SUR RONSARD XXIX
au peuple, et qui révolteroil tout le monde contre nous.
« Ce poète si célèbre et si admiré a ses défauts et ceux de son temps, comme j'ai dit autrefois d'un grand personnage (probablement de Montaigne), Ce n'est pas un poète bien entier, c'est le commencement et la matière d'un poète. On voit dans ses œuvres des parties naissantes et à demi animées d'un corps qui se forme et qui se fait, mais qui n'a garde d'être achevé. C'est une grande source, il le faut avouer, mais c'est une source trouble et boueuse ; une source où non-seulement il y a moins d'eau que de limon, mais où l'ordure empêche de couler l'eau... »
Ailleurs, dans une des Lettres familières à Chapelain, qui est la 17® du livre VI, on lit ces mots de Balzac : « Est-ce tout de bon que vous parlez de Ronsard, et que vous le traitez de grand ; ou si c'est seulement par modestie et pour opposer sa grandeur à notre ténuité? Pour moi, je ne l'estime grand que dans le sens de ce vieux proverbe : Magnus liber ^ magnum malum... Il faudroit que M. de Malherbe, M. de Grasse (Gfodeau, évêque de GrasseYei vous, fussiez de petits poètes, ci celui-là peut passer pour grand. »
Chapelain, né en 1595, était fils de Jeanne Corbière, fille elle-même d'un Michel Corbière, ami particulier de Ronsard, et avait été nourri par sa mère dans l'admiration du vieux poète.*
Mademoiselle de Scudéry, au tome VIII® de sa Clelie, parle en ces termes de Ronsard (c'est Calliope qui le montre dans l'avenir à Hésiode endormi) :
1 Voyez ci-après, p. tX-VH, la réponse de Chapelain à Balzac.