SUR RONSARD LXV
Mais d'ailleurs il ne réussit pas, et il manque tout à fait de grâce et d*élégance. Par exemple, il dira : bienheureux celui,..
Qui se soutient les bras d^un baston appuyés, Parmi les champs où jeune alloit à quatre pieds !
Puis, quand il a fini avec le couplet de Claudien, il se ressouvient du beau morceau de Virgile : fortunatos nimium, . . , et il Tajoute par une reprise visible : Heureux doncques, heureux qui de son toit ne bouge l en se contentant, pour cette seconde partie, d*imiter librement. Mais ce qui frappe, c'est qu'il met Vii^ile et Claudien bout à bout ; il les coud, il les accole et ne les fond pas; ce n'est pas un tissu qu'il fait; c'est un placage. Il y a des tons qui crient et que ne suffisent pas à racheter d'agréables vers, tels que ceux-ci :
Quant à moi, j^aime mieux ne manger que du pain Et boire d^un ruisseau puisé dedans la main, Sauter ou m'endormir sur la belle verdure, Ou composer des vers près d'une eau qui murmure., .
Mais, quelques vers plus haut, il était question d'un crocheteur qui, rien qu'à l'entendre nommer, me gâte celte vue champêtre.
Racan, au contraire, dans sa délicieuse pièce de la Retraite, a tout fondu en une parfaite nuance : il a fait quelque chose d'original et d'imité, et où l'imitation s'oublie dans le naturel de la peinture et du sentiment. Il est revenu à la paraphrase, et c'est à son aise qu'il rejoint son modèle, qu'il le développe et le transforme, sans lutte, sans paraître y viser :