‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 129 sur 147 · DE FRANÇOIS RABELAIS · texte numérisé non relu

DE FRANÇOIS RABELAIS

Si d'un mort qui pourrit repose Nature engendre quelque chose, Et si la génération Est faicte de corruption, Une vigne prendra naissance De Festomac et de la pance Du bon biberon qui boivoit Tousjours ce pendant qu'il vivoit.

Car d'un seul traict sa grande gueule Eust plus beu de vin toute seule (L'épuisant du nez en deux coups) Qu'un porc ne hume de laict dous, Qu'Iris de fleuves, ne qu'encore De vagues le rivage More.

Jamais le soleil ne l'a veu ,

Tant fust-il matin, qu'il n'eust beu,

Et jamais au soir la nuict noire,

Tant fust tard, ne l'a veu sans boire,

Car altéré, sans nul séjour

Le galant boivoit nuict et jour.

Mais quand l'ardente canicule Ramenoit la saison qui brûle, Demi-nus se troussoit les bras, Et se couchoit tout plat à bas Sur la jonchée entre les tasses, Et parmi des escuelles grasses Sans nulle honte se touillant,

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Alloit dans le vin barbouillant Comme une grenouille en la fange :

Puis y vre chantoit la louange De son amy le bon Bacchus, Comme sous luy furent vaincus Les Thebains, et comme sa mère Trop chaudement receut son père, Qui en lieu de faire cela LasI toute vive la brûla.

Il chantoit la grande massue, Et la jument de Gargantue, Le grand Panurge, et le païs Des Papimanes ébahis, Leurs loix, leurs façons et demeures , Et frère Jean des Antoumeures, Et TEpisteme les combas; Mais la Mort, qui ne boivoit pas, Tira le beuveur de ce monde, Et ores le fait boire en Tonde Qui fuit trouble dans le giron Du large fleuve d'Acheron.

Or toy, quiconque sois, qui passes, Sur sa fosse repan des tasses, Repan du bril et des flacons.

Des cervelas et des jambons :

Car si encor dessous la lame Quelque sentiment a son ame, 11 les aime mieux que les lis.

Tant soient-ils fraischemeut cueillis. *

1 Éd. P. Bl., t. VII, p. 273. Cette épitaphe fut imprimée en 1960. Rabelais était mort en 1553. (L. M.)

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C'est cette épitaphe que Bayle cite comme injurieuse à Rabelais ; mais je n'y puis voir qu'une plaisanterie, et le bon Rabelais, s'il était revenu àMeudon le jour qu'elle y fut composée entre les pots, n'aurait fait probablement qu'en rire. — Repan du bril^ probablement des verres, parce que le verre ôn^^^.*

A JEAN d'AURAT

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