‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 62 sur 147 · POUR HÉLÈNE · texte numérisé non relu

POUR HÉLÈNE

Me plier contre vous, et languissant d amour, D'un nœud ferme enlacer vostre belle colonne.

Ne viendra point le temps que dessous les rameaux,

Au matin où l'aurore éveille toutes choses,

En un ciel bien tranquille, au caquet des oiseaiix,

Je vous puisse baiser à lèvres demy-closes,

Et vous conter mon mal, et de mes bras jumeaux,

Embrasser à souhait vostre y voire et vos roses. * /

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, \

Assise auprès, du feu, devisant et filant.

Direz chantant mes vers, en vous esmerveillant : Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, ,

Desja sous le labeur à demy sommeillant, Qui au bruit de mon nom ne s'aille reveillant. Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre, et, fantosme sans os. Par les ombres myrteux je prendray mon repos : Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et vostre fier desdain.

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain:

Cueillez dès aujourd'huy les roses de la vie. ^ ^

Ce tendre et mélancolique sonnet rappelle la chanson de notre célèbre Béranger, Vous vieillirez^ 6 ma belle

* Éd. P. Bl., t. I, p. 332.

« Éd. P. Bl., t. I, p. 349.

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maîtresse^ elc. Le refrain semblerait emprunté à Ronsard, si la conformité des situations n''expliquait assez celle des idées,

Et, bonne Tieille, au coin d*un feu paisible, De votre ami répétez les chansons.

Celle de qui rameur vainquit la fantasie, Que Jupiter conceut sous un cygne emprunté ; Geste sœur des Jumeaux, qui fit par sa beauté Opposer toute Europe aux forces de TAsie,

Disoit à son mirouer, quand elle veit saisie Sa face de vieillesse et de hideuseté :

Que mes premiers maris insensez ont esté De s'armer pour jouir d'une chair si moisie !

Dieux, vous estes jaloux et pleins de cruauté !

Des dames sans retour s'en-vole la beauté :

Aux serpens tous les ans vous ostez la vieillesse.

Ainsi disoit Hélène en remirant son teint.

Gest exemple est pour vous, cueillez vostre jeunesse :

Quand on perd son avril, en octobre on s'en plaint. ^

Ainsi Ovide au 15° liv. des Métamorphoses ^

Flet quoque, ut in speculo rugas aspexit aniles Tyndaris, et secum, cur sit bis rapta, requirit.

Qu'il me soit arraché des telins de sa mère pe jeune enfant Amour, et qu'il me soit vendu

' Éd. p. Bl.. t. I, p. 341.

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Il ne fait que de naistre et m'a desja perdu: Vienne quelque marchand, je le mets à Fenchere.

D'un si mauvais garçon la vente n'est pas chère, J'en feray bon marché. Ahl j'ay trop attendu. Mais voyez comme il pleure, il m'a bien entendu : Appaise-toy, mignon, j'ay passé ma cholere,

Je ne te vendray point : au contraire je veux Pour page t'envoyer à ma maistresse Hélène, Qui toute te ressemble et d'yeux et de cheveux.

Aussi fiue que toy, de malice aussi pleine.

Gomme enfansvous croistrez, elvous jourez tous deux :

Quand tu seras plus grand, tu me payras ma peine. '

Le mouvement de ce sonnet est vif et naturel. L^amant se fâche, puis s^apaise en un clin d^œil ; il caresse après avoir frappé : c'est un troisième enfant à joindre aux deux autres, à T Amour et à Hélène.

11 ne faut s'esbahir, disoient ces bons vieillars Dessus le mur Troyen, voyans passer Hélène, Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine, Nostre mal ne vaut pas un seul de ses regars.

Toutesfois il vaut mieux, pour n'irriter point Mars, La rendre à son espoux, afm qu'il la remmeine. Que voir de tant de sang nostre campagne pleine, Nostre havre gaigné, lassàut à nos rampars.

» Éd. P. Bl., t. I, p. 349.

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Pères, il ne falloit, à qui la force tremble,

Par un mauvais conseil les jeunes retarder :

Mais et jeunes et vieux, vous deviez tous ensemble

Pour elle corps et biens et ville bazarder.

Menelas fut bien sage, et Paris, ce me semble, L'un de la demander, l'autre de la garder, ^

On se souvient de ce que disent les vieillards au troisième livre de V Iliade, Les deux derniers vers sont pris de Properce :

Nunc, Pari, tu sapiens, et tu Menelse, fuisti, Tu quia poscebas, tu quia lentus eras.

Afin que ton renom s'estende par la plaine Autant qu'il monte au ciel engravé dans im pin. Invoquant tous les dieux, et respandant du vin, Je consacre à ton nom ceste belle fontaine.

Pasteurs, que vos troupeaux frisez de blanche laine Ne paissent à ces bords ; y fleurisse le thym, Et tant de belles fleurs qui s'ouvrent au matin, Et soit dite à jamais la Fontaine d'Helene.

Le passant en esté s'y puisse reposer,

Et assis dessus l'herbe à l'ombre composer

Mille chansons d'Helene, et de moi luy souvienne !

Quiconques en boira, qu'amoureux il devienne :

Et puisse, en la humant, uneflame puiser

Aussi chaude qu'au cœur je sens chaud^la mienne! *

» Éd. p. Bi., t. I, p. 333.

« Éd. P. BI., t. I, p. 357.

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