SUR RONSARD XXXI
OÙ on avait cessé de le lire chez nous ;^ et Ton assure que, de nos jours encore, Tillustre Goethe ne parle de lui qu'avec estime. Nous avons à ce propos entendu des gens d'esprit et de goût soutenir, avec quelque apparence de raison, que ce qui nuit le plus à Ronsard en France, c'est d'avoir écrit en français, et que, s'il avait composé en italien, nous ne le distinguerions guère de Pétrarque, du Bembe, de Laurent de Médicis et de tant d'autres poètes estimés.* Sans doute, les mots surannés dont Ronsard abonde viennent trop souvent gâter l'impression de ses pièces. Disons toutefois que, l'invention chez lui étant à peu près nulle, c'est par le style encore qu'il se rachète le plus, à notre jugement, et qu'il est véritablement
créateur, c'est-à-dire poète. Et par exemple, qu'en nous peignant sa maîtresse, il nous retrace le doux
1 La Monnoye a dit dans son édition du Menagiana^ au sujet des œuvres de Ronsard : < Je crois qu'il seroit très-difficile de rencontrer une personne qui osât se vanter de les avoir et de les lire. » {Note de la première édition.) — On lit dans les Réflexions critiques sur la Poésie et sur la Peinture, par l'abbé Dubos (Seconde partie, sect. ixxi), d'assez ingénieuses considérations sur les jugements qu'avaient portés de Ronsard ses contemporains, en quoi ils se trompaient et en quoi ils avaient raison. {Addition de Védition du Tableau de la poésie, de 1845.)
* Si l'on est sincère, on conviendra que ces difficultés de distinguer sont fréquentes lorsqu'on juge des poètes dans une autre langue. Le cardinal Passionei, s'entretenant avec Grosley de nos auteurs, lui avoua qu'il ne distinguait pas la poésie de Des Portes d'avec celle de Voltaire. {Note de l'édition du Tableau de la poésie, de 1845.) Et Coupé, au tome III* de ses Soirées littéraires^ où il donne une notice sur Ronsard, nous dit : « J'ai connu un savant d'Italie qui croyait voir une ressemblance parfaite entre Ronsard et Voltaire... » Suit un parallèle détaillé et assez piquant, que Coupé rapporte d'aprè^ ce savant Italien : il en reste un seul point très-vrai, c'est que la Henriade ne vivra pas plus que la Franciade. {Addition de Védition du Tableau de la poésie, de 4876.)