‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 44 sur 147 · LXIV NOTICE · texte numérisé non relu

LXIV NOTICE

et bien loin de son premier nerf : il ne tend plus Tare d'Apollon.

Il y aurait sur un point, et pour montrer Tinsuffisance de son procédé poétique dans cette seconde manière, une comparaison facile à établir. On connaît la charmante pièce de Glaudien, le Vieillard de Vérone: Félix quipatriis œvum transegit inagris.,. Trois poètes Tont imitée: Mellin de Saint-Gelais, Ronsard et Racan. Mellin de Saint-Gelais suit le texte et le délaye ; il en fait simplement une paraphrase en gros, sans lutter d'expression, sans chercher d'équivalent. Là où le texte dit: « Heureux qui, vieux, s'appuyant sur un bâton dans la même allée où il s'est traîné enfant, ne sait compter, en fait de siècles, que ceux de sa cabane I Qui baculo nitenSf in qua reptavit arena, etc., » Saint-Gelais dira: 9 bienheureux,..

Qui d'un baston et du bras secouru Va par les champs où jeune il a couru !

a couru au lieu de reptavit l C'est même un faux sens dans l'esprit de la pièce ; car il n'est pas précisément agréable à un vieillard de se souvenir qu'il a couru là où maintenant il marche à peine ; mais il peut aimer à se dire qu'il s'est traîné tout petit enfant là où il se traîne encore. En tout, les vers de Saint-Gelais sont assez faciles, mais plats.

Ronsard, à son tour, dans une pièce adressée au cardinal de Châtillon, traduit et encadre cet éloge de la vie rurale d'après Glaudien ; il suit son texte de plus près, et il y ajoute un joli vers :

Il dort au bord de l'eau qui court parmi les prées.

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