‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 61 sur 147 · POÉSIES POUR HÉLÈNE · texte numérisé non relu

POÉSIES POUR HÉLÈNE

Outre Cassandre, Marie, Astrée, Ronsard a chanté aussi Hélène, C'était mademoiselle Hélène de Surgères, d'une bonne famille de Saintonge, et fille d'honneur de la reine-mère Catherine de Médicis. Ces nouvelles amours sont plus respectueuses que les autres et purement platoniques ; elles furent entreprises avec l'agrément et en quelque sorte par l'ordre de la reine. Ronsard demeura jusqu'à sa mort l'adorateur de mademoiselle de Surgères, et dans les dernières lettres écrites de sa main à Galand, principal de Boncour, il ne manque jamais de présenter ses humbles baise-mains à cette noble dame ; il y sollicite même plus d'une fois sa protection auprès du trésorier de l'épargne pour se faire payer l'arriéré de ses pensions. Guillaume Golletet conjecture qu'Hélène de Surgères peut^ bien avoir été aussi la Cléonice de Philippe Desportes.

Adieu belle Cassandre, et vous belle Marie, Pour qui je fu trois ans en servage à Bourgueil : L'une vit, l'autre est morte, et ores de son œil Le ciel se rejouit, dont la terre est marrie.

Sur mon premier avril, d'une amoureuse envie J'adoray vos beautez, mais vostre fier orgueil Ne s'amollit jamais pour larmes ny pour dueil. Tant d'une gauche maia la Parque ourdit ma vie.

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Maintenant, en automne encores malheureux, Je vy comme au printemps, de nature amoureux, Afin que tout mon âge aille au gré de la peine.

Et or' que je deusse estre affranchi du harnois Mon Colonuel m'envoye, à grands coups de carquois, Rassieger Ilion pour conquérir Heleine. ^

Ostez vostre beauté, ostez vostre jeunesse, Ostez ces rares dons que vous tenez des cieux, Ostez ce docte esprit, ostez-moy ces beaux yeux, Cet aller, ce parler digne d'une Déesse.

Je ne vous seray plus d'une importune presse, Fascheux comme je suis ; vos dons si précieux Me font en les voyant devenir furieux, Et par le desespoir l'ame prend hardiesse.

Pour ce, si quelquefois je vous touche la main,

Par courroux vostre teint n'en doit devenir blesme :

Je suis fol, ma raison n'obeyt plus au frein,

Tant je suis agité d'une fureur extrême ;

Ne prenez, s'il vous plaist, mon offense à desdaiu ;

Mais douce pardonnez mes fautes à vous mesme. '

Ce sonnet est imité de Pétrarque, Amor^ io fallo, etc. Le dernier vers a beaucoup de finesse et d'esprit, sans en avoir trop. Dire à sa maîtresse, Pardonnez-vous mes fautes^ c'est presque dire comme madame de Sévigné à

* Éd. P. Bl.. t. I, p. 323.

« Éd. P. Bl., t. I, p. 299.

sa fille, Ma file, j'ai mal à votre poitrine. Au reste, le vers est de Pétrarque,

E le mie colpe a se stessa perdoni.

Je plante en ta faveur cet arbre de Cybelle, Ce Pin, où tes honneurs se liront tous les jours, J'ay gravé sur le tronc nos noms et nos amours. Qui croistront à Tenvy de Tescorce nouvelle.

Faunes, qui habitez ma terre paternelle.

Qui menez sur le Loir vos dances et vos tours. Favorisez la plante et lui donnez secours, Que Testé ne la brusle et Thyver ne la gelle.

Pasteur, qui conduiras en ce lieu ton troupeau, Flageollant xme eglogue en ton tuyau d'aveine, Attache tous les ans à cest arbre un tableau.

Qui tesmoigne aux passans mes amours et ma peine Puis, Tarrosant de laict et du sang d'un agneau, Dy : Ce Pin est sacré, c'est la plante d'Helene. ^

Vous triomphez de moy, et pour ce je vous donne Ce lierre qui coule et se glisse à Tentour Des arbres et des murs, lesquels, tour dessus tour. Plis dessus plis, il serre, embrasse et environne.

A vous de ce lierre appartient la couronne :

Je voudrois, comme il fait, et de nuict et de jour

* Éd. P. Bi., t. I, p. 321.

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