. — Pour ce aymezmoy, charmant vers que Victor Hugo a jugé digne de servir d*épigraphe à sa ballade l'Aveu du châtelain.
Je ne suis seulement amoureux de Marie, Anne me tient aussi dans les liens d'amour ; Ore Tune me plaist, ore Tautre à son tour :
Ainsi Tibulle aymait Nemesis et Délie.
Un loyal me dira que c'est une folie D'en aimer, inconstant, deux ou trois en un jour, 'Voire, et qu'il faudroit bien un homme de séjour, Pour, gaillard, satisfaire à une seule amie.
Je respous, Gherouvrier, ^ que je suis amoureux. Et non pas jouissant de ce bien doucereux Que tout amant souhaitte avoir à sa commande.
Quant à moy, seulement je leur baise la main.
Les yeux, le front, le col, les lèvres, et le sein,
Et rien que ces biens-là, Cherouvrier, ne demande.*
^ L*un des amis du poète.
« Éd. P. Bl., t. I, p. 398.
Bien que vous surpassiez en grâce et en richesse Celles de ce pays et de toute autre part, Vous ne devez pourtant, et fussiez-vous princesse. Jamais vous repentir d* avoir aymé Ronsard.
C'est luy. Dame, qui peut avecque son bel art, Vous affranchir des ans, et vous faire déesse : Il vous promet ce bien, car rien de lui ne part Qui ne soit bien poli, son siècle le confesse.
Vous me responderez qu'il est un peu sourdaut, Et que c'est déplaisir en amour parler haut : Vous dites vérité, mais vous celez après
Que luy, pour vous ouyr, s approche à vostre oreille, Et qu'il baise à tous coups vostre bouche vermeille. Au milieu des propos, d'autant qu'il en est près. *
On se rappelle que Ronsard était affligé de surdité. Gela sans doute ne convenait guère aux sttsurri molles ; mais il savait agréablement compenser ce petit inconvénient.
L'an se rajeunissoit en sa verte jouvence.
Quand je m'épris de vous, ma Sinope cruelle : Seize ans estoit la fleur de vostre âge nouvelle, Et vostre teint sentoit encores son enfance.
Vous aviez d'une infante encor la contenance, La parolle et les pas : vostre bouche* estoit beUe, Vostre front et vos mains dignes d'une Immortelle, Et vostre œil qm me fait trespasserquand j'y pense.
« Éd. P. Bl., t. I. p. 399.
318 poésiBS
Amour, qui ce jo\ir-là si grandes beautez vit,
Dans un marbre, en mon cœur d*un trait les escrivit :
Et si pour le jourd'huy vos beautez si parfaites
Ne sont comme autrefois, je n'en suis moins ravi; Car je n'ay pas égard à cela que vous estes, Mais au doux souvenir des beautez que je vy. *
Quel trait de pinceau que ce teint qui sent encores son enfance l
Je veux lire en trois jours l'Iliade d'Homère, Et pour ce, Gorydon, ferme bien Thuis sur moy : Si rien me vient troubler, je t'asseure ma foy, Tu sentiras combien pesante est ma colère.
Je ne veux seulement que nostre chambrière Vienne faire mon lit, ton compagnon, ny toy ; Je veux trois jours entiers demeurer à requoy. Pour follastrer, après, une sepmaine entière.
Mais si quelqu'un venoit de la part de Cassandre ; Ouvre-luy tost la porte, et ne le fais attendre. Soudain entre en ma chambre, et me vien accoustrer.
Je veux tant seulement à luy seul me monstrer : Au reste, si un dieu vouloit pour moy descendre Du ciel, ferme la porte, et ne le laisse entrer. ^
« Éd. p. Bi., t. I, p. 403.
» Éd. P. BK. t. I, p. 413.