‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 42 sur 147 · SUR RONSARD LXI · texte numérisé non relu

SUR RONSARD LXI

de là célébration des jeux de Troie, et comme un magnifique couronnement de la paix du monde. Enfin il manquait surtout un Virgile, c'est-à-dire ce génie à la fois imitateur, inventif et composite, qui, venu à l'heure de la maturité d'une langue et de la domination universelle d'un peuple, fond et combine toutes choses, souvenirs, traditions et espérances, avec un art intérieur accompli, dans un sentiment présent et élevé. M. Gandar, qui arrive aux mêmes conclusions, n'y est conduit en quelque sorte qu'à regret; il s'applique à excuser Ronsard de son illusion, tournée si vite en défaillance, et il cherche çà et là dans cette Franciade trop insignifiante, que le poète n'a pas même osé écrire en vers alexandrins, quelques passages heureux, quelques détails pittoresques. On y est plus aisément indulgent lorsqu'on y arrive par le grec que lorsqu'on y va directement par le français. De môme, pour les odes pindariques, M. Gandar explique mieux qu'on ne l'avait fait encore comment Ronsard n'a pu triompher des différences essentielles qu'offre chez les anciens et chez les modernes le genre qu'il prétendait embrasser avec audace et renouveler dans toute sa variété. Le poète lyrique du xvi® siècle cherche aussi, comme l'ancien Thébain , à enchaîner ses rhythmes à la musique, et à leur donner ces ailes qui font courir une parole chantante sur les lèvres des hommes ; mais il eut beau s'efforcer, sa tentative interrompue, son échafaudage ne sert qu'à marquer sa ruine et à mieux faire mesurer l'infinie distance qu'il y a entre cette ode publique chantée et presque jouée de Pindare, et cette emphase' moderne toute métaphorique, plus apparentQdci dans une langue roide, neuve, et tout exprès fabriquée.

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Ce n'est pas moi qui me plaindrai des constants témoignages de sympathie pour Fauteur que M. Gandar a pris soin de mêler à ses conclusions inévitablement sévères. D aime à suivre, dans les portions de Ronsard qu'on lit le moins, et qui ont peu prêté jusqu'ici aux extraits, dans les Discours, les Hynmes, les Poèmes moraux, des preuves de celte disposition altière et généreuse qui appartenait proprement au tour d'esprit et au talent du poète. M. Ampère, quand il a eu à parler de Ronsard dans son cours, insistait aussi sur celte même fibre héroïque et mâle, un peu cornélienne à l'avance, et qui était alors très -neuve et originale en français. Voici de beaux vers, non pas tout à fait dans ce ton, mais d'un haut accent, que je viens d'avoir le plaisir de retrouver en refeuilletant une de ces épîtres peu avenantes au premier coup d'œil. Ronsard y raconte à l'un de ses amis, Pierre Lescot, l'un des architectes du Louvre, comment dès son enfance il résistait à son père qui lui disait de renoncer à la poésie, et comment déjà le démon du rêve et de la fantaisie le transportait ; je crois bien qu'en la mettant à l'âge de douze ans, alter db undechno.,., il antidate un peu sa jeune manie, pour la mieux peindre ; mais il exprime cela en homme qui n'a pas cessé d'en être possédé au moment où il en parle :

Je n'avois pas douze ans, qu'au profond des vallées, Dans les hautes forests des hommes reculées, Dans les antres secrets, de frayeur tout couverts. Sans avoir soin de rien, je composois des vers. Écho me répondoit et les simples Dryades, Faunes, Satyres, Pans, Napées, Oréades, iEgipans qui portoient des cornes sur le front,

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