SUR RONSARD XXVII
Voilà comme je yy; si ta vie est meilleure,
Je n'en suis envieux, et soit à la bonne heure. *
Sous Charles IX, Ronsard quittait peu la cour, parce que le prince ne pouvait se passer de sa compagnie ; mais après la mort de Charles, le poète déjà vieux, très-affligé de goutte et un peu négligé par Henri III, se retira à son abbaye de Croix-Val en Vendômois, sous Tombrage de la forêt de Gastine, et aux bords de la fontaine Bellerie, qu'il a tant célébrées. Il venait encore de temps en temps à Paris visiter Galland, Baïf et ses autres bons amis du faubourg Saint-Marcel ; leur plaisir était d'aller ensemble s'ébattre dans les bois de Meudon. Cependant les voyages de Ronsard devinrent de moins en moins fréquents. Le 22 octobre 1585, il écrivait à Galland ses pressentiments d'une fin prochaine, et n'espérait déjà plus survivre aux feuilles d'automne. La maladie en effet se joignit à ses infirmités habituelles, et il expira dans des sentiments de grande piété, le vendredi 27 décembre ISSSj'^en son prieuré de Saint- Cosme, près de Tours, où il s'était fait transporter. Il fut enterré dans le chœur de l'église du prieuré sans aucune pompe ; mais vingt-quatre ans après sa mort, Joachim de La Chétardie, conseiller-clerc au parlement de Paris, et prieur-commendalaire de Saint-Cosme, lui fit dresser un tombeau de marbre, surmonté d'une statue. Galland, entre les bras duquel Ronsard avait expiré, attendit moins longtemps pour rendre à son ami les hommages solennels qui lui étaient dus, elle lundi 24 février 1586, en la chapelle du collège de Boncour, fut célébrée une messe
* Réponse à quelque Ministre. — Édit. P. Bl., t. VI, p. H2.
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en musique, où assistèrent des princes du sang, des cardinaux, le parlement de Paris et T Université. L'oraison funèbre, prononcée par Du Perron, depuis évoque d'Évreux et cardinal, arracha des larmes à tous les assistants. On ferait un volume des pièces de vers, églogues, élégies, épitaphes, qui furent composées sur le trépas de l'illustre poète. Nous n'en citerons rien; seulement nous donnerons, comme plus curieux, deux ou trois jugements sur Ronsard portés à une époque où. sa gloire était déjà fort ébranlée.
Balzac a dit en son 31® entretien : « Dans notre dernière conférence, il fut parlé de celui que M. le Président De Thou et Scévole de Sainte-Marthe ont mis à côté d'Homère, vis-à-vis de Virgile, et je ne sais conU)ien de toises au-dessus de tous les autres poètes grecs, latins et italiens. Encore aujourd'hui il est admiré parles trois quarts du Parlement de Paris, et généralement par les autres parlements de France. L'Université et les Jésuites tiennent encore son parti contre la cour et contre l'Académie. Pourquoi voulezvous que je me déclare contre un homme si bien appuyé, et que ce que nous en avons dit en notre particulier devienne public? Il le faut pourtant, Monseigneur (if. de Péricard, évêçue d'Angouïême), puisque vous m'en priez, et que les prières des supérieurs sont des commandements ; mais je me garderai bien de le nonuner, de peur de me faire lapider par les communes mômes de notre province. Je me brouillerois avec mes parents et avec mes amis, si je leur disois qu'ils sont en erreur de ce côté-là et que le Dieu qu'ils adorent est un faux Dieu. Abstenons-nous donc, pour la sûreté de notre personne, de ce nom si cher